INTRODUCTION
Bien que connu, depuis la plus haute antiquité, des populations nègres de l'Afrique équatoriale qui en font le plus fructueux usage, le Kola est resté à peine soupçonné dans sa haute valeur et inconnu à l'Europe savante jusqu'à l'année 1883, époque où je fis paraître une première monographie sur les Kolas Africains (1), en collaboration avec mon savant ami, le professeur Schlagdenhauffen . Dans ce mémoire, j'ai dû donner la première place à l'histoire naturelle, aussi complète qae possible, de ce végétal, et à son examen chimique détaillé ] mais toute la partie thérapeutique et l'emploi stratégique qui découle de mes recherches postérieures à 1884 (et qui se sont continuées jusqu'à ce jour) n'avaient pu y trouver place ; elles n'étaient pas nées encore. Depuis cette époque, le cycle de nos connaissances sur l'aire de dispersion du Kola, sur les variétés multiples que ce végétal a formées dans l'immense étendue de son terrain natal africain, sur la valeur relative des graines de ces variétés ou des espèces voisines, sur la constitution chimique de ces graines, sur le rôle considérable que joue le Kola soit comme aliment d'épargne dans l'Afrique tropicale, soit comme objet de commerce et de transaction, soit enfin comme matière tinctoriale dans ce vaste continent,
(1) Sur les Kolas Africains (Journal de Pharmacie et de Chimie, Juillet, Août et Septembre 1883^, mémoire couronné par l'Instilul (Académie des Sciences, prix Barbier) et par FAssociation générale des Pharmaciens de France (prix unique Bussy) .
ÉDOUARD HECKEL
S'est peu à peu éclairci. Ce n'est certainement pas là le côté le moins intéressant de l'étude de ce singulier prodm ; mais ce qui domine pourtant dans la caractéristique de cette graine, c'est assarément l'emploi qu'on en a fait, dans ces dernières années, en thérapeutique, et avec grand succès, contre une série d'affections relevant ou de l'épmsement neuro-musculaire, ou de l'altération de la nutrition, ou du manque de tonicité des organes. Ces recherches ont fait, a bon droit, de ce produit, une des matières actuellement les plus appréciées dans l'art de guérir. De là, sont nés. sur cette graine, une foule de travaux de valeur diverse et de portée°dissemblable. Il fallait les faire connaître.
C'est eu r-aison de cette situation spéciale, et notamment des rapides mais légitimes progrès qu'a faits ce produit dans la confiance des médecins, des résultats avantageux qu'en retire chaque jour la pratique médicale et l'alimentation publique, que j'ai jugé le moment venu de présenter, dans une large monographie, le tableau complet des connaissances acquises en huit années d'études ininterrompues sur un produit qui, en 1884, était inconnu avant mes travaux, ou à peine mdiqué, sans caractère précis, par quelques rares explorateurs africains. En un mot, le Kola était resté, depuis le siècle dernier, à la période légendaire ; à moi instigation, quelques années ont suffi aux chercheurs pour mettre au jour toute l'étendue de sa valeur. Aujourd'hui, en effet, grâce aux formes multiples que la spécialité pharmaceutique a su lui donner plus ou moins heureusement, il a pris dans la médecine officielle une place qui semble bien et définitivement acquise, la prééminence sur ses congénères caféiques s'accusant et se justifiant de jour en jour davantage, comme je le prouverai.
J'ai tenu, en outre, à démontrer que cette faveur ainsi que je l'avais prévu et annoncé dès le début de mes études