‹ Les Kuku (possessions anglo-égyptiennes)Chapitre 50 sur 152 · Villages · texte numérisé non relu

Villages

Les villages ne se déplacent pas, mais il arrive qu'un villageois transporte ses pénates à quelques mètres de l'endroit qu'il occupait antérieurement. De la fixité des villages, les indigènes donnent comme explication qu'un déplacement déterminerait l'apparition de beaucoup de cas morbides parmi les habitants. Quant au transfert d'une habitation en particulier, c'est le caprice qui y préside le plus souvent : l'ancien emplacement ne plaisait plus, on en a choisi im autre. Il y a cependant des cas où la translation se produit à la suite de maladies et de décès répétés parmi les occupants de la case. Quelquefois le désir de se rapprocher des champs cultivés suffit à provoquer le déplacement.

Des indigènes m'ont dit qu'un village pouvait se déplacer pour se soustraire à un état de choses défectueux ou pour abandonner un sol épuisé, et ils m'ont cité deux exodes qui avaient eu lieu pour le motif cité en dernier lieu. On m'a également désigné un village qui s'était éloigné pour éviter le contact avec une population aux vexations de laquelle il était en butte. Mais ce sont là des cas qui se présentent rarement et, quand ils se réalisent, ils entraînent toujours l'exil à leur suite. Le groupe émigrant doit chercher asile chez une peuplade voisine, car le sol constituant le territoire des Kuku est occupé dans toutes ses parties utilisables. S'il persistait à rester dans la région, il devrait se

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résigner à s'établir sur une terre infertile et infestée par les fauves. Pour être complet, je dirai que pendant les onze mois passés chez les Kuku, je n'ai assisté à aucun déplacement de village. Les trois cas que j'ai cités plus haut remontaient à plusieurs années. Je répète qu'ils sont tout à fait exceptionnels.

Les cases sont groupées par famille au milieu des champs cultivés. Une, deux, trois ou quatre huttes, suivant le nombre d'épouses et d'enfants adultes non mariés, sont disposées en demi-cercle devant les greniers placés, deux par deux, ou trois par trois ou quatre par quatre, d'après leur importance numérique, ou bien aussi d'après le goût de leurs propriétaires.

Deux à quatre mètres séparent les maisons. De celles-ci aux greniers, la distance ne dépasse guère quatre mètres; elle est même souvent moindre. Entre les greniers, l'espace est très réduit, il y a place pour une personne et, pour circuler, il faut se baisser, car les toits se touchent.

Les enclos, servant au groupement du gros bétail pendant la nuit, sont construits à l'écart des agglomérations.

A côté de certaines huttes, apparaît la demeure érigée à la mémoire des morts.

Il n'y a ni dépendances ni lieux communs . Le champ tout proche sert de latrines aux habitants.

Les cultures effleurent les huttes. Aussi n'y a-t-il d'espace libre qu'à l'endroit occupé par les cases et les greniers. Là, on peut se mouvoir librement, mais l'aire offerte au déplacement est fort réduite.

Le voyageur nourrit l'espoir de trouver à cette place un peu de propreté, et il n'est pas toujours déçu, j'en conviens! mais partout ailleurs la saleté règne en maîtresse omnipotente.

Des sentiers, qui ne sont l'objet d'aucun soin, tra-

KUKU

(Poss. : Anglo Egyptiennes)

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versent les champs cultivés pour relier les agglomérations familiales les unes aux autres. Ces sentiers sont très étroits; on ne saurait les parcourir sans frôler des genoux et des coudes les plantes qui les bordent. Ceux qui relient les villages entre eux sont un peu moins étroits; toutefois, il n'y a jamais de place que pour une personne à la fois. Lorsque le sol sur lequel est établi un village est entièrement occupé, et que, par conséquent, les plantations appartenant à différentes familles se touchent, les champs cultivés sont parfois séparés par un sillon, une ligne de pierres amoncelées ou une suite de branchages jetés pêle-mêle. Le choix de l'espèce de clôture dépend à la fois de la nature des ressources de l'endroit et du caprice des habitants. Des haies se dressent parfois à proximité de certaines huttes : c'est un indice que les habitants de ces maisons cultivent la pomme de terre aérienne.

Lès Kuku emploient aussi des haies pour mettre leurs cultures hors des atteintes des antilopes. Ces haies sont formées avec des troncs légers fichés en terre et reliés les uns aux autres par un assemblage de branches enchevêtrées.

Il n'y a dans les villages qu'un endroit où les hommes se réunissent à certaines heures de la journée; c'est celui où se trouve le lit particulier dont j'ai déjà parlé. Ce lit est toujours placé à l'ombre d'un tamarinier ou d'un arbre à beurre. C'est, d'ailleurs, dans ce seul cas que se manifeste visiblement le désir d'avoir de l'ombre.

Chaque groupe d'habitations, séparé d'un groupe

Kuku. Poss. : Anglo-Egypt. B, d, fà.

voisin par des champs cultivés, est occupé par une seule famille. Celle-ci est généralement composée du mari, qui n'a pas de case spéciale, de ses femmes, qui ont chacune leur hutte, et des enfants, qui vivent avec leur mère, s'ils sont petits, ou dorment dans un chimbèque, séparé s'ils sont grands. Il arrive cependant assez fréquemment que la famille s'augmente de la présence de la mère, d'un oncle, d'un frère, ou même d'un cousin du mari.

Il n'y a aucune case, ni dans le village ni en dehors de celui-ci, qui soit réservée à une catégorie déterminée de personnes. Si un étranger se présente, il loge avec le maître de céans dans la hutte d'une des femmes de ce dernier. L'hôte dort sur le lit, l'amphitryon par terre; quant à la femme, qui a cédé sa maison pour la circonstance, elle a recours à l'hospitalité d'une des épouses de son mari.

Je terminerai ce chapitre en décrivant d'une manière détaillée la disposition de trois villages établis sur la terre d'un même propriétaire et formant ensemble un clan distinct. Il s'agit de la propriété deNio-Wot-Kadjo, sur laquelle se trouvent le village de ce dernier, le village de Kegni et un troisième village dont le nom du chef m'a échappé.

Le village de Kegni, par lequel je commencerai, est établi entre les rivières Gupiri et Likidonga, celui de ISTio-Wot-Kadjo est situé entre le Gupiri d'une part, et les monts Longnesa et Worunadi, d'autre part ; le troisième s'étend sur la rive droite du Likidonga.

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