VI AVANT PROPOS DE L EDITEUR
s'il se trompe, il faut le plaindre, au lieu de le tourmenter, car il est déjà assez malheureux.
Mais, répondent les fanatiques, les choses ne peuvent se passer ainsi. La vérité est une; l'Église qui est la vérité est une, et notre devoir à nous autres bons catholiques est de faire rentrer ces malheureux dans la vérité et de les sauver malgré eux. D'ailleurs, la persécution à leur égard n'est pas de la persécution, car on ne persécute que la vérité. Ce sera une violence, si on veut, mais une violence sainte, puisqu'elle a pour but de sauver les âmes qui sont tout, tandis que les corps ne sont rien. Loin d'être des persécuteurs comme on le dit méchamment, nous sommes au contraire trèscharitables, et nous le prouvons en agissant ainsi. Quand nos prédécesseurs brûlaient les protestants à petit feu, c'était dans l'intérêt bien entendu de ces malheureux ; mais c'est ce qu'on n'a pas voulu comprendre.
Qu'on ne prenne pas cette argumentation pour une plaisanterie; elle se reproduit chaque jour dans des livres , et les mots que nous avons soulignés sont extraits textuellement d'un journal très-répandu et qui est rédigé par des écrivains qui ont quelque renom.
Si cette doctrine sauvage était, comme on le dit, le principe du catholicisme, il faudrait se hâter de sévir contre cette communion, car la paix étant le lien des hommes et leur bien le plus cher, tout ce qui tend à la troubler doit être poursuivi rigoureuse-
AVANT l'HoPOS DE L ÉDITEUR. VII
ment, mais il n'en est pas ainsi, et la doctrine de l'Église a toujours été Jidcs suadenda non impo<nenda, ce qui condamne hit*n positivement toute contrainte
11 n'est pas nécessaire, au surplus, d'être un grand docteur pour savoir que le principe de la religion chrétienne est la douceur, la mansuétude, la charité, l'amour fraternel entre les hommes; on un mot, la pratique dos plus nobles et des plus douces vertus. C'est par là qu'elle a sauvé le genre humain de l'effroyable corruption du vieux monde romain, et qu'elle est devenue universelle. Prétendre le contraire, en dénaturant son esprit, comme quelques-uns le font aujourd'hui, c'est non-seulement une absurdité révoltante, m;iis un abominable sacrilège. Jésus-Christ ne cesse de répéter à ses disciples : « Que la paix soit avec vous. » Pourquoi donc la dispute et la violence, surtout quand on est d'accord sur les points fondamentaux du christianisme, comme le sont entre elles les différentes communions de cette religion?
Ce que nous venons de dire est devenu banal à force il";i\<>ir été dit; il est cependant nécessaire de le répéter, caria passion d'ergoter, l'intolérance et la sottise ne cesseront jamais, on peut le penser, et nous savons où cela nous a conduits.
Voilà pourquoi n<>us réimprimons les Larmes de M. de Chambrun. En les lisant sans parti pris, pour mi contre, on sera touché de la douceur et de la man-