‹ Les LaurentiennesChapitre 63 sur 78 · A MON AMIE · texte numérisé non relu

A MON AMIE

Tel est fier d'un succès — de sa haute naissance — D'un habit qu'on admire— ou d'un titre pompeux — Un savant, tout gourmé des droits de sa science, Jette au pauvre rimeur un regard orgueilleux.—

Je vois des parvenus que d'en bas l'on encense— Des fats, des sots vernis, riches et glorieux... Que me font les grandeurs, le savoir, l'opulence ? A d'autres ces jouets I— en toi j'ai bien plus qu'eux I

Ta bouche avec deux mots m'a donné la richesse. Des vertus, des talents qu'on ne peut m'enlever : Mon bonheur n'a d'égal, ainsi, que ma tendresse !

Possédant ton amour, je crois tout posséder. — Si je redoute un mal au sein de mon ivresse.

C'est l'affreux abandon où tu peux me plonger I

L£S LAURBNTIENNES

Je suis comme un avare absent de son trésor Qui songe à l'heureux jour, où seul avec lui-même Il pourra contempler, ô volupté suprême I Ses joyaux miroitants, ses larges monceaux d'or l

J'omets le temps qui fuit et la rigueur extrême Dont me frappe en tous lieux la rude main du sort— Je laisse ma pensée aller vers ce que j'aime Et mets mon seul bonheur à suivre son essor.

Aussi quand je te vois, mon âme toute entière Gomme en un riche écrin s'enferme en ton amour Et secoue un instant sa chaîne de misère Pour vivre de ta vie !

Ah I béni-soit ton jour Puisque par ta présence on est heureux sur terre, Ou que ton souvenir dans l'exil nous secourt I

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Ils te trompaient, ma douce bien-aîmée.

Ils te trompaient dans leur jeu caressant.

Ces vers pompeux où mon Ame enivrée Disait brûler d'amour le plus puissant.

Toute en Fextase où vivait ma pensée, J'étais sincère on ce pieux serment, Car j'ignorais que le cours d'une année...

Dût augmenter ce tendre sentiment.

Cest qu'à mes feux se joignait l'ignorance Des mille traits que l'Amour a pour lui.

Et dont chacun ajoute à sa puissance Quand il nous frappe.

Oh I je vois aujourd'hui Que cet enfant grandit, et qu'avec l'Age Il prend sa force et règne sang partage l

LES LAUREKTIENNES

Sous tes doigts blancs, quand le clavier sonore Lance en écho la galté de ton cœur ; Ou, frémissant sous la main que j'adore, S'il fait entendre un soupir de douleur.

Combien j'envie alors en mon délire Ghaque^baiser du bois harmonieux 1...

Que ne prends-tu mes lèvres pour ta lyre ?

Clavier vivant, elles répondraient mieux.

Si l'instrument inerte qui t'amuse Devient esprit, s'anime et suit ta voix, Dis-moi, dis-moi que chanterait la muse Qui pourrait mettre un baiser sur tes doigts i

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Si la mort, brutale ennemie, Tranchait le fil de nos amours, Que mes vers, ces fleurs de ma vie, Te rappellent nos plus beaux jours.

Tu les jugeras, douce amie, Sans toutefois les comparer A l'œuvre d'un brillant génie Dont l'art m'aurait pu surpasser.

Et dis : " Sa muse, jeune encore, " Comme le fruit tout près d'éclore, " Se nourrissait pour l'avenir :

" Amour I si le pays honore <* Ses rivaux, fiers de parvenir, " Lisons ses vers en souvenir !"

Jaillet 1869.

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