ET LES
INTRODUCTION
Je me proposais seulement, au début de ce travail, d'étudier les autels élevés à Hercule-Saxan par les légions romaines ou plutôt par leurs vexillaires, dans les carrières de Norroy-sous-Prény, département de la Meurlhe; de faire connaître les copies très-exactes, à l'échelle du dixième, que j'en avais prises, soit sur les pierres elles-mêmes, soit sur des estampages; et d'étudier, comme terme de comparaison, quelques cippes analogues rencontrés dans les .deux Germanies. En recherchant à quelle époque remontent ces autels, quelle est leur signification et dans quelles conditions ils ont été élevés, je me suis trouvé entraîné sur un terrain plus vaste, et j'ai dû aborder l'histoire des légions du Rhin, décrire les monuments qu'elles ont laissés dans les carrières, résumer ce qu'on sait du culte
(l'Hercule - Saxan ; enfin rappeler ce qu'étaient réellement les vexillaires.
Avant (le remplir les quatre parties de ce cadre, il était nécessaire de réunir sur l'histoire et sur la statistique des armées romaines des documents généraux, qui pussent servir de jalons et de preuves à ce qui sera dit des légions du Rhin; il fallait aussi indiquer l'état actuel de la science et faire connaître les sources consultées. Tel est l'objet de l'introduction.
Les caractères épigraphiques et architecturaux des monuments, la plupart sans date, élevés par les légionnaires, ne suffisant pas pour en déterminer l'époque, j'ai du insister particulièrement sur ce qu'on peut appeler la chronologie topographique des légions, et obtenir ainsi les limites de temps entre lesquelles la recherche doit être circonscrite. Pour atteindre ce but, je me suis demandé quelles avaient été les légions préposées à la défense du Rhin et des vallées adjacentes, et j'ai essayé, dans la première partie, d'en dresser les listes successives *.
Les renseignements sur les légions d'Auguste et de ses successeurs se rencontrent dans Velleius Paterculus, Joscphe , Tacite, Dion Cassius, Sp.irtien, Trebellius PolUon, Flavius Vopiscus, Jules Capitolin, Ammien MarcelUn, etc.; dans la Géographie de Ptolémée; dans les documents officiels, tels que V Itinéraire d'Antonin % et la Notice des difjnités de
' Mes listes commencent à la fin de la vie d'Auguste et ne se terminent qu'au commencement du V' siècle. J'aurais pu à la rigueur, dans le but spOcial que je me propose, m'arrOter aux fils de Constantin, car les monuments épigraphiques semblent avoir disparu avec eux.
2 M. d'Avczac {Ethicus et les ouvrages cosmographiques intitulés de ce nom, in-'t", 1852) établit d'une manière incontestable que rien ne justifie l'attribution traditionnelle à l'un des Autonins, de la publication primitive de VUinéraire des provinces de l'empire; la plupart des ma
INTRODUCTION
l'empire ' ; enfin , dans la nomenclature de la colonnetle mafféienne '.
Les médailles et les inscriptions lapidaires sont aussi d'un grand secours;
mais il ne faut pas oublier que ces dernières peuvent induire en erreur au
nusciils portent, en etfet, Antonius et non Antoninus. L'auteur, cherchant ensuite quel est le véritable rédacteur de la compilation venue jusqu'à nous, n'hésite pas à nommer Ethicus Ister, qui l'aurait mise au jour en même temps que sa célèbre Cosmogra-phie , vers l'an 375,
L'Itinéraire est un document officiel, identique à notre livre de poste et à notre Livret des étapes militaires, qui a dû exister à Rome dès les premiers temps de l'empire et peut-être auparavant. Dans nn état où l'on voyageait en poste avec une régularité et une rapidité qui nous étonnent encore, où les marclies militaires étaient réglées avec la plus grande précision, où des bornes uiilliaires couvraient le sol, l'adminislralion a dû avoir de tout temps à sa disposition de nombreuses copies du relevé général des distances, dont ne pouvaient se passer ni les fonctionnaires en voyage, ni les agents préposés dans les provinces au transport des dépêches et du matériel de guerre; j'ajouterai que l'Itinéraire a été forcément remanié, tenu à jour et modifié, comme de nos jours, chaque fois que l'exigeaient des accroissements ou des pertes de territoire, l'ouverture de voies de communication, la création de nouvelles stations ou de nouvelles forteresses, ou des rectifications dans la mesure des dislances. 11 faut donc y voir l'oeuvre anonyme et successive de l'administration romaine plutôt qu'une création individuelle faisant hoimeurà un cosmograph^ déterminé.
Suivant MM. G. Parthey et M. Pinder, qui en ont donné une édition en 1818, ['Itinéraire retrouvé est du temps de Dioclétien, avec des interpolations et des corrections appartenant au commencement de la période constanlinienne ; l'absence de toute station appartenant non-seulement à la région transtigritane abandonnée en 364, par Jovien, mais à la Mésopotamie, s'explique, suivant eux, par la perte d'une partie du manuscrit. La meilleure édition française est celle qui parui i Paris en 1843, dans la collection des itinéraires anciens, avec une préface de M. E. Miller.
' La Notice des dignités est une statistique très-complète, qui comprend la nomenclature des troupes régulières et auxiliaires du partage d'Orient et du partage d'Occident. Elle aurait été publiée entre les années 443 et 433, suivant Schœll, Histoire abrégée de la Littérature romaine, 1813, Paris, t. 111, p. 292; et quelques années plus tôt, tout au commencement du \' siècle, d'après de Pétigny, Étude sur l'époque mérovingienne , t. 1, p. 210. Les importants travaux de Bœc- Iving ont fait généralement admettre cette dernière opinion, à laquelle je me rangerai en faisant ronuirqucr toutefois que les Plucidi Vulentinianici felices, qui figurent, en Italie, dans la nomenclature de la Notice, n'ayant pu être créés que par Valentinien 111 (423-4oa), on peut faire descendre la compilation un peu plus bas, à l'époque mûme où les succès d'Aetius avaient momentanément rétabli sur le Rhin l'autorité de l'empereur d'Occident. La Notice des dignités paraissait sans doute à certains intervalles ou périodiquement, comme l'Itinéraire d'Anlonin et comme paraissent de nos jours VAlrnanach de Gotha ou l'Alinanach impérial.
' Romœ apud Maffeios columella marmorea rotunda (Gruter, 513,3; Orelli, 1. 11, p. Si). Celle petite colonne, dont M. Léon Renier a bien voulu me communiquer un dessin pris par lui, se voit aujourd'hui au Vatican; elle est en pierre de Tivoli et n'a que vingt centimètres de diamètre : elle remonte, suivant toute apparence, à l'époque où Marc-Aurèle avait déjà supprimé deux des
sujet de l'emplacement des quartiers d'hiver de la légion, liiberna, car, sans parler des légionnaires qui mouraient ou accomplissaient un vœu pendant un voyage, il n'était pas rare que des détachements (vexillarii, delecti, etc.) opérassent momentanément loin de ces quartiers d'hiver, ou que le corps lui-même, bien qu'y conservant son dépôt, son centre de recrutement et ses moyens d'instruction, prît cependant part aux grandes guerres qui se faisaient dans d'autres parties du monde.
Le P. Brotier a récapitulé, mais sans s'occuper de leurs surnoms, les légions citées par Tacite ' ; Wiener a parlé des légions de Germanie dans sa monographie de la XXIP Prmicjema'^; M. Maximilien de Ring a étudié leurs monuments^; la Société des antiquaires de Bonn* a publié de nombreux travaux sur les corps de troupes romains ; Borghesi leur a consacré un de ses mémoires les plus importants '' ; le docteur Grotefend, reprenant le travail de l'illustre antiquaire, a publié des articles détaillés sur les légions devenues permanentes "; enfln.
vieilles légions de l'empire pour les remplacer par la II' Italka et la III" Italica {voir plus loin, p. lo). Les noms des légions sont gravés en trois lignes verticales sur ce précieux monument; les légions du Hhin , qui étaient alors au nombre de quatre, figurent dans la première ligne verticale à la suite des trois légions de Bretagne; viennent ensuite les légions de Pannonie, de Mésie , de Dacie , de Cappadoce, de Phénicie, de Syrie, de Judée, d'Arabie, d'Egypte, de Nuniidie, d'Espagne, de Norique et de Rhétie ; en tout trente légions, dix par ligne verticale. Les trois légions partliiques, créées seulement par Septime Sévère, occupent une dernière ligne horizontale, qui interrompt l'ordre géographique suivi par le lapicide. Il est évident qu'elles furent ajoutées après coup, lorsque le nombre des légions eut été porté à trente-trois.
Une autre petite colonne que Smetius avait vue au Capitole, indiquait les mêmes légions, moins trois, qui devaient former la neuvième ligne horizontale, oubliée sans doute par le graveur; ces trois légions omises étaient, d'après le monument du Vatican : la 11' Italica, la X* Gemina et la XV" Apollinaris.
' Édit. de t77l,in-4°. Notes.
- De kg. Rom. XXII; Darmstadt, 1830.
3 Établissements romains du Rhin et du Danube, 2 vol. in 8°, 1852.
* Jahrbûcher des Vereins von AUerthumsfreunden im Rheinlande.
5 Annali deW Instituto di corrisp. archeoî, vol. XI, p. 279; Rome, i8j9; Œuvres complètes, t. V, p. lSl-265.
« Dans Pauly, Real-Enctjclopœdie ; SluUgàrô, 18iC.
INTRODUCTION
M. Moramsen, dans une œuvre récente *, s'est occupé de l'armée d'Auguste.
Les sources originales et les commentaires, que je ne cite pas tous, ne font donc pas défaut. Personne cependant n'a rétabli dans leur ensemble, période par période, les numéros, les surnoms et les emplacements des légions de l'empire^; et, si les confins germaniques^ ont été l'objet de publications spéciales, à la tête desquelles il faut placer le beau mémoire de Borghesi, il y a encore beaucoup à faire, même sur ce terrain privilégié. Mes listes successives des légions du Rhin et les considérations que j'y ai jointes auront pour résultat, je l'espère, sinon d'éclairer complètement un sujet dont plusieurs parties seront toujours obscures, du moins de combler des lacunes et de fixer quelques dates; elles feront ressortir des faits que je crois nouveaux, et seront utiles pour le classement chronologique nonseulement des ex-volo à Hercule, dont je m'occupe, mais des nombreux monuments élevés par les soldats ou par leurs héritiers, à des époques où l'on n'inscrivait que rarement les consulats.
Ce travail rendra aussi des services à la numismatique, dont les adeptes ont souvent commis des erreurs dans la lecture de monnaies légionnaires mal conservées. C'est ainsi que, faute de données suffisantes, le catalogue Hunter comprend parmi les légions de Carausius une légion XXI VLPIA yictrix, tandis que la XXI° légion portait le surnom de liapux et non celui d'Ulpia, qui n'a jamais appartenu qu'à la XXX'. La XXI' avait d'ailleurs été licenciée longtemps avant le temps de Carausius. C'est la XXX' Ulpia Victrix de Castra vêlera, qui a pu reconnaître Carausius ou lui
' Hes geshe divi Augustiex monumentis Ancyrano et Apollonicnsi. Rerolini, 18Go, p. 4o-oO.
* Il faut espérer que le savanl qui connaît le mieux les institutions militaires de Home, M. Léon Renier, indiquera l'ea^placement et les mouvements successifs non-seulement des légions, mais des cohortes auxiliaires, des ailes de cavalerie, et de tous les corps de troupes, dans le travail qu'il consacre à l'Iiisloire des armées de la république et de l'empire.
3 Je n'entends parler ici que des confins rlu'naus; les forces du Danube, surtout à l'époque qu'embrasse l'Histoire auguste , étaierTl aussi désignées quelquefois sous le nom d'armée de Germanie.
fournir un détachement, lorsqu'il s'est décidé, sous Dioclétien et Maximien, en "286, à passer le détroit pour aller prendre la pourpre dans l'île de Bretagne.
M. H. Cohen a été entraîné à reproduire, dans son vaste et utile traité de numismatique romaine, cette indication erronée d'une XXI' légion Ulpia Victrix. Le même numismatiste, fidèle aux traditions de Mionnet, a également mentionné une prétendue légion dix -huitième, que son devancier intercalait entre la XIIP et la XX^ de Gallien *. On verra, dans la première partie, que la dix-huitième légion avait disparu dans le désastre de Varus, et que ceux de ses soldats laissés à la garde des quartiers d'hiver avaient été incorporés dans les légions d'Asprenas, ou dans celles envoyées d'Itahe par l'empereur. La légion qui figure sur la médaille de Mionnet'^ est la vingtdeuxième, dont le quahficatif numéral, ce qui n'est pas sans exemple, a été écrit IIXX , comme on le prononçait : duoetviccsima. Le numéro de la dix-huitième légion, dans la seule inscription lapidaire où il se rencontre, paraît sous cette forme : XIIX ^
Ces erreurs et quelques autres seront récapitulées plus loin, à la suite du tableau général des légions qui figurent sur les monnaies latines de l'empire.
Le peu d'importance que l'on attache, en France, aux numéros, aux surnoms, aux emplacements et à l'âge, si je puis m' exprimer ainsi, dos légions romaines, a également laissé subsister, dans les éditions ou les traductions des auteurs anciens, de mauvaises leçons qui nuisent plus qu'on ne le croit à l'inteUigence des guerres et des événements politiques auxquels l'armée prenait part. Ainsi le contradicteur du P. Brotier, Ferlet *, se fondant sur l'édition elzévirienne d'Amsterdam, 1005, n'a pas échappé à l'erreur que je viens de signaler. De nouveaux commentateurs de Tacite
' Cf. Cohen, Deswipt. histor. des monnaies frapiiécs sous l'empire romain, I. \'; Callien cl Carausius.
î 2° édil., t. n, p. ;i8.
5 Voir plus loin l'inscription du cenlurion M. Cœlius. * * Observations sur les Histoires de Tacite, avec le texte lutin corrigé, in-8, ISOl, l. I, p. 106.
INTRODUCTION
ont aussi admis LEG. DVODEVICESDIA, au lieu de LEG. DVOET- VICESIMA, et LEG. VNPE\ ICESIMA, au lieu de LEG. VNAETVI- CESIMA ' , malgré la rectification faite par Oberlin et par M. IVaudet, qui ont rendu à Vitellius la vingt et unième légion et la vingt-deuxième '. En Allemagne même, pays de l'érudition historique, Rupert, l'éditeur d'un Tacite chargé de savantes notes \ prétend encore que la dix-huitième et la vingt-deuxième légion étaient simultanément en ligne sur le Rhin, sans tenir compte du commentaire parfaitement concluant de Wiener*, qui démontre que si les Manuscrits des Histoires de Tacite portent tous au I. I, ch. 58, diiodevicesima, et au 1. IV, 37, duoetvicesima, tandis que les uns donnent la première leçon, les autres la seconde, dans divers passages des livres intermédiaires, il faut absolument rétablir partout duoetvicesima. Dans le chapitre où Tacite^ raconte la marche de Alienus Caecina partant de Rome, précédé par sa cavalerie et accompagné des trois légions qu'il avait amenées de la Germanie supérieure, de la première Italique qu'il avait prise à Lyon, et des vexillaires qu'il venait d'emprunter à deux des légions de Valens, divers éditeurs indiquent ces vexillaires comme appartenant à la XIIIP et à la XVI' légion"; or, la XIIIMégion, qui s'était signalée dans le parti othonien, dont elle était le principal soutien, avait été renvoyée en Bretagne, et l'on ne saurait admettre que les vexillaires de celte légion se fussent trouvés i\ Rome auprès de Vitellius. C'est de la XV" et non de la XIIII" qu'il est question '. Si l'on s'était rappelé que Valens avait eu sous ses ordres quatre
• rtRuvres de Tacite, publi(';es sous la direction de M. Msard; Firn\iii Didot friircs, 1840; Aim. lifj. Il, c. tOO, et Hist. I, 5 et C; IV, 37 et passim. — Traduct. de Tacite, par M. Louandre, )S6,S; t. Il, p. 49.
2 Collect. Lemaire.
3 Hannoverœ, 1SH4. Pour expliquer la présence d'une di-i-liuiliomo légion sur le Hhin aprôs le d(5sastre de Varus, on suppose gratuitement dans cette édition qu'une nouvelle dix-luiiliènie légion avait été formée i\ Lyon.
■• De kg. Roman, vicesima secuudd; Darmstadt, |S30, p. 28 sqq.
» Hist. l. Il, c. 100.
« r:dit. elzev.; Amstelod., Kifi;;. — OEuvres de Tacite, publiées sous la direction de M. Nisard.
' Les deux autres légions de Valens, c'est-;\-dirc la \" Alaudœ cl la I" Oermanica, se mirent en
légions do, la Germanie inférieure : la V" Alaudœ, la F" Germanica, la XV' Primigenia et la XVI" Gallica; si l'on s'était reporté au récit de la seconde bataille de Bédriac, où l'on voit, en effet, en ligne ces quatre légions ', on n'aurait pas hésité à faire la correction '\
C'est ainsi encore que Lebeau^ met dans l'armée de Varus une XIP légion, qui était en Orient; que M. Amédée Thierry attribue à la légion Thébaine ou Thébéenne le numéro XXIP, qu'elle ne pouvait avoir, comme nous l'établirons plus loin ; que Walckenaer'^ fait de la II" légion Trajana, qui se trouvait sur le Rhin, une I" légion Trajane, qui n'a jamais existé; que divers interprètes du géographe Ptolémée mettent une légion 1'° Augusta à Argentoratum, au lieu de la VIII' Augusla que désigne le chiffre -f, du texte grec ', et qu'un traducteur d'Ammien Marcelhn ', dans le passage où l'auteur raconte la charge faite par un corps germain sur le centre de l'armée de Julien, traduit adusque primanorum legionem pervenit par : « s'ouvre un passage jusqu'à la légion d'élite, i> lorsqu'il s'agit d'une légion portant le numéro I, et dont, suivant l'usage, on appelait les soldats primani.
Des auteurs, qui ont spécialement traité de l'histoire du Rhin, ont euxmêmes commis des erreurs ; je citerai, par exemple, le marquis de Saint- Simon et M. Maximilien de Ring.
mouvement plus tard avec le surplus de la XV" et de la XVI«; car loule l'armée légionnaire de Vilellius allait se former sur la ligne au Pô. La XXl= B.apax et la I" Italica occupaient le camp retranché de Crémone (T. H., 1. III, c. 14), et couvraient le pont où la route de Vércne à Plaisance traversait le fleuve, pendant que les six autres légions, massées à Hostilia, où se trouvait aussi un pont, pouvaient arrêter l'ennemi dans le cas où il aurait suivi la roule de Vérone ;\ Modène. C'est de ces fortes positions, reliées par une voie transversale, que les légions de la Gaule sortirent imprudemment, les deux premières pour faire battre leur cavalerie par l'avantgarde des Flaviens, les six autres pour livrer et perdre la seconde bataille de Bédriac. (T. H., 1. Il, c. 100.)
' Tac, nist.,\. III, c. 22.
2 Voir plus loin la composiliou de l'armée du Rhin pendant la v période, de l'an b9 à l'an C8 deJ.-C.
5 Mém. sur la lég. romaine; ancienne Acad. des inscriptions et belles-lettres. T. XXV, p. 289.
* Histoire de la Gaule, t. III, p. 8.
5 Géographie des Gaules, t. II, p. 314.
6 Cf. édit. d'Amsterdam, 1605; de Leyde, leiii, et d'Essen, I83S-1845.
^ Aul. latins publiés sous la direction de M. Nisard; Aumi. Marcell. ; I. XVI, c. 12, p. 67.
INTRODUCTION
Saint-Simon, dans son histoire de la guerre des Bataves et des Romains *, non-seulement ressuscite la XVIII" légion, mais fait intervenir une XIII* qui avait quitté les Germanies sous Claude, ou tout au moins sous Néron.
M. de Ring, dans le premier volume de son mémoire sur les établissements romains du Rhin et du Danube % oppose aux Bataves et aux Gaulois, en 69, la XVIP légion (p. 57) et la XVIIi" (p. 4G et 55), qui n'existaient plus ni l'une ni l'autre ; il fait marcher de Novesium sur Trêves (p. 58) la XIIP légion qui avait quitté, ainsi qu'on vient de le dire, le Rhin sous Claude ou sous Néron ; plus loin, il fait venir d'Espagne en Gaule (p. 59) la XVP légion, qui était depuis longtemps sur le Rhin, qui avait prêté serment à l'empire des Gaules et qui fut licenciée par Vespasien.
L'abbé Martin % dans une excellente monographie, place à Castra vetera une XIII" légion Ulpienne, au lieu de la XXX° Ulpia, que le géographe d'Alexandrie et que tous les textes historiques s'accordent à y cantonner.
On pourrait multiplier les exemples d'erreurs commises dans les meilleurs ouvrages, dans les publications les plus répandues, lorsqu'il s'agit des légions qui ont occupé les confins germaniques; je n'ai voulu, en en citant quelques-unes, que montrer l'utilité du travail que j'ai entrepris.
J'ai dit tout à l'heure que les éléments de l'histoire des légions de l'empire sont épars dans les inscriptions et dans les écrits des auteurs anciens. Il existait beaucoup de légions, à l'époque même où elles allaient devenir permanentes. César en réunit dans les Gaules jusqu'à dix\ et Appien nous apprend que les chefs de parti en eurent plus tard un très-grand nombre. Les monnaies nous ont conservé les numéros de vingt-six des
' In-folio, Aiiisterilam, 1770, passirn.
' Deux volumes in-.S°, IS.'iS.
^ Las deux Germanies cis-rhénanes, brocli. in-H, p. 4.i; Paris, 1853.
■• Duiis sa campagne conire les Beiges, en 607, Ciîsar avait huit légions qui portaient les n" 7, 8, 9, 10, H, 12, 13 cl 14. En 701, Pompiîe lui prOla une Icîgion qui avait le a" 1, el il lit lui-mCmc des levi5es pour remplacer la 14^ qui avait \>t\\ à Aduutuca.et pour former une Iri' légion; il en
légions d'Antoine, et M. Mommsen a réuni, dans l'ouvrage cité plus haut, des données précieuses sur les légions conservées par le vainqueur après Actium; mais je ne pense pas qu'on puisse suivre la trace de tous les corps de troupes qui ont pris part aux guerres civiles. Ce n'est qu'à la fin de la vie d'Auguste que l'histoire des légions commence à s'établir avec quelque certitude.
On possède des renseignements d'ensemble sur le nombre et l'emplacement des légions devenues permanentes, pour sept époques difl'érentes : l'an o de notre ère, l'an 23, l'an 69, la fin du if siècle, le règne d'Alexandre Sévère, la période constantinienne et la première moitié du v" siècle.
Le premier de ces renseignements est fourni par Dion Cassius, qui nous fait connaître dix-neuf des légions qu'Auguste possédait l'an 758 de Rome, 5 de J.-C, et ajoute que le second César avait alors, suivant les uns, vingt-trois légions, et suivant les autres, vingt-cinq '.
Le second, par Tacite, qui nous apprend que Tibère, la neuvième année de son principal, sous le consulat de C. Asinius et de C. Antestiiis, possédait vingt-cinq légions ainsi réparties ^ :
Sur le Rhin 8 légions
Espagne 3 »
Afrique 2 »
Ualmatie 2 »
Pannonies 2 »
Mésies 2 »
Egypte Syrie .
eut donc 10. Dans la suite, César^rendit à Pompée, pour la guerre des Parlhes, la 1" légion, et lui prêta la IS"^, qui prit le n" 3 dans l'armée d'Orient. Cf. Histoire de Jules CosMr, 1866,Il. Il, p. 97, 224 et 230.
I Dion Cass., 1. LV, 23.
* Énumération des forces de l'empire faite au sénat par Tibère (Tac, Ann., I. IV, 5). Cf. aussi
INTRODUCTION
Le troisième renseignement est dû aussi à Tacite, qui indique où étaient les quartiers d'hiver des légions venues en Italie pour livrer ces combats acharnés dans lesquels VitelUus triompha d'Otton, et Vespasien de Vitellius*.
Le quatrième nous est donné par Ptolémée, qui écrivait vers le temps de Marc-Aurèle. Le Géographe d'Alexandrie indique l'emplacement de seize des légions de l'empire, savoir :
Germanies 4 légions'
Espagne 1 »
Bretagne 3 »
Numidie 1 »
Pannonies 3 »
Mésies 2 »
Syrie 1 »
Arabie Pétrée 1 »
Trois de ces seize légions ne portent ni numéro, ni surnom dans le texte ^; leur emplacement permet de les reconnaître. (Voir plus loin, p. i5, le premier tableau général.)
Le cinquième renseignement se trouve dans Dion Cassius, qui fixe à trentetrois le nombre des légions d'Alexandre Sévère ^ et les répartit de la manière suivante :
Borghesi, Ann.deW Instituto di corrisp. archeoL, V, xi, p. 179; Rome, 1S39; et CEuv. conip., I. IV, p. 203.
' Cf. Ami. XV, 10, 25 et 20. — Hist. I, 10, 12, 18, 31, 55, 56, 59, 60, f.l, 04, 79; II, 4, 0, 11, 23,32,43,58,07,74,83, 83,86, 100; 111,10,18, 22, 44,40,50; IV, 39,48, GS; V, 14, 15, 10 et 19.
2 Éd. de Leyde, in-folio. Elzev., 1618.
3 Un ouvrage récent : Dictionary of greek and roman cmtiquities, London, 1803, p. 402, rcdiiit à 32 le nombre des légions de Septime Sévère, en supprimant, sans doute par suite d'une erreur matérielle, la XVI° Flavia Firma, qui, créée par Trajan, existait non-seulement A cette époque, mais encore au v^ siècle.
LES I.KfilONS DU lllllN.
Germanies
Bretagne
Espagne
Italie
Numidie
Rhétie
Norique
Pannonies
Mésies
Dacie
Egypte
Syrie
Judée. . .
Arabie
Phénicie
Cappadoce 2
Mésopotamie 2
4 légions 3 »
Le sixième est fourni par le document officiel connu sous le nom A'Itinéraire (TAntonin, dont la copie, venue jusqu'à nous, paraît remonter, ainsi qu'on vient de le dire, à Dioclétien, avec des interpolations du temps de Constantin ou de ses premiers successeurs. Cet itinéraire , comme la Géographie de Ptolémée, ne mentionne que seize des anciennes légions; il y ajoute deux nouveaux corps formés sous Dioclétien et Maxiniien, en tout dix-huit, qu'il répartit ainsi :
Germanies. 1 légion
Bretagne 3 »
Espagne 1 »
Noriqne t »
Pannoiiies 3 » > 18
Mésies 6 »
Dacie 1 »
Pont 1 I)
Orient I • /
Le septième renseignement, le plus complet de tous, nous vient de la
I Luc des quatre li'gions de Germanie n'est pas indiquée par iJion Cassius; c'était sans aucun ù'iiiic laWH' Primiycnia. (Voir plus loin, p. 23.)
INTRODUCTION
Notice des dignités, nomenclature générale des forces des deux empires sous Valentinien III. Les anciennes légions d'Alexandre Sévère, réduites dans leur effectif vers le temps de Constantin, y figurent toutes, moins trois. De nouveaux corps d'infanterie s'y trouvent également mentionnés, les uns sous le titre de legiones, les autres sous ceux d'auxilia ou de cohortes. Il m'a paru indispensable, avant d'aller plus loin, de dresser trois tableaux d'ensemble, où une partie des documents généraux, que je viens d'indiquer, trouveront leur place dans la limite des besoins de notre sujet.