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Morale

Les mœurs, dans leurs relations directes avec la morale, sont, en général, d'une pureté relativement grande. Les rapports intimes entre hommes et femmes se bornent à l'acte indispensable pour assurer la reproduction de l'espèce. La fidélité que les époux observent entre eux s'étend à la généralité des familles. Sans doute, il arrivera qu'une femme ne pouvant, pour une raison quelconque, supporter davantage la cohabitation quittera son mari et s'en ira rejoindre un autre homme. Mais, aussi longtemps qu'elle sera sous le toit conjugal, son mari lui fût-il antipathique, elle ne commettra pas l'adultère, même avec celui vers qui se portent ses préférences. Avant d'en arriver là, elle fuira généralement chez ses parents, et, une fois détachée de tout lien avec son ancien époux, elle disposera librement de son corps en faveur de l'élu de son cœur. Il n'y a pas d'hypocrisie, de liaison cachée durant le mariage ; il n'y a pas davantage de complaisances maritales, ni de ménage à trois. Je crois pouvoir établir cette règle en me basant sur les confidences obtenues des indigènes et sur la nature des contestations entre époux qui m'ont été soumises.

A quoi faut-il attribuer ce degré de moralité qui détonne si fort sur les mœurs de certaines peuplades congolaises? A deux causes, selon moi. D'abord à la liberté plus ou moins grande qu'a la jeune fille d'accep-

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ter ou de refuser le mari que lui présentent ses parents. Ensuite, à l'inexistence d'une polygamie destructive, pour un grand nombre de femmes, des jouissances sexuelles auxquelles elles aspirent. La polygamie, en effet, est fort réduite, en ce sens qu'un homme ne dispose jamais d'un grand nombre d'épouses. Ce fait a pour conséquence qu'il peut visiter régulièrement chacune d'elles, ce qui n'est pas le cas pour ceux qui possèdent vingt-cinq, cinquante ou cent femmes. Beaucoup de celles-ci, forcément négligées par leur époux, s'en vont, avec ou sans son agrément, chercher audehors les satisfactions qui leur sont refusées à leur foyer.

Lorsque vous demandez à un Kuku si l'on peut tuer, il ne vous répondra pas : « Non, on ne peut pas tuer. » Il fera un distinguo et vous dira qu'on peut tuer pour se venger d'un homicide perpétré sur l'un des siens.

En effet, tuer quelqu'un qui n'a pas tué un des vôtres ou dont un parent n'a nas tué un des vôtre, c'est mal faire. Mais tuer le meurtrier d'un des vôtres ou tuer son fils, son frère ou son oncle, c'est bien faire.

Violer une femme dont le mari, le fils ou le frère n'a pas violé votre femme, votre fille ou votre sœur, c'est mal faire. Mais violer la femme, la fille ou la sœur de celui qui a violé une de vos parentes, ou la femme, la fille, la sœur d'un des siens, c'est bien faire.

Les indigènes tiennent le même raisonnement en ce qui concerne le vol et tous les autres actes pouvant nuire au prochain. Ils vous disent naïvement que lorsque l'on a tué, violé ou volé par représailles, on éprouve du contentement : « le cœur est redevenu bon », telle est l'expression qu'ils emploient.

Il vous racontent sans la moindre émotion qu'ils ont assassiné telle personne, parce qu'un parent de celle-ci a tué, il y a plusieurs années, un membre de leur

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(Poss. : Anglo-Egyptiennes).

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famille ; ils n'ont pas du tout conscience d'avoir mal fait, ce n'est pas un crime qu'ils ont commis, c'est une légitime représaille.

L'individu qui tenta de se livrer à la pédérastie dans un moment d'ivresse vint se plaindre que celui sur qui il avait voulu accomplir cet acte abominable lui avait volé deux moutons; mais, en bon hypocrite, il eut soin, bien entendu, de ne pas me mettre au courant de la réalité des faits. Je fis appeler l'accusé et le chef du village; celui-ci me fit un récit détaillé de ce qui s'était passé et m'expliqua qu'il ne s'agissait pas d'un vol, mais d'une amende. Le plaignant écouta placidement cet exposé, qu'il reconnut, avec la même placidité, exact en tous points, et, débouté, il s'en alla très simplement.

Je n'ai jamais constaté la manifestation d'un remords. A mon avis, il n'existe pas. L'homme qui s'est trompé de personne en assouvissant sa vengeance n'est pas ému devant les conséquences de sa méprise, il songe seulement à fuir les représailles prochaines et à se mettre en lieu sûr.

J'ai noté assez souvent qu'il y avait mauvaise foi dans les transactions; les parties cherchaient à se tromper le plus possible.

Vanden Plas.

Kuku. Poss. : Anglo-Egypt., D, a, 114.

KUKU

(Poss. : Anglo-Egyptiennes).

D. — Vie religieuse.

a) Idées religieuses et philosophiques.

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