SIXIÈME COLONNE
La sixième colonne donne les emplacements des quartiers d'hiver ou dépôts des légions au moment où la guerre civile se terminait, en 69, à Crémone, par la défaite du parti vitellien. Les armées des diverses provinces avaient* envoyé, pour la plupart, leurs contingents légionnaires en Italie, soit sous le nom de légion, lorsqu'on n'avait laissé au dépôt que les cadres nécessaires à l'enseignement des recrues, ce qui eut lieu du côté de Vitellius, sur le Rhin, et du côté de Vespasien, sur le Danube; soit smis le nom de vcxillarii, lorsqu'on se bornait à détacher des dclecti, ainsi que le firent les légions de Bretagne et les légions de Judée, auxquelles les circonstances politiques ne permettaient pas de trop se dégarnir.
J'ai donné à la XXr légion, y compris son dépôt, l'Italie pour station, en 69, parce que Tacite dit expHcitement qu'elle avait tout entière quitté le Rhin. J'ai laissé les quartiers d'hiver de la 1" Italica à Lyon, bien qu'il soit assez probable que cette légion ait entièrement abandonné la Gaule dès l'an 68, et que le dépôt de son matériel et de ses hommes, arrivé dans la péninsule avec celui de la XXP Rapax, après la première bataille de Bédriac, ait été, ainsi que ce dernier, installé dans le camp retranché de Crémone, qui couvrait la route d'Orient par Vérone et défendait le passage du Pô. Dans cette hypothèse, il est naturel que les colonnes de combat de ces deux légions, venant de Rome, se soient jetées, à l'approche d'Antonius Primus, dans Crémone et dans son camp retranché, oîi elles étaient chez elles ^
' M. Grotefend {loc. cit.) suppose que la Vil" Galbiana ne prit le surnom de Gemina que plus tard, par suile du versement dans ses cadres, des restes de lai" Germanica ou d'une autre légion licenciée sur le Rhin par Vespasien; je crois que Vespasien, qui créa, sous de nouveaux noms, autant de légions qu'il en supprima, n'eut pas besoin de faire des légions gemi«œ; d'ailleurs, on s'expliquerait assez mal cet envoi en Espagne de soldats du Rhin, tandis qu'on peut parfaitement admettre que Galba, qui avait été gouverneur de l'Afrique avant Macer et qui avait conservé des partisans dans cette province, ait utilisé, après la mort de celui-ci, une partie des officiers et des soldats de la 1" Macriana.
2 Tac, Uist., 1. Il, c. 14.
INTIIODICTION. -i
La IIP Scijthica, ainsi que l'établit Borghesi, était passée de Mésie en Syrie, l'an 63, pour prendre part à la guerre contre les Parthes. Elle conserva toujours ses quartiers d'hiver en Syrie ; c'était en 69 une des quatre légions que Mucien y commandait.
Bien que Tacite nomme deux fois la IIP Gallica, d'abord en Syrie, ensuite en Mésie, j'ai supposé que le grand dépôt de cette légion était en Syrie, pendant la bataille de Crémone, parce que c'est dans cette province qu'elle fut renvoyée par Mucien, après la ruine du parti vitellien. La II 1" Gallica, ancienne légion d'Antoine conservée par Auguste, était depuis près d'un siècle en Syrie; elle avait envoyé, en 63, ses colonnes de guerre pour renforcer les garnisons de Mésie, d'où la V Macedonica avait été provisoirement tirée pour aller opérer en Arménie et plus tard en Judée. Ce séjour de la légion syrienne sur le Danube explique pourquoi Tacite, racontant comment la Mésie prit le parti de Vespasien, dit : « Tertia legio exemplum ceteris Mœsie kgionibus prebuit ; Octava erat ac Scptima Claudiana. » Le dépôt de la IIP Gallica, resté en Syrie, s'y était recruté, en sorte qu'il y eut momentanément, et avant l'année 69, -deux légions du même nom, l'une comptant dans l'armée du Danube, l'autre dans celle de Mucien.
La VP Fe^rala appartenait de tout temps à la Syrie ; lorsque Mucien se mit en route pour l'Italie, c'était la seule légion complète dont il disposât, aussi partit-elle avec lui, précédant ainsi les autres forces légionnaires ; mais elle n'était encore qu'en Mésie, quand on apprit le résultat de la seconde bataille de Bédriac et la prise de Crémone.
Il y avait en 69, dans la Judée, quatre légions que commandait Vespasien, savoir : deux légions d'Orient, la X" Fretensis et la XIP Fulminata, détachées de l'armée de Mucien et dont les dépôts étaient sans doute restés en Syrie pour servir à l'instruction des nouveaux soldats, et deux légions du Danube, la XV" Apolliimris, venue de Pannonie, et la V" Macedonica, dont nous venons de parler; ces deux dernières légions étaient tout entières en Judée et avaient laissé leurs anciens camps d'hiver complètement vides, car Tacite, dans le récit détaillé des événements du Danube pendant la lutte des Vitelliens et des Flaviens, ne les nomme pus une seule fois.
LES LÉCIONS DU RHI.X.
La XI° Claudia, à cette époque, était seule en Dalmatie ; elle hésita à se prononcer pour Vespasien et fut envoyée sur le Rhin, en 70.
La IIP Cyrenaica et la XXIP Dejotariana étaient toujours en Egypte ; elles fournirent, en 6S, des hommes pour remplir les vides laissés, en Judée, dans l'armée de Vespasien par le départ des vexillaires dirigés sur l'Italie.
La XFIIP Gemina avait été envoyée en Bretagne par ViteUius.