ST ΩΣ
Si l’on veut donc sç rappeler que dans certaines régions les figures équestres des saints sont particulièrement fréquentes, qu'en Égypte, par exemple, non seulement tous les saints mililaires, mais les anges eux-mêmes vont à cheval, que certains monuments, dans le genre des médailles talismaniques, où l’on voit Salomon à cheval, perçant de sa lance une figure vaguement humaine étendue sur le sol?, offrent à première vue une étonnante ressemblance avec les images des saints vainqueurs du dragon, on ne s’empressera pas de reconnaître aucun de nos cinq guerriers dans les représentations de cavaliers nimbés ou dans l’acte de transpercer un monstre. Et lorsqu'on voudra se décider pour l’un d’entre eux, il sera plus logique de choisir S. Théodore? ; c’est dans sa légende que le dragon apparaît le plus tôt, et avec le plus de persistance.
La place considérable occupée par les légendes militaires dans l’hagiographie grecque — on se rappellera que nous n'avons étudié que les plus célèbres — s'explique,
E. KrausE, Die Trojaburgen Nordeuropas (Glogau, 1893), p. 203-218 ; Frazer, The Golden Bough, 3° édition; cf. Analecta Bollandiana, t. XX VII, pp. 4, 37-41; RaMsay, dans Expositor, VII'* series, vol, IV (1907), p. 313.
1, Voir plus haut, p. 6.
2. G. SCHLUMBERGER, Amuletles byzantines, dans MÉLANGES D'ARCHÉO- LOGIE BYZANTINE, 1"° série. ἢ. 117-140 ; P. PERDRIZET, ΣΦΡΑΓῚΣ SOAOMOQ- ΝΟΣ, dans REVUE DES ÉrupEs GRECQUES, t. XVI (1903), p. 42-6r.
3. C'est ce qu'a compris M. A. SrEGENsEr, Ueber angebliche Georgsbilder auf den aegyplischen Textilien im Museum des Campo Santo, dans ORIENS CHRISTIANUS, t. Il (1902), p. 170-158. M. O. M. Darron, Catalogue of early Chrislian Antiquities… of the British Museum, τι. 549, 996, 904, 914, 919, 990, 001 est plus porté à voir dans les cavaliers anonymes l'image de 5, Georges. Parmi les représentations dont l'inscription ne permet point d'hésiter, nous signalerons les n° ὅθι, 997, S. Georges debout, 557, S. Georges debout perçant le dragon; 548, 692, 693, S. Théodore à cheval, perçant le dragon, 544, S. Théodore debout.
ce nous semble, par une raison assez simple, nous dirions volontiers assez vulgaire. Il s'agissait de répondre aux vœux du public qui se pressait en foule aux sanctuaires des martyrs, et qui voulait apprendre, non point sous une forme sèche et sommaire, mais par un récit parlant à l'imagination, quels étaient les puissants protecteurs dont il allait réclamer l’intercession et dont le nom, rapporté par les pèlerins, était dans toutes les bouches.
La plupart du temps, l'histoire authentique n'avait conservé que le nom du héros et le souvenir de son martyre, ou, si l’on avait gardé quelqu'une de ces relations simples et vivantes dans leur brièveté que les hommes de notre temps estiment plus éloquentes que tous les panégyriques, elles ne suffisaient pas à contenter la naïve curiosité du populaire. On les remplaça, lorsqu'il en existait, par des histoires plus circonstanciées, plus intéressantes par leur variété et surtout plus merveilleuses ; l’on prit même le moyen de suppléer, le cas échéant, au silence complet de la tradition historique. On le fit, en développant le type populaire du martyr.
Nous constatons que ce type se représente le plus souvent aux imaginations sous une forme guerrière.
Fut-elle l'expression du symbole de la lutte spirituelle qui ἃ fait comparer la vie chrétienne à la milice du Christ et a consacré de bonne heure le terme de στρατιώτης τοῦ Χριστοῦ pour désigner les plus héroïques d’entre les chrétiens et notamment les martyrs? Le symbolisme est une explication commode et peut suflire, dans certains cas, à calmer l'imagination. Malheureusement, elle est bien superficielle, et, le plus souvent, ne répond nullement à la réalité. À moins d'en saisir l'application dans un cas concret, l'hypothèse mérite toutes les défiances.
Il semble plus naturel d'attribuer à la vogue d’un
modèle la fréquente répélition du type militaire. On aura remarqué que, dans nos légendes, ce type ne s’est point développé d’une manière indépendante ; dans toutes on reconnaît un même patron et un dessin identique. Supprimez les noms, et ces récits uniformes de teinte et d’allures vous feront l'impression d’être des versions libres d’une même histoire. Le succès d’un récit primitif ou d'un oroupe de récits a dü fixer de bonne heure l'idéal des hagiographes, et comme ils sont généralement gens de peu d'imagination, ils ont pris l'habitude de regarder un même prototype saillant lorsqu'il s'agissait de tracer le portrait de quelque vague personnalité.
L'étude des monuments figurés des meilleures époques de l’art nous fait assister à un phénomène analogue. Voyez, par exemple, comment dans nos églises, les peintres d'autrefois représentaient les saints évêques de tout temps et de tout pays. Tous ces illustres prélats portent le même costume ; leurs physionomies sont à peu près identiques et il y a entre tous un air de famille qui frappe au premier abord. Les martyrs et les solitaires sont également représentés suivant un type conventionnel qui se reproduit partout à la même époque, et qui ne se modifie qu'insensiblement. Créé par quelque grand artiste, il s’est pour ainsi dire imposé aux imaginations moins fécondes dont l'impuissance même ἃ consacré sa popularité.
Dans la création du « saint militaire » tel qu'il nous est apparu dans les pages qui précèdent, rien, évidemment, ne rappelle même de loin, le génie des grands maîtres. Mais on y retrouve largement, à côté de l'élément édifiant, tout ce qui ἃ le privilège d'attirer les regards de la foule, les couleurs vives et le mouvement. Il n’en fallait pas davantage pour assurer le succès.
Le lecteur aura compris, par ce qui précède, que nous eussions voulu lui mettre sous les yeux toutes les pièces inédites concernant les saints militaires. Notre rêve eût été d’en donner des éditions critiques et, autant que possible, définitives. Les premières recherches en vue de l'exécution du programme ainsi conçu, ont suffi à nous ramener à la réalité. Sous peine d’ajourner indéfiniment cette publication et, pratiquement, d'y renoncer, il a fallu se borner à un choix de pièces, et, pour la plupart d’entre elles, à un choix de manuscrits.
Les textes que nous avons exclus sont ceux que l’on peut croire suffisammentconnus, soit par des traductions, soit par des analyses ou des adaptations. Parmi ceux que nous publions, il en est dont la tradition manuscrite est restreinte ; d’autres nous sont parvenus dans un nombre d'exemplaires relativement considérable.
Abondance stérile, en bien des cas. il faut le reconnaître ; et il n'est guère à craindre qu'en éliminant un certain nombre de manuscrits nous ayons sacrifié des résultats importants.
Voici les manuscrits dont nous avons fait usage
A. = Codex Parisinus 1170. Volume en parchemin, 248 feuillets, 0",32 >< 23. Ecriture sur deux colonnes. de
l’an 890. Recueil de Vies de saints, souvent décrit!. Nous en avons tiré les deux pièces suivantes :
1° (Fol. 53-55*) Μαρτύριον τοῦ ἁγίου Θεοδώρου τοῦ τήρωνος (= app. 1). M. R. Sturel ἃ bien voulu collationner ce texte.
2° (Fol. 120-126) Μαρτύριον τοῦ ἁγίου Παγχρατίου (= app. ΜΠ):
B. — Codex Parisinus 1450. Volume en parchemin, 310 feuillets, 0",32 x 0,24. Écriture sur deux colonnes du x1° siècle. Ménologe de février ?. Les variantes de ce manuscrit ont été relevées pour les deux pièces suivantes :
1° (Fol. 81-93") Μαρτύριον τοῦ ἁγίου καὶ ἐνδόξου μαγαλομάρτυρος τοῦ Χριστοῦ Θεοδώρου τοῦ στρατηλάτου (= app. IV).
“5 (Fol. 168*-179") Μαοτύριον τοῦ ἁγίου χαὶ ἐνδόξου μεγαλομάρτυρος Θεοδώρου τοῦ τήρωνος (ΞΞ app. Il).
L'épisode du dragon fait partie, dans ce manuscrit, de la Passion de Théodore le stratélate : dans le manuscrit du Vatican (Νὴ, que nous avons pris pour base, 1] se trouve dans la Passion de l’autre Théodore (voir plus haut, p.25). Ba désignera le texte de l'histoire du dragon
dans le manuscrit 1/90.
C. = Codex Parisinus 1529. Volume en parchemin, 220 feuillets, 0",315. %x 0,345. Écriture sur deux colonnes du xu° siècle. Ménologe de février à avril. Nous n'avons noté qu'un petit nombre de variantes utiles, pour la pièce ci-après : dy
(Fol. 107-115) Μαρτύριον τοῦ ἁγίου καὶ ἐνδόξου μεγαλομάο-
τυρος Θεοδώρου τοῦ τήρωνος (= app. IT).
1. Gatalogus codicum hagiographicorum graecorum bibliothecae Nationalis Parisiensis, p. 147-51.