IMITE DE L ANGLAIS DE MLLE. M IVER
Un par un, les voilà qui rentrent dans le port,
Ces navires chers à nos grèves ; Un seul ne revient pas : il vogue dans nos rêves, Emportant le bonheur que déroba le sort.
Cependant pour l'attendre au foyer, l'Espérance
Poursuit sa veille nuit et jour; Et bien souvent, des yeux de l'anxieux Amour, Des larmes, vainement, jaillissent en silence.
Elle n'a pas soufflé, peut-être que jamais
Elle ne soufflera la brise Qui chasse des écueils oiî le marin se brise. Cette voile, étrangère à nos bords désormais !
Ils reviennent de loin tous ces nobles navires.
Chargés de riches cargaisons- Un seul reste là-bas, aux sombres horizons— Pourtant, ô triste cœur, c'est lui que tu désires !
A quoi bon les trésors qu'ils nous apportent tous ?
C'est une amère raillerie :
L'océan sans remords arrache à notre vie Un bien plus précieux que l'or et les bijoux !
Ainsi nous apprenons toute humaine science
Par le froid désappointement!..
Que fait notre sagesse en ce cruel moment ? Elle semble du temps n'avoir pas conscience.
Un par un, nos instants vont à l'éternité ; L'homme s'attache à ce qui passe, Et guette à travers l'orbe immense de l'espace Le rêve qui jadis fut la réalité !
Un par un, dans le port rentre enfin d'heure en heure
Chaque gaUon attendu — Pour ramener l'Amour depuis longtemps perdu, Nul ne vient s'arrêter au seuil de ma demeure I