L'INTERPRÉTATION
Nous voici arrivés à un point important.
Dans le courant de l'année 1836, trois savants, par des travaux simultanés, peuvent revendiquer l'honneur d'avoir complété l'alphabet commencé par Mûnter. Si nous voulions examiner maintenant leurs droits à la priorité, il faudrait non seulement rechercher les moyens dont chacun s'est servi pour arriver à son but, mais encore faire là part de ce qu'ils doivent à leurs devanciers; car leurs moyens reposent sur tout cet entourage qui presse les intelligences à un moment donné, lorsque l'attention, depuis longtemps éveillée sur le même objet, va enfin formuler le résultat des méditations individuelles ou collectives. Cette simultanéité, c'est le produit de l'incubation nécessaire des germes qui doivent éclore à l'heure où les découvertes commencent à perdre leur caractère personnel.
Lorsque Mûnter vit un A et un B dans ces signes inconnus sur lesquels il fixait sa pensée, son intuition ne tira que d'elle-même sa découverte; aussi resta-t-elle indécise en attendant une confirmation ultérieure. Pareille chose se présenta lorsque Grotefend vit tout d'un coup et en bloc, dans des groupes qu'il désigna, les noms de quelques rois achéménides. Pour rendre sa découverte féconde, il lui fallut la sanction du temps; mais, à mesure que les travaux avancèrent, ils répondirent à une disposition plus générale des esprits, et fiirent par conséquent plus tôt compris et plus vite acceptés. Voici, du reste, les dates des travaux que l'on vit éclore à ce moment sur des points différents.
En mai 1836, Lassen publiait à Bonn un travail sur les inscriptions cunéiformes, et affectait à chaque caractère une valeur avec laquelle il pouvait lire et comprendre les textes de la première colonne qu'il avait sous les yeux ' ,
I Die Alipersischm S^il-IuschrifUn von Penepolh. Entiifferung des AlbhabeU und Erklirung des Inhalts. Bonn, mai 1836.