‹ (Les) lanternes; histoire de l'ancien éclairage de Paris;Chapitre 4 sur 4 · À LA PETITE VERTU · texte numérisé non relu

À LA PETITE VERTU

ISUPPIil^lJE.

[Tout est donc mort présentement, La temps seal est dur, misérable ; Chacun se plaint à toat moment Que qnelque sort fatal l'accable.

Que rien ne vit, que tout eat bas, Qne te Commerce ne Ta pas.

* Cette brochure n'est qu'une seconde édition de l'autre, réduite ici, augmentée là. Nous donnons les yariantes. Les crochets indiquent les passages des Amimtontes qui sont suprimés dans les Suliane».

Ànmi trop de mond* s*en néle, Tout est a»joi|rd*hai pélc-mAle, Et Ton ne tronye à chaqae pas Que des compères et comnères, Qni TODS offrent teot lear raillant Pour petite somme d'argent :

Tel est, hélas ! de nos misères Kt de l'extrême discrédit De notre état qui s*arilit.

Le source et la cause premières.

O tems heareux i où nos consoeurs En petit nombre et très-cbéries.

Pour ériter les tridierÎM, Portoient la couronne de fleurs :

D'un chacun recevant Phommage, L'or, l'argent pleuvoit à foison Dans leur galant aréopage; On les Toyoit sur le bon ton Faire cfaei soi grand étalage ; Quand elles quittoient la maison, SniMilier dans «in bel équipage; Là plupart s'amassent ua foed.

Lorsqu'elles arrivoient sur l'âge, PouToient remercier Cupidon, Et vivre à l'abri de l'orage Et des revers de la saison :

Siècle d*or, te reverra-t-on ?

Ah ! quelle énorme différence.

De nos sultanes d'aujourd'hui, A ces nymphes du temps jadi !

Hélas ! tout autre en est la chance !

Outre qu'en ce siècle maudit Et si funeste à notre engeance, Qui tombe petit à petit.

De la plus cruelle indigence Nous ne sommes pas à l'abri ; C'est que dans tout l'on nous tracasse, Et que tout semble s'être uni l^Dur nous donner partout la chasse.

Quelle maudite invention Entre autres que le Aeverbère i Ah I cette illumination Met le comble à notre misère ; Hélas ! en nous ôtant le soir Qui faisoit aeul tout notre espoir, Ces impertinentes lumières Renvoyent l'amour aux gouttières ; L'état ne va plus rien valoir.]

Gompft tissante Cythtfrée, Reine de l'Empire amoureyux.

Sois sensible aux cris douloureux D'une troupe désespérée, Qu'on cherche à bannir de ces lieux

Où ta présence est adorév ;

Mère dn plus cbsrmant de» dieax,

De ta coar ce sont les saÎTanlra,

Ilamaines (1) et bonnes vivantes,

Kn simple jupe, en falbala,

A la grecque, (2) com'ci, com'ça ;

Dans le crépuscule ambulantes,

Dans l'exercice jamais lentes.

On nous connoft sur ce ton-là :

Cependant, humaine déesse,

Malgré nos preuves de soupplessa,

De bon ordre dans le devoir.

On soupçonne notre flnesse,

Et l'on éclaire notre adressa

(3) Quand le ciel est drapé de noir;

[Tous les soirs dès que le jour besse (sic) ]

Dana la nuit même, pour nous voir

Exercer notre ministère.

Qui n*e8t pourtant pas un mystère ;

Par certain magique pouvoir.

On a placé le Réverbère,

Qui défend de dire bonsoir; (4}

La lanterne était si commode I

Le vent Téteignoit, la cassoit.

Incognito l*amour passoit ;

[Mais depuis la maudite mode

Du réverbère radieux.

C'en est fait de nous en ces lieux ;

Plus de démarches clandestines :

Adieu, messieurs les langoureux.

Plus d'attaques à la sourdine.

Nous voyons trop notre ruine

A travers ce corps lumineux;

Le Guet nous voit et nous chagrine.

Encore s'il était amoureux !

On badineroit la machine '

Qui jette partout flamme et feux ;

Mais pouvons-nous conter snr eux ?

Bion plus, nouvelle faribole !

On veut, dans ce siècle frivole.

Et pour nous de si dur a loi.

Eplucher jusqu'à la parole :] Ténus, dans ton aimable Code, Défends-tu, par aucune loi.

(1) Var. rieuses.

(2) Var. ou moins que cela.

(3) Le del fut-il drapé de noir,

On soupçonne enoor notre adresse.

(4) A la suite de ces vers :

Ces impertinentes lumières Renvoyent l'amour aux gouttières, L'état ne va plus rien valoir.

Ces moto : « petit cœur, petit roi f »

Qai soDk des termes de Técole : (1)

Quoi ! ce que chante à l'Opéra

La princesse de ta mi ta, (8)

Ayec les deaz poings sur les banchesy

Est-il plus chaste que cela ?

Oh ! mais c*eit qa'elle est sur les planches (3).

[Enfin qn'imagine-t-'On pas Pour réduire aux abois, hélas !

Toute une troope qui, sans nnire, Ne cherche que moyen de rire?

SouTeraine des rois, des dieux, Protège tes humbles ressaies '^

Dans ce désastre périlleux; Tu défends si bien nos rirales.

Ces fausses prudes aux doux yeux.

Jouant en public les restales, ^ Mais en secret h d'autres jeux, S'abandonnant à qui mieux mieui :

Ne sommes-nous pas leurs égales ?

Sois donc aussi propice aux rœnx De tes ambulantes bergères, Qui descendent de leur boudoir Fort assidûment chaque soir, Pour Tenir, comme des commères, Bconler arec des amants

(i) Le réverbère veut ma foi

Eclairer jusqu'à la parole, Et ce que chante à l'Opéra,

(2) Avec sa robe des dimanches,

(3) Chanter autrement on fera, Quand sur le pavé l'on verra

Une Hebé, les poings sur les hanches.

Ou qu'en quête on la trouvera.

Le réverbère parlera, Fatal amour I pardon, Cyprine, Nous voyons trop notre ruine A travers ce corps lumineux :

La garde en rit et nous l>adine ; Si le Guet était amoureux, On badmeroit la machine Qui jette partout flamme et feux.

Bien moins que la chaleur divine.

Echauffant la terre et les deux ; ' Souveraine des lois, des dieux.

Protège tes humbles vassales.

Malgré notre état périlleux.

Sans cesse il nous vient des rivales.

Nous avons aussi nos égales En mille endroits délicieux ; En public jouant les vestales, Mais en secret à d'autres jeux Qu'amour de son brandon éclaire.

Bien autrement qu'un réverbère.

Tandis que d'un bourgeois obscure, Une demoiselle du monde, (Le terme n'est pas assez dur.

Pour qu'une béate le ft-onde) Descend pour saisir des moments.

De doux et lucratifs moments]

Faits, pour ces ardeurs passagères,

Qui coûtent peu de sentiments,

Et sonrent n'en sont pas moins chères. (1)

[Hais hélas ! ô sort malheureux 1 Malgré nos désirs généreux. Pour nous, trop implacable mère.

C'est merveille quand ton grand cœur.

Si propice dans tout malheur, Nous retire de la misère ; Tu nous laisses à l'abandon Comme bâtardes de Cythère.

OqI, nous ne le royons que trop, C'est que l'Amour qui nous gouverna N'est qu'un petit Dieu subalterne.

Un enfant sortant dn maillot.

Que la plupart du monde berne ; Timide et toujours au galop.

S'il nous mène en bonne fortune, Ce n'est jamais que sur la brune ; Comme le plus mince sujet, 11 craint le moindre clair dé lune, ] Il n'entend, ne voit que le guet, Soit l'équestre, soit le pédestre ; C'est un Amonr colifichet, (2) Bont le grand cœur est bleu terrestre.

Mais vive ton céleste aîné !

Ah ! que ce bel enfant est leste !

C'est un petit déterminé,

{ I ) La pauvre amante au lieu d'amant&.

Ne trouve que des réverbères.

Dans cette brillante cité.

Autrefois ton second Cythère, Tes nymphes mettent pied è terre; Tendre mère de volupté.

On les veut forcer aujourd'hui De s'accroupir dans un étui, Autrement fiacre octogénaire; Qui par B. , par F., les conduit I Où les fiacres n'ont rien è faire. .. .

I Miséricardet quand la nuit

Permet de quitter le réduit ; Car la vie est si nécessaire :

Pas un coin, pas un carrefour, ' Où le réverbère ne perce ;

I C'est un verre ardent qui traverse

Tous nos desseins formés au jour..

i Qu'est-ce qu'un amour subalterne,

I Qui conduit Margot tur la tnrune,

I Sur l'air : En attendant fortune.

Et qui ne sauroit l'arracha' [ D'entre les bras d'un fier archer,

I Sorcier qui n'en manque pas une?

Cet amour, fringante Cypris, Assurément n'est pas ton fito.

S'il nous mène en bonne fortune...

[2] C'est un amour de cabinet.

Dont la tefteur est bien terrestra.

A l'attaque ot défense preste, Tout un régiment il rerroit (1) Pour espionner sa conduite, Cent commissaires à sa suite, (2) Garde ou Pousse le poursnivroit, Son chemin toujours il iroit ; A rOpéra descendu, vite Dans les coulisses il diroit, A plus d'une, bonsoir, petite.

Pour notre patron son cadet.

Ce n'est ma foi qu'un marmouset, [Qui ne fait rien qu'en cache-mite; (3) Plus on sait que c'est un coquet.

Que l'argent seul conduit au gtte :

Ah ! c'est fait de nous à la suite, D'un protecteur si freluquet, Si ton bras ne nous sauve vite]

Or, déesse, il est un secret Pour sauver moitié de la troupe; (i) Yois>tu ces remparts séducteurs Où mille plaisirs sont par groupe, Formés par des arts enchanteurs ? (5) Ce lieu nous paroit favorable, Et très propre à nous relever; Vénus, daigne nous y placer :

Notre engeance toujours aimable, Rendra ce lien plus agréable.

L'on 7 voit déjà de nos sœurs,

(i) Cent réverbères il verroit,

(2) On devroit bien dire en visite.

(3) II ne fait rien qu'en chate-mite Le reverbérique reflet.

D'un amour a fait un berniitc, Et frère Luc aussi l'étoit, Kt le plus doux miel il goûtoit.

Dans ses extases volontaires.

Ce ne sont pas là nos affaires.

La Fontaine est un indiscret Qui ne nous servira plus guère.

Grâce à nosseigneurs réverbères.

Cependant il est un secret

( 4 ) Suprême, maltresse des cœurs,

1 5) A partir d'ici, il y a encore de très nombreuses variantes dans le texte des Sullane&.

Vois-tu nos merveUieiises sœurs.

Et les toupets en escalades,

Et les côtés en palissades.

Ce sont des Grecques que voilà,

Il faut aussi nous loger là,

Aux solitaires contre-allées.

Où marchandises sont mêlées ;

Tantôt c'est en cabriolet.

Qu'une de nos sœurs bien coiffée,

L'une en Bourbonnaise attifée.

Commise du sieur Nicolet,

Et muse du sieur Taconet ;

Du moins la contre-allée est sombre,

Le réverbère n'y luit pas.

C'est le rendez-vous dos rabats, etc.

Lt plupart très reconnaissables, Par mille allures remarquables, Un air pimpant, des yeux quêteurs, De grands toupets en escalades Et les cAtés en palissades'.

Tantdt c'est en cabriolet Qn*une Nymphe des mieux coiffée S*arréte près de Nicolet ; L'autre en Bourbonnaise atiffée.

S'étale avec un air coquet, Aux solitaires contre-allées, Oiî marchandises sont mâlées ; C'est surtout quand il se Tait tard Qu'elles viennent de toute part :

Qui pourroit deriner le nombre Des fausses prudes cherchant Tombre, Qni ne ront pas là tout exprès Pour humer à crédit le frais ?

Comme cet endroit est très sombre, Qu*on n'y Toit que par-ci, par-là, 11 faut aussi nous loger là; Noiys le croyons propre au commerce Auquel notre troupe s'exerce, 11 peut nous tirer d'embarras:

C'est le rendez-vous des rabats, Des petits Sénateurs en germe, Des riches commis de la Ferme ; (1) Quand de calculer ils sont las.

On les voit venir pas à pas.

Pour s'y rafraîchir l'épiderme ; Rencontre-t-on ces gros papas, On s'intrigue, oa parle tout bas.

Pour un instant le cœur s'afferme, On n'est pas Turc près des ducats, (2) Et cela fait payer le terme.

Est-il lien comme celui-ci ? (3)

Rome l'ancienne avait bàtï Un temple à Vénus immortelle :

Ténus, dit-on, n'a point pati, * D'être dans Rome la nouvelle ;

On parle d'un certain quartier

Que les boulevards soient le nôtre! {\)

(i) D'apprentis inilords de la ferme.

(2) Les écus valent des ducats.

l3} Heureuses si le commandant

D'une garde un peu trop active, Ne tenoit pas sur le qui-vive Un amour qu'il croit trop ardent, Cet amour il faut bien qu'il vive, Rome l'ancienne avait bâti Maint temple...

;4) L'amour ne fut jamais sorcier.

Toujours ce Dieu fut bon apôtre...

Oui, que Ton daigne cantonner

[On nous le doit plus qu'à (o«t autre; Car enûn quel Mt le métier Où Ton voit d'anssi bon apôtre, Qni ne s'occape tout entier Qne de l'ntilité publique, Malgré du monde la critique ?

Nymphes ont le coeur tl loyal.

Qu'elles font le bien pour le m#l.

Que feraient les femmes décente», Ces héroïnes de Tertu, Dans mille attaques renaissantes, Si nous n'étions les combattantes?

Après qu*eUes ont combattu.

L'honneur leur reste, et nous, par grée».

On nous hue, on nous rime en tain, On nous enroye à Saint-Martia ; Mais supposé que Ton nous chasse, (I) Reprendront-elles notre place, Celles pour qui nous militons f Eh ! qu'il en est dans ces cantons (i Faisant nos tours de passa-passe; Allant comme nous à la chasse.

Sur les plaisirs de Copidon ! (3) Mais motus, ce sont des matronnes, [A qui, public, tu le pardonnes, Par leur prévoyante façon D'éviter tout mauvais soupçou :

D'ailleurs à Paris, comme à Rome,] Péché caché vaut sou pardon.

Pour nous l'on prend un autre ton, (4 Par grâce obtiens, grande patronne, Que quelque rempart on nous donne,^^ Où la garda gui voit trop bien, Passe, comme ne voyant riam [Sans lire dans la perspective.

Et que l'illustre commandant D'une garde un peu trop active, ITy tienne plus sur le qui vive, Un amour qni n'est trop ardent Que parce qu'il faut bien qu'il vive.

L'espèce honnêtement nombreuse, L'engtigeuse ou la dég<igeu8e, Qui son petit bien veut donner.

Qu'on nous appelle vierges folles, Conte que cela, fariboles !

Il est permis de se damner.

(1) Si le réverbère nous diasse.

(2) Qu'il en est dans ces beaux cantons.

(3) Plus décemment qui les endasse 1

(4) Pourtant, bienfaisante patronne, Si quelque rempart on nous donne,

Ta troupe à servir toujours prête, Rentrera Sous tes étendards.

Si l'on daigne ainsi cantonner.

De notre légion fapeuse, L'espèce honnêtement nombreuse Qui son petit bien veut donner, Bientôt notre troupe galafite Telle que des héros militante, Levra de brillants étendards,] Bt te fera des boalerards Un nouveau pays de cçnqn^tea*. (1]

(1) Ici, tout est difEÊrent dans le texte des Sv^Uanes nociurne^.

Mais pour courir tant de hazards.

Toujours le réverbère en tète.

Et les pousseux et leurs mouchards, Les falots, espèces de bète.

Heurtant, comme loups plus hagards.

Ce Guet qui se croit le Dieu Mars, (Le tien Vénus est plus hiwnète) Le diable emporte les remparts, Si l'on y prend comme on y guette. . .

Déesse, où vas-tu nous placer f Nous ne sommes que du tiers-ordre :

Les petits on peut tracasser ; Mais sur les grands on n'ose mordre.

Le cas doit bien t'embarraaser.

Car notre état n'est que désordre.

Pourrions-nous la tache effacer.

Quand nous aurions un privilège ?

Nous pourrions bien nous en passer, Nous qui sommes du vieux collège...

Enfin quel sera notre sort, Vénus si c'est une inftmiie, De n'avoir baron nimilord.

N'étant pas de rAcadémie ?

Encor faut-il venir h bord.

Et montrer qu'on a du génie...

Il en est un que tu connais.

On dit que Minerve, Uranie, (6ex, que nous n'avons vu jaiuais»

N'étant pas de la oopoipiignie).

Présidant h ses plans parfaits ;■ La capitale est embellie.

Par son goût et par ses bienfaits ; En homme il est galant, aimable ; En magistrat, fort peu traitable.

Pour nous seulement ; disons tout :

Nous ne sommes pas de son go^t.

Il aime un peu trop la décence ; Nous n'en voulons qu'^ la finanoe ; Néanmoins, par an, douze fois, Il a l'honnête complaisance.

Quand notre honneur est aux abois.

De l'entendre en pleine audience.

Le premier vendredi du mois, (L'époque est pour nous d*fanpor tance) :

£t nos sœurs qui, par négligence.

N'ont pas su garder le silence ; Comme Iri», Tira» dans un bois.

Où le plaisir seul tient séance ; Hélas ! ce digue appui dea kûx.

En les pesant dans sa balance.

Et trouvant nos sœurs de faux poids.

Pour le bon ton et l'innoeence.

D'un seul mot qui n'est pas grivois»

Il les envoyé en pénitence ...

N'importe, nous l'aimons encor ; Et si nous trouvions un trésor.

Si gracieux que l'honneur, même,

[On connoit notre fermeté, On sçait qu'à servir toujours prêtes, Nous n'avons jamais hésité; Ce sera dans les contre-allées Que nous ferons nos assemblées.

Comme ces sages anciens Dits Péripatéticiens, Formant un corps ambulatoire ; De ces lieux où Ton ne rolt rien, Nous formerons pour plus grand Gien, Un nouveau temple de mémoire.

C'est là qu'on apprendra l'histoire De ces héros, vrais fils de Mars, (1)

Nous l'offririons h ce Mentor, A ce sage que chacun aime.

Toi, notre déité suprême, Vole vers lui, tu le verras Régler Paris sans embarras.

Rendant la ville aimable et sûre ; Dans son esprit tu trouveras Les attributs de la ceinture ; Dans son cœur la simple nature ; Et toi, qui ne crains pas le Guet, Ni la reverbérique injure :

Déesse, en gardant le lacet.

Au cabinet, dans l'encoignure, Glisse en sa main notre plaoet ; Sa discrétion nous rassure....

Plaise au magistrat bienfaisant, Qui règle cette ville immense, ^

Paris, magasin d'abondance.

Où notre sexe est plus plaisant Qu'en aucun endroit de la France.

Puisse-t-il plaire à mon seigneur, Que les demoitelles du monde.

Qui se donnent autant d'honneur Qu'on en donne au bout d'une fronde.

Se pourra-t-il, grand magistrat, Que votre humanité réponde Aux vœux ardents du tiers-état Des filles dont Paris abonde ?

Filles, c'est un sort si charmant, Avec quelque attrait du bien-être.

Plus d'une femme à sentiment.

Est jalouse de le parottre, Moins pour l'époux que pour l'amant.

Monseigneur en doit bien connoitre, De ces faiseuses de serment, Désertrices du sacrement....

Pour n'avoir pas l'honneur d'en être, L'on nous traite bien rudement ; Monseigneur, vous êtes le maître....

Mais si l'on osoit proposer, Un tempérament composer, Vous le trouveriez bon peut-être ?

N'importe il faut toujours oser.

C'est un projet, vaille que vaille.

Qui n'ira pas jusqu'à Versaiile, Mais qui pourra nous amuser...

De nos remparts les contr'allées Où nous faisons nos assemblées,

(1 ) De héros, non des fils de Mars,

De ceux qui courent les hazards,

Au sein même de la victoire,

Au grand sa'nt Gôme offrant leur gloire,

Qui savent braver les haz^rds,

Au sein même de la victoire;

Qui viennent ensuite à l'écart,

Au grand Saint-Côme offrir leur gloire

Et leur larmoyant étendard.

On y verra nos héroïnes Dignes de Tlmmortalitc, Nos Angéliques, nos Justin es.

Dont le grand cœur, la fermeté, La valeur, Tintrépidité, Les égalent aux Messalines, Dont le nom étoit si vanté.

Pour tant d'actions glorieuses Et de prouesses si fameuses, Nous ne demandons qu'un répit :

On sçait que dans Tendroit susdit.

Le soir, jusqu'à la neuvième heure, Le rempart nous met en faveur, A peine le Guet nous efQenre , Enchanté de notre ferveur ; Mais quand l'heure dixième sonne, C'est alors que le Guet raisonne :

Adieu dès-lors nos petits-jeux.

Forcés de faire place à ceux Qu'en ce moment Micolet donne : (Ij

Et leurs périlleux étendards.

Nous chanterions mainte héroïne

Zaïre, Fatime, Justine,

Kt Flore du quartier Cadet,

Qu'enrichit ijn lourd Turcaret.

La théâtrale République,

Singulièrement la lyrique,

Foumiroit matière h nos chants,

Pour le tragique et le comique,

Si la garde, plus pacifique,

Ne poursuivoit, À bout touchant.

Notre ambulance famélique.

Ah ! que les hommes sont méchants !

Vous, seigneur, dont l'âme est si belle.

En plaçant ailleurs votre zèle,

Par exemple, sur les flloux.

Plus dignes de votre courroux

Qu'une timide demoiselle.

Humainement, ne pourriez-vous

Sans réverbère, ni chandelle.

Nous rendre les remparts plus doux,

Ordonnant À la sentinelle

De spéculer d'autres que nous,

A moins qu'il n'arrive querelle ;

Alors que lo garde s'en mHe,

Seulement, pour parer les coups ;

Car jurer n'est cpie bagatelle.

En rencontre ou rendez-vous,

La nuit jusqu'à la dixième heure.

(1 ) Il rit, il chante en son tracas.

Il fait parler jusqu'au bœuf gras, Et nous sommes silencieuses ; Les vierges ne se voilent pas, Nous avons nos mystérieuses.

C'est son maudit jeu qui nous suit.

Ctr qaand il est toat â fait ntilt, Si nous risquons d^étre jonettstBt, Comme il est jouenr à miauit, On noos appelle de* eonremes.

Le Gnet conrt sur nous à grand brtiil, Noas atteint, Bons gante (1) et conduit Oo sont les antl-Tertneases. (2)

Ponr grâce, dis-je, et tonC répit.

Qu'on nous donne, comme il nt dit, Une permission tacite, Gomme on en d*nne à maint anteur, (3) Afin qu'il troure un imprimeur ;

De la dixièiM heure susdite.

Qu'il nous soit libre an boulerard, De compter jusqu'à la douiième ; CtiT pour nous deux heures pins tard Sont d'une conséquence extrême ; Le souper rend l*esprit gaillard, (4) Et cela, comme on imagine, FaYorise très fort notre art.

Moyennant cette gràœ ias^e, Le, commerce se relevra ; Ne jouant pins à la sourdine, L'argent à foison nous pleuvra ; Nous pourrons, comme Mi, Cjprine, Tranquillement sur un sopha, ïraver et misère et famine.

Ainsi solt-il.

(<] Var. nous traîne.

(3) Que les filles sont malheureuses ! . . .

Pour toute gréoe, monseigneur.

Et par permission tacite

(3) Qui l'assiste dans sa guette.

( A ) D'abord on parle de musique.

Dont fe moindre caffé se pique, Des chefe-d'œu?re de plus d'un art, Que votre goût met en pratique Ensuite, un peu plus à l'écart.

On s'exerce sur la physique.

L'air est si Tif sur le rempart...

Ce faisant, noctumeê SuHanei, Ambulantes pareillement, Tout le virginal régiment Des reverb^es diaphanes.

Feront un éloge charmant.

Et quand, par un décret contraire, ▼iendroit appel oonune d'abus.

On ne vous en voudroit pas plus.

Et vous n'en sauriez pas moins ^plaire.

En vain le vice a combattu Dans une brillante carrière :

Il fiiut qu'il morde la pousnère Et rende hommage h la yertu.

Farte. — Imprimerie IVançaise et espagnole de Dubvisson et fi«, me Coq-Héron, 5.

PARIS

mPRIMERIE FRANÇAISE ET ESPAGNOLE DE nUBUTSSON ET €••.

Rue Coq-Héron, 5

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