‹ Les Laurentiennes: poesiesChapitre 31 sur 79 · A MA SŒUR · texte numérisé non relu

A MA SŒUR

J'aime les champs lorsque le soir qui tombe Dore un instant les gerbes des grands blés, Et qu'à la ferme oii rentre la colombe, Les moissonneurs sont déjà rassemblés.

Loin des cités que la nature est belle ! J'ai soupiré pour elle tant de fois !

Je viens revoir, à la moisson nouvelle, Les beaux soirs d'autrefois !

Le soleil fuit et réveille au bocage Des chœurs muets pendant les feux du jour. Comme un adieu, la cloche du village Bat lentement la retraite à son tour.

J'aime laisser ma marche solitaire Fouler sans but vingt sentiers différents. Mon âme écoule à l'heure du mystère Les mu; mures des champs.

Tout un concert s'élève des prairies, 11 prend sa note au chant des grandes eaux. L'ombre a parlé. L'ange des rêveries Vient nous surprendre au contour des coteaux. J'aime laisser ma marche solitaire Fouler sans but vingt sentiers différents ! Mon âme écoute à l'heure du mystère.

Les murmures des champs.

L'AM ITIE

Je suis sensible à l'amitié,

C'est mon seul bonheur sur la terre,

Et je regarde avec pitié

L'homme dont le cœur peut s'y taire.

J'ai chanté dans bien des buissons Des amours plus ou moins fidèles, Mais en écoutant mes chansons L'Amour s'enfuit à tire-d'ailes.

Quand l'amitié me tend la main Je romps avec toutes mes craintes, N'attendant plus du lendemain L'amour, ses tourments et ses feintes.

Heureux de plaire à qui me

plait,

Je laisse

en paix couler ma vie.

Pour que

mon bonheur soit

complet

J'éloigne

l'amour et l'envie.

septembre 1865.

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