Poterie
Ce sont aussi les femmes qui fabriquent les pots (lukudè), et leur activité sur ce point est, comme pour la vannerie, limitée par les besoins du moment. La ménagère, dont j'ai suivi le travail, était assise devant une terrine contenant de la terre glaise. Elle prit une portion de cette terre et la roula entre les mains pour en faire une sorte de saucisse. Elle enroula ensuite celle-ci sur le fond d'un pot brisé et, avec un de ses doigts, y creusa un petit trou au centre. Sur cette première forme, elle en plaça une seconde identique, qu'elle disposa en manière de cercle, et elle superposa ainsi des cerceaux successifs jusqu'à ce qu'elle eut donné à l'objet la hauteur désirée. De temps en temps, elle versait un peu d'eau sur sa poterie encore informe et faisait ensuite glisser sur celle-ci un morceau de bois qui enlevait les aspérités.
La terre glaise indispensable à la fabrication des pots est réunie et pétrie par la confectionneuse. Celle-ci s'emploie, lorsque la forme de l'objet est obtenue, à y faire quelques insignifiants dessins, consistant en un pointillé qui ne varie jamais. Elle utilise dans ce but un morceau de feuille de borassus, qu'elle replie de façon à former un petit cube, dont les coins sont autant de picots. En passant ce cube sur la poterie encore fraîche, elle obtient le dessin désiré ; les picots laissent en effet leur empreinte dans la forme humide et flasque.
Kuku. Poss, : Anglo-Egypt B, e, 55.
Lorsque le pot est pourvu de cette vulgaire ornementation, il est exposé au soleil pendant deux jours, puis soumis à la cuisson sur un bûcher. On place l'objet séché au centre du bûcher, que l'on recouvre de branches et de feuilles mortes. Ce sont les hommes qui réunissent et disposent les bois nécessaires à cette dernière phase de la fabrication.
Chaque femme est capable de confectionner le panier et le pot dont elle a besoin. Néanmoins certaines femmes ont une préférence pour le travail de vannerie, d'autres sont plutôt attirées par le façonnement des pots. Les ménagères échangent entre elles les objets de leur fabrication, qui leur sont nécessaires dans le ménage.
KUKU
(Poss. : Anglo-Egyptiennes) .
B. — Vie matérielle.
e) Moyens d'existence, Métiers, Occupations. 56. Métallurgie et forges.
Le métal employé est le fer, qui provient des montagnes situées au nord et au nord-est de la région. Les indigènes façonnent aussi des anneaux et des bracelets avec le laiton et le cuivre rouge importés.
Les différents métaux sont fondus, coulés ensuite dans une rigole et finalement étendus et battus avec un gros caillou jusqu'à ce que la forme désirée soit acquise.
J'ai vu, au village de Lamuri, une forge en activité. En voici la description : Deux pots ordinaires étaient placés côte à côte sur le sol ; l'orifice de chacun était hermétiquement fermé par une peau de mouton débarrassée de sa toison et solidement attachée, par des lianes, au bord du récipient ; à sa partie centrale, chaque peau était fortement liée à un bâtonnet. A la base de chaque récipient, se trouvait un tuyau en argile cuite; les deux tuyaux se touchaient au point où ils s'engageaient sous une voûte, faite aussi d'argile cuite; à l'extérieur de cette voûte se présentait le brasier placé dans une petite excavation. Deux hommes mettaient le double soufflet en mouvement, en soulevant rapidement et alternativement la peau; chacun tenait à cet effet un des bâtonnets en main et l'agitait de haut en bas. Un troisième individu prenait, quand il le fallait, la place de celui qui était fatigué. A côté du brasier, un vieillard était assis sur une pierre en face d'un débris
Kuku. Poss. : Anglo-Egypt. B, *, 56.
de cloison en osier renfermant du charbon de bois. De temps à autre, il alimentait le brasier et, se servant d'une baguette, ramenait les braises sur l'outil, une hachette, que l'on chauffait à blanc. Un homme était chargé spécialement de retirer du feu l'objet incandescent ; il employait, dans ce but, un bâtonnet fendu jusqu'au milieu de sa longueur et se présentant ainsi sous forme de pince. La hachette était saisie entre les deux dents de cette pince improvisée et transportée rapidement à quelque distance pour y être déposée sur une large pierre faisant l'office d'enclume. Tandis qu'elle était maintenue en place, un individu l'aplatissait et retendait pour lui donner le tranchant qui lui était indispensable. Pour accomplir cette besogne, il se servait d'une lourde pierre, qu'en sifflant il élevait lentement à bras tendus au-dessus de sa tête et laissait ensuite retomber avec fracas et en poussant un cri aigu de sauvage satisfaction. L'objet fut, à plusieurs reprises, replacé dans le brasier et sur la pierre.
Je tiens à faire remarquer ici que le Kuku ignore l'usage du marteau et se sert toujours d'une pierre ou d'un caillou pour aplatir et étendre le métal.
Le métier de forgeron est exercé en commun par les membres d'une même famille.
Le forgeron extrait lui-même le minerai dont il a besoin ; il le nettoie avec l'aide de ses femmes et de ses enfants, puis il le fond et le travaille.
Les familles de forgerons sont généralement riches en bestiaux, parce que les produits façonnés sont échangés contre des moutons et des chèvres et même des vaches.
Dans une autre circonstance, j'ai vu encore trois forges ; mais on n'y battait pas le fer comme dans le premier cas. Les forges dont il s'agit étaient installées à proximité d'un endroit d'où l'on extrayait du minerai et elles servaient à la fusion de ce dernier.
KUKU
(Poss. : Anglo-Egyptiennes).
B, 56 {suite).
Chacune d'elles était établie sous un hangar circulaire destiné à garantir les forgerons contre les rayons solaires. A proximité de ces hangars s'étalaient des monceaux de scories placés en différents endroits. Tout proche de l'un de ces abris se dressait une petite termitière en forme de champignon, dont le sommet était orné de quatre plumes de poule. Cet objet disparate devait, dans la pensée des forgerons, favoriser le succès de leurs opérations.
Il y avait, indépendamment des forges, onze huttes rudimentairement construites et servant de logis pour la nuit.
La première forge était exploitée par un chef de famille, son fils, son frère et son beau-frère; la seconde était aux mains d'un oncle du premier exploitant et de son fils ; la troisième appartenait à deux de ses cousins germains, nés d'un de ses oncles.
L'eau et les vivres nécessaires à la subsistance de ces gens, de leurs femmes et de leurs enfants leur étaient apportés par leurs parents restés au village. Les produits alimentaires qui leur étaient remis comme arrhes servaient aussi à les sustenter. Il est à remarquer, en effet, que certains clients adressent leurs commandes pendant la période d'extraction et de fusion du minerai. Ceux qui agissent de la sorte donnent à leurs fournisseurs éventuels des avances consistant en céréales diverses.
Les forgerons, que j'ai vus ici à l'œuvre, étaient installés sur les lieux depuis deux mois et ils comptaient ne rentrer dans leur village qu'aux premières
Kuku. Poss. : Anglo-Egypt. B, e, 56.
pluies, c'est-à-dire un mois après. La saison sèche est, en effet, la période de l'année où ces gens se livrent d'une façon continue aux travaux que nécessitent l'extraction et la fusion du minerai. Rentrés chez eux, ils s'occupent de façonner les divers objets qui leur ont été commandés: houes, herminettes, hachettes, colliers, bracelets, fers de lance et de flèche, etc. Pour fabriquer tous ces objets, ils emploient les procédés que j'ai indiqués au commencement du paragraphe n° 56. S'il s'agit, par exemple, de faire un carcan, ils amincissent et arrondissent le produit de la coulée en le battant avec un gros caillou tenu dans la main droite, ce pendant que, de la main gauche, aidée de la pince improvisée déjà décrite, ils le tournent pour lui donner la forme d'un cercle.
Les résidus encore utilisables après la fusion du minerai sont transportés au village en même temps que le fer. Là, on leur fait subir un triage : on rejette tout ce qu'il y a de trop mauvais et l'on envoie le reste à l'atelier.
Lorsque les travaux propres à leur métier sont terminés, les forgerons se mettent à créer quelques cultures, d'où ils tireront plus tard le supplément de nourriture indispensable à leur subsistance. Le reste du temps est consacré à l'élevage du bétail qu'ils se sont procuré en échange de leurs produits façonnés.
Vanden Plas.
KUKU
(Poss. : Anglo-Egyptiennes).
e) Moyens d'existence, Métiers, Occupations.