‹ Les Langues et les nationalités au Canada \Chapitre 17 sur 23 · L IMBROGLIO SCOLAIRE · texte numérisé non relu

L IMBROGLIO SCOLAIRE

tente" en matière scolaire, dont les magistrats ontariens se plaisent à gratifier la législature de leur province? Pour le prétendre, il faut, non seulement faire abstraction de toutes les lois divines et humaines, mais encore chasser de son esprit les derniers vestiges du plus vulgaire bon sens.

Aussi nos fameux éducateurs législatifs commencent-ils par se mettre en révolte ouverte contre le principe fondamental et élémentaire de toute éducation, qui consiste à faire l'enfant s'élever peu à peu du connu à l'inconnu. — Nos législateurs, eux, veulent absolument que tous les enfants canadiens qui n'ont pas eu le bonheur de naître anglophones, partent de l'inconnu pour. . . oubHer ce qu'ils connaissaient auparavant.

Mais, il ne faut pas trop leur en vouloir. Que voulezvous? Ils sont subjectivistes à outrance. Je ne sais s'ils font du subjectivisme, comme monsieur Jourdain faisait de la prose, sans le savoir; mais, une chose certaine, c'est que sous ce rapport, ils pourraient rendre des points au vieux Kant lui-même. Ils sont absolument incapables de comprendre qu'on puisse avoir une merilalité-£t une manière de jvoir différentes des leurs. Or, comme ils sont unilingues ils ne comprennent naturellement rien ni à l'histoire, ni à la géographie, ni à l'arithmétique, ni à une science quelconque, si on la leur expose en une langue autre que l'anglais. D'où ils concluent, de la meilleure foi du monde, que tous ceux qui ignorent l'anglais ne peuvent connaître aucune science et sont des êtres bien malheureux et inutiles pour la société.

Scrutez les articles pubhés sur la question scolaire par la presse anglaise du pays, et vous verrez que presque tous partent de ce fond niais de naïveté subjectiviste. C'est même ce qui fait le plus bel ornement des considérants d'un des jugements rendus par la Cour supérieure de l'Ontario, dans la cause des écoles d'Ottawa. Ces gensj4à s'imaginent tout simplement nue ranglais est le langage naturel__de tous les hommes, et même des animaux.

Un jour, un Anglais me demanda si je ne pensais pas qu'un Canadien de notre voisinage était fou. — Je ne m'en suis jamais aperçu, répondis-je. — Imaginez-vous, continuat-il, que ce fellow, parle en français à ses chevaux, "and I ask

y OU if a d...d horse can understand French when, myself, I cannot understand it?"

Une autre fois, j'ai bien intrigué un autre de mes bons amis anglais. — Je m'étais amusé à apprendre les quatres opérations de l'arithmétique à quelques jeunes Montagnais qui hivernaient avec moi. Mon Anglais l'ayant su, me demanda en quelle langue je les instruisais. — Mais, en montagnais, répondis-je. . . "In the name of the D. . .1 How can you teach them to count in chippeweyanf II is impossible!" — Pour le convaincre de la possibilité de la chose, je dus le faire assister à une de nos leçons. Et je n'ai jamais vu un ahurissement comparable à celui de notre homme, quand il constata que ces sons incompréhensibles pour lui se résolvaient en honnêtes chiffres aussi exacts que s'ils avaient été calculés en anglais.

Depuis ce jour-là, il a toujours cru que j'étais une espèce de sorcier.

Si quelqu'un pouvait persuader les Anglo-Canadiens qu'on peut s'instruire parfaitement dans une autre langue, aussi bien qu'en anglais, celui-là aurait fait beaucoup pour la solution de l'imbroglio scolaire.

Le grand danger pour le Canada

Le babélique chaos dans lequel on a transformé le Canada ne présente assurément pas l'aspect d'une nation unie et homogène. Mais, avant de commencer la pohtique d'immigration, on aurait dû prévoir que c'est ce qui était pour arriver; ce n'était pas si difficile à deviner. Et maintenant, que voulez-vous, messieurs les gouvernants? Vous avez fait une folie: il vous faut en subir les conséquences. Car, comme toutes les autres bêtises humaines, celle-ci a été beaucoup plus aisée à commettre qu'elle n'est à réparer.

Vous avez beau dire que, de tout cela, vous voulez faire une nation, je vous réponds, avec le bon sens et l'histoire, qu'on ne fait pas une nation comme un tailleur fabrique une culotte: il y faut beaucoup plus de temps et de soins. Et, vous connaissant comme je vous connais, je crois que le moins vous vous

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