AU SOUVENIR DE W. D
Oh! pourquoi réveiller une douleur amère !... Amis, qui m'entourez comme au jour du bonheur, Pourquoi redites-vous le nom de notre frère,
Du compagnon aimé qui sava': tant nous plaire Et qui s’en est allé sitôt vers le Seigneur ?
Pourquoi me rappeler dans ces pompes funèbres L’instant où dans mes bras je l’ai vu succomber, Où j'ai fermé ses yeux déjà pleins de ténèbres,
Quand sa main de ma main venait de retomber ?
Oui! s’il est dans la vie un heure où la souffrance! À pu briser un cœur sous son ongle de fer,
C'est au moment suprême où perdant l’espérance Lui, pour me consoler, jouait l'indifférence
Et semblait oublier ce qu'il avait souffert
LJ Les
.. Son souffle interronipu présageait son trépas ;
Il me disait : “ Bientôt, quand viendra la verdure, Le beau soleil de mai, les oiseaux, le ciel bleu,
Je quitterai mon lit; l'hiver trop lcagtemps dure. ” Et sa bouche tout bas invoquait le bon Dieu.
Puis, il me contemplait.. Nos souvenirs d'enfance Repassaient un par un sur ce jour malheureux... Je pleurais ; lui mourant se 1ordait sans défense Sous l’étreinte du mal et d’une peine immense : Ceux qu’il savait aimer lui faisaient leurs adieux !
Son regard se couvrait parfois d’un reflet sombre,
Mais la voix d’un ami sonrait-elle dans ombre Son œil se ranimant, disait: ne l’en va pas!
Il espérait toujours.
Quand revint la verdure, Les fleurs. les beaux oiseaux chantant sous le ciel ble Je revis sans plaisir l’éclat de la nature :
Il était près de Dieu!
Depuis ce triste jour, il dort au cimetière, Emportant nos regrets, ses rêves d'avenir ;
Je n'ai gardé de lui qu'un nom dans ma prière, Au cœur un souvenir.
O ! jeunesse, talent, bonté, force, courage !
Vous êtes oubliés déjà plus qu’à moitié,
Mais pour le rappeler au monde trop volage,
J’ai la voix qui ne craint ni le temps ni l’crage : La voix de l'amitié !
Les Trois-Rivières. mai 1862.