‹ Les Laurentiennes [microforme]Chapitre 17 sur 101 · L'ANNÉE · texte numérisé non relu

L'ANNÉE

Des exilés, des proscrits politiques

M'ont raconté, des larmes dans les yeux, Que, chancelants, trônes et républiques, Rois et sujets se divisent entre eux.

Ah! disaient-ils, le canon des batailles

Ne frappe plus un peuple d'étrangers;

Mais nos cités, nos chaumes, nos murailles, Sont abattus sous ses coups meurtriers!

L'Europe impassible regarde Tomber le rempart qui la garde Des envahissements du Nord.

Seul, et brisé par tant de guerres, Le Polonais, comme ses pères, Se lève pour combattre encor!

La vieille Grèce, entière à l'anarchie, Demande un roi qu’on ne peut lui trouver.

L'on combat contre et pour la monarchie :

Dieu perd son droit d’abattre ou d'élever.

Combien d’autres peuples s’agitent, Se détruisent, se précipitent

Vers un avenir de malheurs !

L’Asie, asservie à ses maitres, Egorge ses fils pour des traitrec Qui mouillent son or de ses pleurs.

Un saint vieillard que Rome aime et protège, Comme le Christ est bafoué des grands.

L’impiété tend sa main sacrilège Sur cette Eglise ouverte à tous les rangs.

Dernière grandeur qui s’allie À la gloire de l'Italie, | A la gloire du monde entier, La Papauté soutient l'orage Dont l'enveloppe dans sa rage Garibaldi le condottier.

Un prince hélas ! qui tremble pour lui-même, Prétend jeter son sceptre souverain Dans cette arène où l’or du diadème Est convoité par le dernier vilain!

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Partout, sur le sol du vieux monde, J'entends la révolte qui gronde Comme un Océan tourmenté !

Elle grandit! monte! s’élance!

Rien ne résiste à sa puissance Qu'étourdit le mot: liberté.

Plus près de nous, sur ces jeunes rivages Où la concorde habita si longtemps,

Le mal affreux, étendant ses ravages, Vient décimer ses tristes habitants!

Quand la république-modèle

Voit s’'évanouir autour d’2lle Jusqu'au prestige de son nom,

Le Mexique respire à l’aise

Sauvé par la valeur française...

Craint-il moins l’avenir ? oh! non!

Un cri lugubre nous arrive Des quatre points de l’horizon :

Comme un flot débordant la rive, La force n’a plus de raison !

La foule déchainée, embrase, Arrache, détruit, pille, écrase

Tous les symboles de la paix. Un monarque avide de gloire Ecrit les pages de l’histoire Avec le sang de ses sujets.

Le champ s'ouvre à toutes les haines, Aux complots de tous les partis.

Tel, qui parait rompre ses chaînes, Vend son honneur à juste prix.

Ces hommes, corrupteurs perfides,

À ceux dont ils servent de guides, Parlent : justice, humanité !

Mettant leur morale fragile,

Bien audessus de l'Evangile,

Par eux Dieu n’est pas respecté!

Rois, soldats, peuples et poëtes, Voyez le tourbillon là-bas!

Puissants, vous tremblez dans vos fêtes

Ouvriers, vous comptez vos bras!

Inventez des armes nouvelles Contre les murs des citadelles,

Et la démence des humains.

Le châtiment qui suit le crime Marchant en vengeur légitime Se trouve déjà dans vos mains!

Mais, protégé par les vertus qu’il aime,

Le Canada contemple l’ouragan.

Le ciel répand dans sa bonté suprême

Des jours de paix au bord du St. Laurent.

Ah! le spectacle est là pour nous instruire ; Malheur à ceux qui ne comprendront pas!

Quand le Seigneur va frapper ou détruire Il est trop tard pour arrêter son bras!

Septembre 1863.

LES BUCHERONS. ;

Frappez d’estoc! frappez de taille!

Les troncs aux flancs retentissants !

La forêt vous livre bataille

Et porte en ses rameaux puissants Des défis toujours renaissants.

Pauvre gens partis de lav Au point du jour, par les L..uds froids, Leur tâche ingrate est difficile Durant l'hiver au ford des bois !

Mais la joyeuse insouciance

Ne les quitte pas un instant.

Leur devise est: Dieu ! confiance !

La hache au dos, causant, marchant, La fatigue amène le chant.

Frappez d’estoc ! frappez de taille !

Les troncs aux flancs retentissants !

La forêt vous livre bataille

Et porte en ses rameaux puissants Des dés toujours renaissants.

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