ÉCRIT EN LISANT " JEAN RIVABD
Pâle artisan que la faim presse, Jeune homme au cœur ardent et fort^ Pourquoi, courbé sous la détresse, Accuser la rigueur du sort ?
Suivez ce sentier solitaire Qu'avec vous je vais parcourir :
Voici l'exemple, ô prolétaire, — Vous tous qui parlez d'avenir !
Que je vous montre un hermitage Où règne le parfait bonheur.
Là vous contemplerez un sage Dans la véritable grandeur.
Sous les arcades de verdure Où le rossignol fait son nid.
J'entends crépiter les ramures, ^ Puis un long choc sourd retentit.
Avançons jusqu'à la clairière :
C'est un géant de la forêt Qui, sous la hache meurtrière, Chancelle et succombe à regret.
Les grands bois noircis par la flamme Se dressent clairs et dépouillés, Laids squelettes qui n'ont plus d'âme, Que la main de l'homme a fouillés !
C*est ici !— Le combat se livre, La victoire est aux travailleurs.
Le sol vous attend pour y vivre.
Il s'ouvre à tous les nobles cœurs.
Emparez-vous de Théritage Que vous ont laissé vos aïeux :
Votre gloire est dans son partage, L^avenir est devant vos yeux !
Enfoncez-vous dans ce domaine Au plus épais des bataillons, Et que votre bras se promène Par les coteaux et les vallons.
LES LAURENTIENMES
Le défricheur, ferme, intrépide,
N'a que sa volonté pour loi,
Et son seul intérêt pour guide.
Car le défricheur c^est un roi.
Un roi qui se taille un royaume,
Ainsi qu'un autre conquérant,
Dans la part que Dieu donne à Thomme
Aux rivages du St. Laurent I
Il lutte, sans repos ni trêve.
Corps-à-corps avec la forêt ;
Ses travaux sembleraient un rêve
Au citadin qui les verrait.
Sans jamais connaître le doute, Le doute qui tue en naissant, Joyeux, il ébauche sa route Vers un horizon florissant.
Il lui faut une étrange audace Et le sens d'un cœur bien placé Pour oser affronter en face Les maux dont il est menacé ! . . .
Courageuse Persévérance, Au seuil du pionnier canadien Vous ôles avec l'Espérance Sa vertu, sa foi, son soutien 1
Ce nouveau créateur, ce maître, Verra s'accroître autour de lui L'abondance qu'il fera naître * Partout où son fer aura lui.
Bientôt, au pied de la colline, Sur le terrain qu'il a conquis. Un village agreste dessine Ses champs nourriciers du pays...
Que sont les discours pathétiques Prêchant l'amour et l'union, Ou les intrigues politiques Près de sa modeste action I
Les Trois-Rivlères, octobre 1864.