‹ Les Laurentiennes: poesiesChapitre 44 sur 79 · A L. PAMPHILE LEMAY · texte numérisé non relu

A L. PAMPHILE LEMAY

Oui ! tu l'as dit, barde de la souffrance, Il faut chanter pour adoucir nos pleurs ! Sur tous les maux, fille de l'Espérance, La^Poésie aime à semer ses fleurs.

C'est qu'au delà des bornes de ce monde Les cœurs souffrants voudraient se rejeter : Écho des cieux, toi qui n'a rien d'immonde, Pour le malheur, poëte, il faut chanter !

Un souffle aride a passé sur nos têtes, Il va prêchant le culte du veau d'or; L'homme s"épuise en de vaines conquêtes. L'autel du siècle est un lourd coffre-fort. Mais dans la foule oii grandit l'égoïsme Que de vertus s'efforcent de lutter !

Ah 1 tends la main à ce noble héroïsme : Pour ceux qui croient, poëte, il laut chanter

Des jours fameux qui marquent notre histoire Dis-nous encor les grandes actions !

Enfant du peuple, enrichis sa mémoire, Donne-lui part à tes émotions I Le souvenir des travaux d un autre âge N'est plus au sol quïl ose déserter !

Que tes leçons réveillent son courage : Pour ton pays, poëte, il faut chanter !

Tu n'iras pas couper tes ailes d'ange Pauvre inspiré qui tremble au moindre vent : Rien ici-bas n'est exempt de mélange.

Mais l'art divin y triomphe souvent.

L'âme enivrée aux accords de la lyre Rêve du ciel et cesse de douter :

Suis dans son vol la muse qui t'inspire. Toujours ! pour tous, poêle, il faut chanter 1

Oui, mêle aux voix qui partent Je la terre Ton chant d'espoir, d'amour et de pudeur 1 Du feu sacré garde l'empreinte austère, Seul il possède et donne la grandeur —

Vers l'Eternel laissant monter la flamme, Du vrai, du beau, tu ne peux t'écarler. Ton idéal abreuve et ravit l'âme :

Il faut chanter, poëte, il faut chanter !

Montréal, février 1867.

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