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scène d’adoration Le contenu de l’inscription laissait comprendre qu’un temple avait été élevé au dieu Samas dans la ville de Sippara , connue par son culte pour cette divinité. Ce fut sur cette simple indication qu’on se hasarda à identifier Sippara avec Abou-Habba.
Les dernières recherches du Dr Hayes Ward 2 font penser que les savants qui avaient placé Sippara non loin de Sufeirah, au nord de la jonction du canal de Seklaouîyé et de l’Euphrate, n’avaient pas eu absolument
tort. Cette question n’est pas d’ailleurs résolue
t Th. Pinches, The antiquilies found by M. H. Rassarn at Abu-Hcibbah (Sippara), dans les Trans . of thc Soc. ofbibl. Arch., vol. VIII, part II, pp. 164-171.
2 Le Rev. W. Hayes Ward, à son retour de Babylonie, vint me voir et me mit au courant des résultats de son intéressante expédition. Il m’expliqua longuement les raisons qui lui firent rejeter, après deux visites à Abou-Habba, l’identification de ce ‘ lieu avec Sippara. Le monticule d ’Anbar, non loin de Sufeirah, s’y rapporterait davantage ; d’ailleurs, en importance, il égale Ouarka et Niffer et mériterait d’attirer l’attention. Voy, Proceedings of Oriental American Society, octobcr 1SS6 ; — Report of William Hayes Ward in charge of the Wolfe Expédition to Babylonia, dans les Papers of the Archeological Institute of America ; — Sippara dans Hcbraïca, vol. II, January 1886, n° 2.
et ne saurait être brusquement tranchée ; des fouilles complètes pourront seules terminer la discussion par la production d’une série de textes indiquant clairement remplacement de la ville.
Quoi qu’il en soit, les fouilles de Abou- Habba ne furent pas infructueuses; elles révélèrent un style différent de tout ce qui avait été trouvé en Babylonie et en Assyrie. A la première inspection qu’en fit M. H. Rassam, il lui sembla qu’on pouvait établir deux divisions dans les édifices, dont certains auraient été consacrés aux cérémonies du culte et d’autres réservés à l’habitation des prêtres et des rois. — Le monticule sur lequel ils s’élevaient avait près de 1,300 mètres de longueur sur 350 de largeur, et contenait, suivant M. H. Rassam, au moins 300 chambres; 130 furent seulement explorées, le gouvernement turc ayant refusé la prolongation des firmans.
A cette époque, l’emplacement de Babylone attira également l’attention de M. H. Rassam. Nous avons vu les tentatives qui avaient été faites pour reconstituer la topographie de la
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grande cité ; cette fois, les efforts furent spécialement concentrés sur le Birs-Nimroud 1 . Les explorateurs avaient eu grand tort de se décourager, car, en persévérant, on obtint de grands résultats.
M. H. Rassam, quittant momentanément la Mésopotamie, se dirigea sur Van, où le Capitaine Clayton, vice-consul britannique, surveillait des excavations entreprises pour le compte de l’Angleterre. Le Colonel Miles, consul général à Bagdad , resta officiellement chargé de la direction des explorations de la Babylonie.
C’est alors que prit place l’incident des fouilles de Tello qui assura à la France la possession de ces admirables statues chaldéennes qui décorent le Louvre. — M. Rassam affirme que l’existence d’un monticule situé sur le
1 M. Rassam déblaya le palais où l'on suppose que Nabonide avait résidé quand Cyrus captura Babylone ; ce palais est situé sur le même monticule que le temple de Bélus, et contenait à peu près 80 chambres, dont quatre fournirent quelques antiquités chaldéennes prouvant que Nabucodonosor avait érigé cet édifice. Les fouilles à Ibrahim el Khdlil donnèrent également de très curieux résultats. Voy. Kec. Disc pp. 188-192.
Schatt-el-Hai, lui fut signalée à la suite de 1 extraction d’une statue en marbre noir. L’Arabe qui l’avait découverte l’avait mutilée; il en avait cassé la tête et l’avait emportée; un des bras avait été pris par un employé du télégraphe et vendu à G. Smith, qui l’avait rapporté en Angleterre. En présence de cet indice, M. H. Rassam fut vivement tenté de porter ses recherches du côté de Tello ', mais cette localité étant située sur le pachalik de Bassora, non sur celui de Bagdad, et les firmans de M. H. Rassam ne lui permettant pas d’explorer la région de Bassora, l’habile fouilleur se trouva devancé par M. de Sarzec, viceconsul de France à Bassora. Il fut obligé de se contenter d’un simple aperçu du monticule et d une petite quantité de menus objets qu’il y îccueillit et qu’il rapporta en Angleterre en juin 1879. Le léger mouvement de mauvaise humeur causé par le regret légitime d’avoir
1 Le lieu désigné par les Arabes sous le nom de Tello , du mot tell ou monticule, se trouve en plein désert, sur la rive gauche du Schatt-el-Hai , à une heure un quart de marche à cheval vers l’est.
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été supplanté par un rival heureux, perce dans le récit de M. H. Rassam. Ce mouvement est trop naturel pour que nous ayons le courage de lui en vouloir, pas plus que de ses manœuvres pour devancer notre consul. Nous savons ce que l’Assyriologie doit à son zèle infatigable, et, d’autre part, nous comprenons qu’il ait pu être jaloux des succès de M. de Sarzec.
Cette découverte importante eut lieu dans d’assez étranges conditions. Par rapport aux ruines les plus célèbres de cette région, Tello se trouve à 1 5 heures au nord de Mougâyir et à 12 heures à l’est de Ouarka. L’ensemble des monticules, du nord-ouest au sud-est, couvre un espace de six à sept kilomètres. Le tell principal, qui renferme les ruines du grand édifice, temple ou palais, et peut-être les deux à la fois, occupe, au nord-ouest, la partie avancée du groupe.
Pendant un voyage dans la Basse-Chaldée, M. de Sarzec, s’étant engagé sur le Schattel-Haï, grand canal antique qui va du Tigre à
l’Euphrate ', remarqua les monticules de Tello. Il rencontra à fleur de terre, auprès du tell principal, un fragment de statue colossale portant une inscription à l’épaule; il avait roulé d’une hauteur voisine qui contenait certainement les restes d’un vaste édifice. « Ce fut, nous dit M. de Sarzec, le point « de départ de mes découvertes et le pre- « mier jalon qui me montrait dans quelle « direction je devais porter mes recher- « ches. » Malgré les dangers et l’insalubrité du lieu, M. de Sarzec conduisit pendant trois mois (5 mars-11 juin 1877) une campagne de fouilles; l’année suivante, du 18 février au 9 juin, il opéra à nouveau avant son premier retour en France. Les résultats furent satisfaisants. En fouillant un ravin creusé sur les
1 Le Schatt-el-Haï est un canal creusé de main d’homme, qui relie le Tigre à l’Euphrate. Il a son amorce sur la rive droite du Tigre, à douze heures au-dessous de Bagdad, et coule du nord-ouest au sud-est ; après avoir parcouru pendant près de deux degrés la partie inférieure de la Mésopotamie méridionale, le Schatt-el-Haï se partage en deux branches, à quelques heures au-dessous de Schatra, et vient se jeter dans l’Euphrate, entre Soûle e’Scheyoûkh et Nasrié.
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pentes du principal telle t aboutissant au point où gisait le fragment de statue1, M. de Sarzec, après avoir reconnu la nature de cette colline artificielle formée de briques crues, atteignit bientôt le mur extérieur d’un grand édifice de briques cuites qui la couronnait. Le ravin conduisait directement à une sorte de couloir, qu’on prit d’abord pour une porte d’entrée, mais qui n’était qu’un réduit extérieur au fond duquel on trouva précisément, couchée sous les terres, la partie inférieure de la grande statue; elle représentait un personnage assis, d’un magnifique travail, avec une longue inscription gravée sur le devant de son vêtement. Les moyens dont on disposait ne permettant pas d’enlever un bloc de ce poids, on l’enterra de nouveau, après avoir pris l’estampage de l’inscription. Or ce fut cette même statue que M. Rassam, guidé par les Arabes et pendant le congé de M. de Sarzec (1878), chercha à s’approprier, ainsi que nous venons de le voir. — Arrivé en
1 Celle dont nous avons parlé, p. 220 .
France, M. de Sarzec fut mis en rapport avec les hommes compétents, MM. Wadington et Heuzey, et il ne tarda pas à regagner Bassora après avoir reçu les témoignages les plus encourageants, et garanti par la protection du Sultan.
En 1880, il se trouvait de nouveau à Tello et s’établissait pendant trois mois, à une heure de là, à Mantar-Karaghoul, sur la rive droite du Schatt-el-Haï. Il put dégager le grand édifice et en reconnaître la distribution intérieure; il obtint de la sorte neuf statues et autres antiquités chaldéennes d’un prix inestimable '. — Une dernière campagne de fouilles (12 novembre 1880 — 15 mars 1881) permit de mettre à jour plusieurs constructions anciennes, distinctes de l’édifice principal. — 11 était temps de clore cette série d’explorations, car l’agitation du pays en rendait le séjour dangereux. Les trouvailles, sûrement acheminées, parvinrent néanmoins en Europe.
1 Heuzey, Les fouilles de la Chaldèe. Communication d’une lettre de M . de Sarzec. Extrait de la Revue Archéologique. Novembre 1881.
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Elles sont maintenant l’objet d’une publication du plus grand intérêt ', tant à cause de la question d’art qui s’y trouve soulevée, que de la haute antiquité des documents épigraphiques qu’elle a produits.
Pour se rendre compte de l’importance historique des découvertes de M. de Sarzec, il faut considérer jusqu’à quel point elles nous permettent de remonter dans ces temps reculés qui, jadis, auraient paru nous transporter dans un monde légendaire, inaccessible aux appréciations de l’historien.
Nabonid, le dernier roi de Babylone dont le règne est fixé à l’an 550 av. J.-C., nous apprend, dans un passage de ses inscriptions, qu’il a recherché et trouvé à Sippar la mention de la rondation d’un temple construit par Naram-Sin, fils de Sargon-P Ancien, roi de Chaldée, 3200 ans avant lui, par conséquent, 3750 ans avant J.-C. Or, Naram-Sin est postérieur au règne du souverain le plus moderne
1 Découvertes en Chaldce par Ernest de Sarzec, publiées par les soins de M. L. Heuzey, membre de l’Institut, sous les auspices du Ministère de l’Instruction publique. Paris, iSSq.
dont les monuments ont été exhumés du monticule de Tello. Ces monuments nous révélent l’existence de dynasties successives dont l’ordre est indiqué par la filiation des princes qui les représentent. En accordant à ces dynasties la durée moyenne fixée par les calculs ordinaires, on arrive à conclure que parmi les rois de Tello il y en a qui doivent remonter au cinquantième siècle avant notre ère ! La lecture des inscriptions éclairera un jour ce que nous avançons à titre d’hypothèse, et tout porte à croire que ces chiffres, au lieu d’être diminués, seront dépassés dans une limite considérable.