Fétichisme
Je n'ai pas rencontré de fétiches à formes humaines ni même animales. Certains Kuku portent des amulettes. J'ai vu, notamment, un jour, un homme qui portait au cou une cordelette en fibres indigènes. A cette cordelette étaient attachés, sur le devant, quatre fétus d'herbe d'une longueur de 8 centimètres, de couleur grise et de forme circulaire. Autour de chacun de ces fétus, la cordelette s'enroulait trois fois. On m'assura que c'était sur le conseil du sorcier que cet individu avait recueilli cette herbe dans la savane et s'était fabriqué l'amulette qui devait lui faire découvrir l'épouse de ses rêves. L'herbe était celle qui croît dans les pâturages piétines chaque jour par les troupeaux. C'étaient les parties voisines de la racine qui avaient été choisies. Je ne pus point obtenir l'explication du rapport qui aurait existé entre cette herbe nourricière du troupeau et l'épouse souhaitée.
Autre exemple d'une espèce différente. Chez Lodira, je remarquai qu'une ceinture faite de fibres végétales était enroulée autour d'un arbre dont je ne me rappelle plus l'espèce. Cette ceinture avait été posée sur le conseil du sorcier pour rendre la prochaine saison des pluies favorable aux cultures. Etait-ce un chef de famille qui avait placé cette ceinture pour obtenir la pluie sur ses cultures, ou bien un chef de clan, ou bien le chef de l'Eau Lodira? Je l'ignore.
Kuku. Poss. : Anglo-Egypt. D, a, io3.
Parmi les types d'amulettes, préservatrices de danger, je puis citer celle de deux fers de lance suspendus sur la poitrine et attachés au cou par une cordelette. Cet ensemble constituait, paraît-il, un préservatif excellent contre les mauvais eoups.
Un jour, je rencontrai un individu couvert de toutes espèces d'amulettes plus préservatrices les unes que les autres. Je me souviens que l'une d'elles devait lui éviter tout danger pendant ses voyages.
Chez Lodira, j'ai observé au pied d'un arbre un pot contenant de la terre, deux dents de mouton et de la fiente de vache. La terre devait préserver des atteintes des ennemis. Les dents favoriseraient la capture de moutons appartenant à autrui. La bouse devait empêcher les vaches de fuir.
Ainsi de suite.
Les fétiches et les amulettes sont fabriqués par celui qui en use. C'est souvent le sorcier qui conseille de les confectionner. Ils ont pour but soit d'obtenir une faveur, soit de parer à un danger. Je n'ai pas rencontré de fabricants spécialistes de fétiches ou d'amulettes.
Chez Oribusi, j'ai vu ceci :
Au pied d'un arbuste, situé à proximité d'une hutte, une trentaine de tubercules, provenant d'une plante spéciale que je ne puis déterminer scientifiquement, étaient plantés. Devant ces plants, surmontés de trois feuilles, était fichée en terre une pierre effilée, en face de laquelle trois gros cailloux étaient placés. Cet assemblage mystérieux appartenait à un fervent disciple de Nemrod et il devait favoriser singulièrement ses exploits cynégétiques. Lorsque le chasseur tuait une bête, il en déposait les cornes en guise d'hommage auprès des plants. Avant de se mettre en chasse, il cuisait des haricots dans un pot qu'il plaçait sur le trépied formé par les trois gros cailloux. Après avoir
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mangé sur place ce mets spécialement préparé pour la circonstance, il faisait passer sur les plus grands des plants plusieurs morceaux de viande provenant de la dernière bête tuée. En procédant à ces attouchements, il disait : « Faites que je sois fort à la chasse », puis il consommait la viande. Cela fait, il écrasait quelques feuilles arrachées aux plants et les passait ensuite sur des incisions qu'il avait, au moyen de la pointe d'une flèche, pratiquées en plusieurs endroits du bras droit.
La viande, de même que les cornes, était donnée aux plants pour se rendre le fétiche favorable. Les haricots étaient mangés pour acquérir l'endurance indispensable au succès de la chasse et le suc des feuilles était mis en contact avec le sang du bras, afin de rendre celui-ci adroit.
La bête chassée après l'accomplissement de ce programme rituel était immanquablement acquise au chasseur.
Lorsqu'un individu voulait avoir du succès à la chasse, il commençait par remettre au propriétaire du fétiche la poitrine de la dernière bête tuée et faisait ensuite accomplir tous les rites pour lui.
Le privilège du fétiche, à la mort de celui qui le détient, passe au fils aîné de ce dernier. Si celui-ci n'a pas de fils, il le confie, avant de mourir, à l'un de ses frères. S'il n'a pas pris cette précaution, l'esprit qui anime le fétiche se perd.
Vanden Plas.
Kuku. Poss. Anglo-Egypt., D, a, xo"
KUKU (Poss. : Anglo-Egyptiennes).
D. — Vie religieuse.
a) Idées religieuses et philosophiques.