‹ Les légendes hagiographiquesChapitre 32 sur 129 · Vita 8, Ursini, Labbe, JVbt;. bibl.ms,, t. H, p · texte numérisé non relu

Vita 8, Ursini, Labbe, JVbt;. bibl.ms,, t. H, p

5. L. DucHEsms, Les anciens recueils de légendes apo8toUq^es dans Cwnpte rendu du troisième Congrès scientifique international des catholiques, Bruxelles, t. V, 1894, p. 67 et suiv.

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siège épiscopal. H procéda avec assez de hâte pour y englober quelques noms qui manifestement n'avaient jamais été portés par un évêque, comme celui de César, qu'il emprunta à ce texte de saint Paul : Salutant te qui de Caesaris domo sunt {Phil,, n, 22), sans prendre garde que ce César n'était autre que Néron.

Les prétentions à l'apostolicité, dans les églises d'Occident, en particulier dans celles de France *, ne naquirent point avec un pareil ensemble, et ce n'est point le lieu ici de rechercher quelle fut, dans l'élaboration de ces célèbres légendes, la part de l'élément populaire à côté des fictions des lettrés. Ce qu'il importe de dire, c'est que les inventeurs de ces histoires ambitieuses étaient toujours sûrs de trouver la foule complice de toute entreprise tendant à flatter les passions locales ^.

Car il ne faut pas s'attendre à trouver dans la multitude, pas plus qu'une intelligence élevée, une haute moralité. Elle n'a, en effet, aucune conscience de la responsabilité qui ferait hésiter l'individu devant un procédé malhonnête ou peu correct. Elle n'a point de scrupules, et chacun de ceux qui la com-

1. HouTDT, La controverse de Vapostolicité de VÉgliae de France^ 3* édit., Paris, 1903. Ailleurs encore, on s'est complu à forger des légendes semblables, si flatteuses pour l'amour-propre national. Voir AnaUcta Bollandiana, t. XII, p. 458, 462; t. XVin, p. 402.

2. Un titre d'honneur que les G-recs ne pouvaient refuser à aucun des saints évêques à peu près contemporains du concile de Nicée était d'avoir siégé parmi les « trois cent dix-huit pères ». H ne faut donc point s'empresser d'ajouter foi aux biographes qui ornent de ce trait la vie de leur héros. ÂnaUcta BoUandicma, t. XVHI, p. 54.

posent comptant sur son voisin pour examiner la légitimité des titres que l'on produit en sa faveur, rien n'est plus facile que de faire vibrer en elle la fibre du patriotisme, de la vanité ou de l'intérêt. Il importe donc assez peu de savoir si les fantaisies tendancielles des « apostoliques » et d'autres inventions du même genre sont d'origine littéraire ou si, créées par la foule, elles ont été mises en œuvre par des hagiographes qui se sont contentés de les coordonner et de les revêtir d'un peu de style. Elles appartiennent à la catégorie des produits de formation légendaire, et ne sont que le développement normal des idées et des aspirations populaires en matière d'origines ecclésiastiques.

Ainsi libres d'entraves, les visées ambitieuses de la multitude ne connaissent plus de limites, et ses audaces ne reculent devant aucun obstacle. Ni le temps, ni les distances ne l'empêcheront de revendiquer, comme lui ayant appartenu à titre spécial, les saints qu'elle honore et dont la gloire doit rejaillir sur elle.

Tout le monde connaît la légende de la grande sainte Catherine. Par sa naissance et par son martyre, les biographes l'ont rattachée à la ville d'Alexandrie. Cela n'a pas empêché les Cypriotes d'accaparer, par des artifices aussi naïfs que peu avouables, une sainte dont le culte, comme aussi la légende, fut des plus populaires dans l'église grecque comme dans l'église latine.

Or, Etienne de Lusignan prétend avoir lu à Fama-

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gouste le texte grec d'une liistoîre de sainte Catherine, où l'on apprend d'abord que le fameux Costos, père de la sainte, n'était point roi d'Egypte, mais bien de Chypre, et, pour preuve, il a laissé son nom à la ville de Salamine, appelée désormais Constantia. Dans des circonstances difficiles, Dioclétien fit venir Costos à Alexandrie et lui confia le gouvernement de l'Egypte. C'est alors que naquit Catherine. On sait avec quel soin elle fut élevée et comme elle devint habile dans tous les arts libéraux. Après la mort de son père, elle retourna dans l'île de Chypre, où son oncle, apprenant qu'elle était chrétienne, la mit en prison à Salamine, — une prison que l'on montrait encore du temps de Lusignan, — puis la renvoya en Egypte, où l'empereur Maxence, désespérant de la convaincre, la fit mettre à mort. Elle subit le martyre à Alexandrie, ce qui fit dire, ajoute le chroniqueur, qu'elle était originaire de cette ville i.

Les Sept Dormants d'Ephèse semblaient être suffisamment protégés contre toute entreprise de ce genre par leur célébrité même et les détails merveilleux de leur légende. Pourtant, aux environs de Pékphos, on montrait la grotte où ils dormirent leur sommeil de trois cents ans. Etienne de Lusignan *

1. L^ texte de Lusignan est cité dans J. Hackett, A hiatory of the ortIJLodox Church ofCyprua, London, 1901, p. 395.

2. c Nella oittà di Paffo è una spelonca : la qnal dioono esser delli sette dormienti. Pero, noi ritroviamo nelli leggendarii, che 11 sette dormienti erano in Epheso, niente di meno essi cittadini di Paffo dicono ab antiqno esser chiamata qneUa spelonca di santi sette dormienti : et possono esser altri di qnelli di Effeso. » Cité dans Hackett, t. cit., p. 456.

s'en étonne un peu. Mais il cherche à se persuader que ce pourrait être un autre groupe que celui d'Éphèse i.

Saint Savînus est un martyr dont le culte est attesté au vi® siècle ^ à Spolète, où il avait une basilique ^. Les habitants de Spolète, naturellement, le regardent comme leur compatriote, mais aussi ceux de Fermo, qui possèdent de ses reliques, et ceux de Monselice. A Monte San Savino, on a fait de lui un évêque de Chiusi, la ville voisine. Quant au peuple de Faenza, il a imaginé un séjour du saint sur son territoire, et, après son martyre à Spolète, une translation de ses reliques. Plus tard^ ils ont cherché à le faire passer pour leur premier évêque *.

Les liens que le peuple établit entre lui et son saint préféré ne sont pas toujours également intimes. On se contente souvent de l'honneur de l'avoir reçu vivant ou mort dans les murs de la cité ; et il suffit alors d'imaginer un voyage qui ne modifie en rien les grandes lignes de son histoire. Cest par ce simple artifice que saint Nicéphore, le célèbre martyr ^, est

1. Sur la localisation de la légende en Orient, voir J. de Goeje, De légende der Zevenslapera van Efeze, Amsterdam, 1900, 25 pages. n est question des divers groupes auxquels on a donné le nom de Sept Dormants dans les Acta 88., itÛ., t. VI, p. 375-76.

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