‹ Les LaurentiennesChapitre 49 sur 78 · CAUSERIE D*UN VIEILLARD · texte numérisé non relu

CAUSERIE D*UN VIEILLARD

Quand oq est vieux, quand le soir tombe

Sur notre jour qui va finir,

On rencontre au bord de la tombe

La grande ombre du souvenir.

Ce fantôme qu'on nomme aussi Pexpérience, Invisible à nos fils, m'attriste sur leur sort ; Ignorant le passé, cœurs pleins de confiance,

Ils, vont I Dieu les conduise au port !

Enfants, vous marchez sans boussole.

Qui vous indiquera la route des aïeux ?

Au milieu des dangers Tespoir seul vous console

Le passé vous instruirait mieux 1

Ceux qui luttèrent à cet Âge Où vous n'étiez pas encor nés.

Ceux qui sauvèrent du naufrage Les biens qui vous sont destinés.

Ils s'éteignent sans bruit, emportant leur histoire ; Bientôt vous n'aurez plus de voix pour vous guider ! Plusieurs méconnaîtront les vieux refrains de gloire, Le Devoir qui sait commander.

Enfants, vous marchez sans boussole, Qui vous indiquera la route des aïeux ?

Au milieu des dangers l'espoir seul vous console

Le passé vous instruirait mieux !

Si vous ne gardez souvenance

Des sacrifices d'autrefois.

Qui vous dira la provenance

Des droits que protègent nos lois ?

Oa estime à son prix un noble privilège :

Plus cher il a coûté, plus il nous semble doux. Mais s'il reste couvert d'un oubli sacrilège.

Grands et petits, qu'en ferez-vous ?

Enfants, vous marchez sans boussole.

Qui vous indiquera la route des aïeux ?

Au milieu des dangers l'espoir seul vous console

Le passé vous instruirait mieux !

Enseignez à la foule avide

Ce que furent les Canadiens.

L'ignorance fait le cœur vide :

11 faut guider la foi des siens.

Tandis qu'il en est temps, ressuscitez sans trêve Des échos du passé l'expirante clameur.

Le peuple se souvient, mais comme d'un grand rêve :

Son patriotisme se meurt !

Enfants, vous marchez sans boussole, Qui vous indiquera la route des aïeux ?

Au milieu des dangers l'espoir seul vous console :

Le passé vous instruirait mieux.

Il mourra le patriotisme

Si vous n'animez ses débris ;

Car l'aiguillon de l'héroïsme

C'est le devoir qu'on a compris Déjà des déserteurs ont quitté la phalange !

Les rangs s'éclairciront ! Ces pauvres émigrés Ne sauront-ils jamais ce qu'ils perdent au change ?

Que sont pour eux nos droits sacrés ?

Enfants, vous marchez sans boussole, Qui vous indiquera la route des aïeux t Au milieu des dangers l'espoir seul vous console

Le passé vous instruirait mieux !

Qui leur apprend dans la chaumière De quel sang ils sont descendus ?

Songent-ils que la race entière N'eût de remparts que ses vertus ? Rattachez donc leur vie au courant électrique- Qui remonte à travers les générations.

Ah I si vous ne voulez qu'un peuple prévarique- Ravivez les traditions.

Enfants, vous marchez sans boussole, Qui vous indiquera la route des aïeux ?

Au milieu des dangers l'espoir seul vous console ;

Le passé vous instruirait mieux !

Dites : l'amour de la patrie Ne rend-il pas les peuples forts ?

Que vers cette mère chérie Tendent sans fin tous vos efforts ?

LBS LAURBNTIENNES

Enfants bien des dangers sont loin des citadelles ; Préparez les esprits pour ces combats nouveaux ; Enrôlez, instruisez des bataillons fidèles :

Chaque rang produit ses héros !

Enfants, vous marchez sans boussole, Qui vous indiquera la route des aïeux ?

Au milieu des dangers l'espoir seul vous console :

Le passé vous instruirait mieux.

Ottawa, juillet 1867.

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