POÈME
A M, L'ABBÉ DE PREIGNEY.
Sur son char entouré d'un3 vive Inmi re.
Par s «rayons naissans Phœbus chassait li nuit. Quoi 1 dit-elle, déjà je finis ma carriërd?
Qxû ennemi s ans cesse me poursuit !
Toujours marcher et changer d*hèmî«phère !
Ne pourrai-je jamais sur un même réduit.
Pour mon repos devenir sédentaire ?
Et ne pljs voir cet astre qui me nuit, De qui Taspect excite ma colère ?
Phœbus l'eutend, la regarde : elle fuit.
Le soleil triomphant sur la nature luit.
Mais tandis qu'il échauffe et ranime la terre, Et la fait refleurir par Téclat d'un beau jour; La Nuit, pour pouvoir à son tour Lui déclarer une nouvelle guerre,
Da céleste lambris s'empare doucement.
Bientôt l'astra qui nûus éclaire,
La vo.t pa aître en pâlissant.
Déj^ son empire s'étend ; Ses ombres, au soleil, affreuses, incommodes. Semblent ternir Téclat de ce flambeau brillant. Elle approche, il s'éloigne ; et dans le même instant Il est contraint d*a1Ier régner auic Antipodes, Irrité de se voir poursuivi, combattu, D*essuyer chaque jour un si cruel outrage ; Triompher le matin, le soir être vaincu.
« Ah I c*en est trp, dit-il, Jupiter, tout m'engage A recourir à toi, dans ce pressant danger.
Arbitre des Destins, tu me vois outrager;
Je Vinvoque, prends ma défense.
De la Nuit daigne me venger.
Fais cesser nos combats, et punis qui m'offense^ Calme- toi, lui répond des Lieux le souverain,. Pour tes bienfaits plein de reccnnaissance.
Le terrestre séjour, soudain
Va se charger de ta vengeance.
Le règne de la Nuit désormais va finir.
Des mortels (1) renommés par leur sage industrie. De leurs cUmats sont prêts à la bannir :
Vois les effets de leur génie.
Pour placer la lumière en un corps trassparent, Avec un verre épais une lampe (2) est formée. Dans son centre une mèche avec art enfermée
Frappe un réverbère éclatant,
Qui, d abord la réfléchissant.
Porte contre la Nuit sa splendeur enflammée.
Globes brillants, astres nouveaux.
Que tout Paris admire au milieu des ténèbres (3J ;
Dissipez leurs horreurs funèbres
Par la clarté de vos flambeaux.
Déjà pour lever tous obstacles.
Du monarque François on implore l'appui.
Nous ne favorisons les humains que par lui ;
(i) MM. de Preigney et Bourgeois, auteurs des nouvelles lanternes. (2) Description des nouvelles lanternes.
(3} Les lanternes qui sont au Louvre.
Des Dieux les rois sont les oracles,
Pour no rien bazarder, enfin, 11 charge de Thémis les ministres fidèles (1),
D'examiner les machines nouvelles.
Quel avantage on leur trouve soudain !
Chacun y reconnaît l'utilité publique.
On raisonne, on combine, on juge» on applaudit. En leur faveur, tout haut, Plntégritè s'explique.
Au mécanisme tout souscrit,
Jusqu'au sénat académique.
Es-tu content, Phœbus ? que la Nuit désormais
Veuille étendre ses voiles sombres, Son empire est détr iit, ces lumineux objets S ront à l'avenir les vainqueurs de ses ombres. Ce n'est pas tout encor : Sur ces heureux progrès J'entends, coatinua le maître du tonnerre.
Des reproches qui me sont faits,
Quelques Dieux en sont eu colère.
Mercure en qualité de patron des voleurs.
Voit leur défaite sur la terre.
A me^ sujets, dit-il, chacun fera la guerre.
Ils n'inspireront plus de mortelles frayeurs.
Animé par la vigilanc3, Le soir et le matin, en tout «ieu transporté^ On verra l'homme aller sans défiance.
Dans ses regards sera sa sûreté.
Lorsque les yeux possèdent la clarté, Le corps jouit de sa défense.
Vénus vient se plaindre à son tour Que cet événement est nuisible à l'Amour.
Qu'allez^vous devenir, hypocrites femelles ?
Modestes au logis, au-dehors infidèles.
Dont les air^ ingénus font l'erreur des époux^
Pour de nocturnes rendez-vous,
Qui de l'Amour prenez les ailes,
Et revenez à petii bruit.
L'ombre ne va donc plus favoriser ces belles. Vertueuses le jour, et profanes la nuit ?
Rassurez-vous aussi, galant, dont les richesses Font l'amour des objets, dont vous êtes flatté.
(I) Le l*rivilége enregistré au Parlement, le 28 de décembre 17i:>.
Une favorable clarté Vous montrera de vos Lucrcces Jusqu'où va Pinfidélité; Et que Ton est de leurs caresses Victimes plus souvent que dç leur cruaulé.
Tes ingénieuses lumières, Abbé, vont désormais rassurer les esprits, Elles serviront dans Paris D'armes, de gardes, de barrières.
Déjà nos citoyens sincères De tes heureux travaux ont admiré le prix.
A l'exemple des Dieux les hommes éterniseitt Ceux qui sont, comme toi, dignes d'être connus. Ils diffèrent pourtant, selon leurs attributs. Les Dieux et les mortels ensemble immortalisent ; Le» hommes, tes talents , et les Dieux tes vertu».
PLAINTE DES FILOVX
ET