‹ Les KitharèdesChapitre 27 sur 47 · BIBLIOTHECA · texte numérisé non relu

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Épitaphe

Et, ayant ri aux éclats, tourne-toi vers mot et dis-moi une parole amicale. Je suis Rhinthon de Syracuse, chétif rossignol des Muses, mais des bouffonneries tragiques nous avons cueilli notre lierre personnel.

J'ai ployé sous le poids accablant de la lyre, Et j’ai pleuré jadis des vers sans lendemain : Murmure une parole amicale, et d’un rire Réjouis mon silence, et passe ton chemin.

Moi, qui fus un chétif rossignol des Piérides, J'ai chanté le printemps au lumineux retour;

La lune me baigna de ses remous limpides,

J'ai vécu fervemment mes bleus minuits d'amour.

Je vis blondir Phoibé radieusement nue.

Aujourd’hui je sommeille au pied des aloës Et des rudes cactus : et mon ombre inconnue Erre dans la forêt muette de l’Hadès.

NOSSIS IOI

J’allumai pour l’hymen la torche qui flamboie,

Mes pampres ont orné le glorieux autel...

Un peu de cendre obscure... et pourtant de ma joie Tragique je cueillis mon lierre personnel...

LD

Déesse vénérable, toi qui souvent, descendant du haut du ciel, contemples le sanctuaire parfumé de Lacinium, reçois le vêtement du lin le plus fin que, avec son illustre fille Nossis, tissa pour toi Theuphilis, fille de Kléocha.

Bienheureuse Héra, la Très-Belle et l’Auguste, Qui daignes contempler de tes regards puissants Le glorieux naos que parfume l’encens,

Levant ton front d'ivoire où le béryl s’incruste,

Accepte en souriant cette robe de lin

Que les mains de Nossis tissèrent sous l’acanthe, Nossis aux beaux sourcils, dont les cheveux d’amante S’empourprent à l’égal du couchant et du vin.

LD

Elle est reconnaissable même d'ici. Voyez : de Sabaithis c'est l'image par le corps et l'äme magnanime. Regarde cette sérénité; je crois voir aussi sa douceur. Réjouis-toi beaucoup, femme heureuse.

Ceux qui ne l’ont point vue admirent Sabaithis. Lointaine, on la contemple en sa beauté présente : Voici ses bras de rose et ses yeux de lapis

Et ses cheveux dorés que la brise tourmente.

Passant, arrête-toi devant ce frais regard

Que la claire sagesse anime de sa flamme,

Et dans ces traits, plus doux que le miel et le nard, Reconnais la splendeur visible de son àme.

Garde la douce paix sur ton front, et souris

En ta double splendeur de vierge et d’amoureuse, Immortelle au milieu des rosiers défleuris….

Salut à ton triomphe, 6 femme bienheureuse!

HD

NOSSIS 103

Il a paru qu'Aphrodite avait reçu avec joie, en offrande, ce réseau de cheveux de Samytha. Car il est ingénieusement travaiilé, et a une douce odeur de nektar, de ce (nektar) dont elle oint aussi Le bel Adonis.

Dans l’ombre, d’où l’autel paré de flamme émerge, L’offrande a réjoui la blanche Aphrodita :

Ce réseau, parfumé des cheveux d’une vierge,

Ce réseau qui ceignit le front de Samytha.

Le filet, savamment tissé par ses compagnes, A l’odeur du nektar que tu versas jadis, O Déesse ! en l’azur des célestes montagnes, Sur le corps puéril et souple d’Adonis.

Comme le mélilot et l'iris de la berge,

Ce filet réjouit la claire Aphrodita,

Car il est parfumé des cheveux d’une vierge, Car il ceignit le front doré de Samytha.

Kallô, ayant dessiné une image sur cette planche, l'a offerte à la demeure de la blonde Aphrodita, que cette image représente. Combien elle est doucement figurée! Vois comme y fleurit la grâce! Réjouis-toi : car elle n’a aucun reproche dans

sa Vie.

La Déesse a jailli des mains de la mortelle, Ressuscitant son rire immortellement clair,

Plus blanche que l’écume etles embruns, et telle Que la virent jadis le soleil et la mer.

La Déesse a jailli des mains de la mortelle.

Car ainsi la voulut et la rêva Kallo,

Qui jadis vit monter jusqu’à son apogée Hespéros, et plus tard, dans un tremblant halo, Le char de Sélanna descendre vers l’Égée ;

La Déesse a fleuri le songe de Kallô.

Les patientes mains qui pétrirent l’argile Achevèrent enfin leur labeur triomphal.

Tu t’échappas, Kupris, dont l’haleine distille L’ambre artificiel et le miel végétal,

Des patientes mains qui pétrirent l’argile.

et :

NOSSIS 10$

La statue a surgi de l’ivoire et de l’or.…

Et frissonnants, autour de ta forme divine,

Les passereaux de l’aube ont pris leur prompt essor. L’Aphrodita, debout et chryséléphantine,

Illumine les flots gris de ses cheveux d’or.

Et les regards levés sur la Déesse nue,

La vierge est morte, ayant accompli son désir, Car les penseurs brülés de la fièvre inconnue Qui réclament le songe impossible à saisir, Meurent, les yeux levés sur la Déesse nue.

DS

… une femme de Locres… enfanta d'autres (chants) pareils…

Moi, la Kitharède de Locres Dont la voix triompha,

Dans le jour de safrans et d’ocres Qui trace son alpha,

Et dans le couchant d’écarlate

Où l’âme des œillets éclate

En véhémences d’aromate,

Je suis chère à Psappha.

ss af tt

La Prètresse unique et multiple Vint hier me choisir

Pour amoureuse et pour disciple | D’angoisse et de plaisir,

En me disant : « Vers les soirs tièdes,

Chante à la façon des Aëdes

La compagne que tu possèdes Et qui fut ton désir.

« Dors sur le sein de ta maîtresse, Comme moi près d’Atthis,

Lorsque la Nuit aux yeux bleus tresse Ses couronnes d’iris.….. »

Par les tremblantes accalmies,

Ma voix aux craintes raffermies

Reprend les beaux chœurs des Amies, Et mon nom est Nossis.

. chère aux Muses et à elle aussi.

O Lesbos, je suis chère à Psappha l’Immortelle,

Elle entend, dans l’Hadès, mes fugaces accords Et la vierge de mon désir lui semble belle.

NOSSIS 107

Elle sourit parmi le nuage des Morts, Quand je viens, attisant les tièdes cassolettes, Cueillir ses violettes.

Je t'ai cherchée, à fleur des Kharites ! 6 toi

Qu'on désire à travers les formes adorées,

Dans le mélos ployé sous une exacte loi

Et dans les flots sereins d’une mer sans marées,

Dans le rêve des gris oliviers, dans le chant Funèbre du couchant.

Je n’ai point écouté les faiseurs de mensonges

Dont le souffle a terni la clarté de ton nom :

Je suis venue avec mes parfums et mes songes,

En répandant le lait de la libation,

Et je t'ai dit : « Voici les roses que je tresse, Et voici ma jeunesse. »

Seule dans mon orgueil d'amour, j'ai méprisé Les silences amers, les rires et les blâmes, Et, pieuse disciple, à ton autel brisé, J'ai rallumé l’ardeur expirante des flammes : J'ai tissé le fenouil, la rose et le cerfeuil

En guirlandes de deuil.

N’as-tu point dit, jadis, devant les cieux d’opales,

Caressant Éranna courbée à tes genoux,

Et mêlant tes cheveux noirs à ses cheveux pâles :

« Quelqu'un, dans l’avenir, se souviendra de nous.

Les Muses, à qui plaît la voix des amoureuses, Nous firent glorieuses. »

LD

…. mon nom est Nossis.

Que mon salut te suive au delà de la mer Et des couchants de pourpre, à femme qui navigues Vers Mytilène aux murs vivants comme une chair, Vers la Rive couchée en ses roses prodigues, Qui recueille les noms jeunes et le printemps

Des hymnes consentants.

Éranna de Télos s’attarde dans la ligne

Féminine de la crique, — sa brève voix

Chante plaintivement le petit chant du cygne.

Parfois, ressuscitant les baisers d’autrefois,

Elle erre, les cheveux défaits, sous l’aile ombreuse De sa nuit d’amoureuse.

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Pars, Etrangère, annonce à l’ardente Sappho Qui jaillit des Temps bleus, unique Fleur des Grâces, Que, lente, j'ai tissé des strophes sans défaut Lorsque sur le métier retombaient mes mains lasses, Et dis, en apportant les couronnes d’iris,

Que mon nom est Nossis.

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