‹ Les législateurs religieux: Manou, Moïse, MahometChapitre 117 sur 117 · LIVRE XII · texte numérisé non relu

LIVRE XII

KCHETRADJNA. — NABACAS. — SWARGA. — MOCKCHA. Ame iromorlclle Enfers. Ciel. Bt^atilodc finale V

« 0 toi qui es la pureté suprême^ maintenant que tu nous as dit quels étaient les devoirs des quatre classes, révèle-nous la vérité sur l'âme, le châtiment et la récompense !

« L'envoyé de Dieu, Manou, le juste par excellence, répondit : — Écoutez et apprenez quelle est la souveraine destinée de tout ce qui est doué de la faculté d'agir.

1. Ce dernier livre de Manou traite de la transmigration des âmes ou métempsycose.

Le mythe de la transmigration des âmes est peut-être le premier système philosophique qui se soit produit dans le monde sur l'immortalité de Tâmo et l'origine de l'homme î il se lie intimement avec celui de l'incarnation de la divinité dans les croyances liiératiques de l'Inde ancienne.

« L'âme qui s'est purifiée par la vertu, dit Vrihaspati dans son commentaire sur Manou, remonte au séjour céleste et s'absorbe dans le sein de Para-Pouroucha(le Grand

« ï)e tout acte de la pensée, de la parole ou du corps, résulte un bon et un mauvais fruit; des actions des hommes naissent leurs différentes conditions, supérieures, moyennes ou inférieures.

« Sachez que dans cet univers, l'esprit est l'instigateur de cet acte lié avecTôtre animé, qui a trois degrés, qui s'opère de trois manières et qui est de dix sortes.

« Penser aux moyens de s'approprier le bien d'au* trui, méditer un acte répréhensible , embrasser l'athéisme et le matérialisme sont les trois actions coupables de l'esprit.

Être), mais celle dont la souillure n'est point effacée est condamnée aux transmigrations successives établies par le Véda. »

A rimitation des brahmes, les prêtres égyptiens en avaient fait leur dogme le plus important.

« La transmigration des âmes est le dogme le plus important de l'Egypte, » dit Manéthon, prêtre de Sébénvte.

Le Thibet, la Chine, le Japon, les îles de la Sonde l'avaient reçu de Bouddah !

La Perse tenait cette croyance de Zoroastre .

César la retrouvait en Germanie et en Gaule.

€ Druides imprimis hoc volant persuadere, non inlerire animas, sed ab aliis post mortem transire ad alios; atqxte hoc maxime ad virtutem excitari pulant metu mortis neglecto» »

(De Bello Gallico.) Pythagore(en sanscrit Pitha-gourou, le maître d'école),

moïse — ^ MAHOMET.

« Proférer des injures, mentir, médire de tout le monde, mal parler des choses sacrées sont les quatre actions coupables de la parole.

« S'emparer du bien d'autrui, faire du mal aux étresaniméssansyêtre autorisé par la sainte Écriture, ravir la femme d'un autre, sont reconnus comme les trois actions coupables du corps.

(Les dix actions opposées à ces dix mauvaises sont bonnes au môme degré. — (Commentaire de CoUouca* Bat ta.) i

« Pour les bonnes actions qui viennent de l'esprit, Têtre animé et doué de raison est récompensé dans son esprit! Pour celles qui viennent de la parole, il en est récompensé dans les organes de la parole; pour

à la suite de ses voyages dans l'Inde, en fit la base de son enseignement.

Qui ne se souvient des beaux vers d'Ovide, dans lesquels le philosophe grec, après avoir exposé sa doctrine, retrace à SCS disciples émerveillés les phases diverses de ses différentes existences depuis le siège de Troie auquel il prétendait avoir assisté ?

Morte carent animœ, semperque, priorc relicta Sede, novis domibus habitant, vivuntque receptœ. Ipse ego, nam memini, Trojani tempore belli, Panthoides Euphorbus eram, cui pectore quondam Sedit in adverse gravis hasta minoris Atridse ; Gognovi clypeum, lœv» gestamina nostr»

Nuper Abanteis templo Junonis in Argis. .

celles qui viennent du corps^ il en est récompensé dans son corps.

« Pour les mauvaises actions qui proviennent de Tesprity l'homme renaît dans la condition humaine la plus vile; pour celles commises par la parole, il revôt la forme d'un oiseau ou d'une hôte fauve ; pour les fautes provenant du corps, il passe à Tétat de créature privée de mouvement.

« Celui qui possède une autorité souveraine sur son esprit, ses paroles et son corps, peut recevoir le nom de Tridandi, c'est-à-dire qui possède la triple volonté.

« L'homme qui déploie cette triple volonté en toutes circonstances^ qui est maître de ses actions et réprime le désir et la colère, obtient par ce moyen la félicité céleste et éternelle.

« Le moteur de ce corps est appelé kchetradjna (àme principe de vie), et le corps qui accomplit des fonctions visibles et matérielles a reçu le nom de boûtâtmâ (composé d'éléments).

Socrate et Platon firent de cette croyance Tobjet de spéculations sérieuses, et peu s'en fallut qu'elle ne devînt avec Origène et plusieurs autres docteurs de l'Église, dont les doctrines ne furent condamnées que trois quarts de siècle plus tard, à Nicée, un des articles de la foi catholique.

moïse — MAHOMET. 461

« Un autre élément interne appelé mahat (sensation) vit avec tous les êtres animés^ et c'est grâce à lui que le kchetradjna perçoit le plaisir et la peine, c*est le lien qui unit le corps à Tâme.

« La sensation et l'âme intelligente unis aux cinq sens — Touïe, la vue, l'odorat, le toucher, l'attrait mutuel des sens — sont dans une liaison intime et constante avec le Grand Tout qui réside dans les êtres de Tordre le plus élevé, aussi bien que dans ceux de l'ordre le plus bas.

« De la substance môme du Grand Tout s'échappent continuellement d'innombrables principes vitaux qui communiquent sans cesse le mouvement aux créatures des divers ordres.

« Après la mort, les âmes des hommes qui ont commis de mauvaises actions prennent un autre corps, â la formation duquel concourent les cinq éléments subtils et qui est destiné â être soumis aux tortures de l'enfer.

« Lorsque les âmes revêtues de ce corps ont subi dans l'autre monde les tortures de l'enfer, elles entrent dans les éléments grossiers, auxquels elles s'unissent pour reprendre un corps et revenir au monde achever sa purification.

« Après avoir reçu le châtiment de ses fautes, nées de l'abandon aux plaisirs des sens, l'âme dont la souillure a été elfacée, aspire de nouveau à se

Mi2 MANOU.

réunir dans le swarga (ciel), à TAme soprôme.

« Les mérites et les démérites . de l'âme sont de noaveau pesés et examinés^ et, suivant que la vertu ou le vice l'emportent, elle obtient la récompense ou un nouveau châtiment.

« L*âme qui a presque toujours pratiqué la vertu et rarement le vice, se rend directement au séjour de délices, dès qu'elle abandonn,e son enveloppe formée des cinq éléments mortels.

« Mais chaque fois qu'elle s'adonnera au mal plutôt qu'au bien, et que la somme des actions coupables dépassera celle des bonnes, elle sera soumise aux tortures de Tenfer.

« Chaque fois également qu'elle aura enduré les tourments de Teufer, et que ses fautes auront été eifecées, l'âme reprendra son enveloppe mortelle pour venir de nouveau sur la terre achever de se purifier.

« L'homme doit considérer que ces transmigrations successives de l'âme étant le produit de la vertu et du vice, il ne dépend que de sa volonté de diriger son esprit vers la vertu et d'abréger son temps d'exil.

« Qu'il sache que l'âme possède la notion du bien, celle du mal, et qu'il y a de plus en elle des aspira*!* tiens qui ne se peuvent définir en ce monde, ce qui

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tient à son union avec les substances matérielles et périssables dont le corps est formé.

« Lorsque^ soit le bien, soit le mal^ arrivent à dominer entièrement un être animé, ils le rendent semblable à eux ; mais ce qui fait la récompense ou la punition légitime, c'est la liberté du choix de l'homme entre le bien et le mal.

« Le bien, c'est la bonté, la science et la modération. Le mal, c'est Tignorance, la passion et les appétits brutaux, toutes choses qui luttent dans l'homme et qu'il doit savoir maîtriser à son gré.

« Lorsque Tôtre animé découvre en lui un sentiment honnête, tendre, affectueux, élevé, calme et pur comme le jour, qu'il dise : Cela vient du bien !

« Mais toute disposition de l'àme qui est accompagnée de dessins pervers, de haine, de colère, ou qui tend à la pure satisfaction des sens^ doit être déclarée provenir du mal.

« Quant à cette sensation de Tàme qui s'applique à ce qu'elle ne peut ni discerner, ni expliquer, ni comprendre, c'est l'inconnu, le mystérieux, qu'il n'appartient qu'à la Grande Ame de connaître. Il y a dos fautes qui proviennent aussi de cet inconnu qui rend l'âme insatiable.

« Je vais maintenant vous fuite connaître les actes bons ou mauvais qui procèdent de ces trois qualités.

« L'étude du Véda ou sainte Écriture, la dévotion

austère^ la science des choses sacrées, la pureté, l'action de dompter les organes des sens, Taccomplissement de tous les devoirs, la méditation sur l'Être suprême sont les effets du bien.

« N'agir que dans Tespoir d'une récompense, se laisser aller au découragement, faire des choses défendues par la loi, et s'abandonner sans cesse au plaisir des sens,

« La cupidité, l'indolence, l'irrésolution, la médisance, l'athéisme, l'omission des actes prescrits, l'imporlunité et la négligence proviennent du mal.

« Lorsqu'on désire du profond de son cœur connaître les vérités sacrées, lorsque nulle honte intérieure n'accompagne les actes que l'on accomplit, lorsque l'âme au contraire en ressent une réelle satisfaction, on peut dire que l'on se conduit d'après les principes du bien .

« Toute action dont on a honte lorsqu'on vient de la commettre, ou lorsqu'on se prépare à la faire, doit être considérée par l'homme sage comme une action mauvaise.

« L'acte par lequel l'âme aspire après l'inconnu, est un souvenir du swarga dont elle a gardé l'empreinte, comme on voit vaguement au réveil les images qui vous ont frappé dans les songes.

« Je vais vous déclarer succinctement, et par ordre, les diverses transmigrations que Tâme éprouve dans

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cet univers par F influence de ces trois qualités.

« Les âmes qui ne sont mues que par Tidée du bien^ acquièrent la nature divine» celles que dominent le mal sans que le bien ait été exclu de tous leurs actes, ont en partage la condition humaine. Quant aux âmes qui sont restées dans Tobscurité sans dis^ linguer le hien du mal, elles recommencent la série des transmigrations par Tétat d'animaux.

« Ces trois sortes de transmigrations ont chacune trois degrés différents : le supérieur, l'intermédiaire, rinférieur^ en raison des degrés divers des mauvaises actions dont Thomme a pu se rendre coupable.

« Les âmes qui ont vécu détachées de la terre, n'aspirant qu'à Dieu, deviennent des anges, c'est-àdire des esprits intermédiaires entre la création et le^ créateur, elles ne sont pas comprises dans les catégo* ries suivantes.

« L'homme qui est resté dans l'obscurité sans s'inquiéter de distinguer le bien du mal, renaîtra dans les êtres qui ont vie sans mouvement comme les végétaux; de là il passera en s'élevant graduellement par les végétaux, les vers, les insectes, les poissons^ les serpents, les tortues, les bestiaux et les animaux sauvages : tel est le degré inférieur.

« Puis passant dans le degré intermédiaire, il sera successivement sanglier, tigre, cheval et éléphant.

« A ce moment il atteindra au degré supérieur^ et redeviendra homme, mais il ne sortira pas de la caste misérable des tchandalas, qui fournit les danseurs et les charlatans : tels sont les trois degrés et les transmigrations auxquelles sera assujetti l'homme qui, dans une première existence, ne se sera pas, par la distinction des actions bonnes et mauvaises, élevé audessus de la brute.

« Celui qui ayant connu le bien l'a pratiqué, mais a commis aussi des actions mauvaises qui, à des degrés différents, contrebalancent les bonnes, parcourra successivement les trois classes de transmigrations suivantes.

« Dans la classe inférieure, il reviendra parmi les bâtonnistes, les lutteurs, les charmeurs d'animaux, les acteurs et les maîtres d'armes.

« Dans la classe intermédiaire, il renaîtra guerrier, roi, juge, orateur.

« Dans la classe supérieure, alors que les bonnes actions commencent à dominer de beaucoup les mauvaises, l'âme ne revient plus transmigrer sur la terre, elle commence à s'élever vers les sphères célestes, et va animer les corps des musiciens, des génies et des danseuses célestes qui chantent les louanges de la Grande Ame dans les quatorze cieux d'Indra.

« Ceux qui n'ont connu et pratiqué que le bien, ne transmigrent pa.^, ils rebtentau service rie Brahn:a, qui

les envoie comme une émanation de sa puissance, tantôt habiter la terre pour y servir d'exemple, tantôt veiller à l'harmonie des sphères célestes.

« Dans le premier degré ce sont les anachorètes, les dévots ascétiques, les brahmes, les légions de demi-dieux aux chars aériens, les génies des astérismes lunaires, et ceux qui président aux jours.

« Dans le second degré, ce sont les sacrificateurs, les saints, les dévas, les génies qui conservent l'Écriture sainte, les divinités qui président aux étoiles et aux années.

« Brahma créateur suprême, génie de la vertu, Vischnou, principe de conservation, et Siva, principe de transformation, qui représentent l'un le Mahat et l'autre TAvyacta , sont les seuls qui soient au degré supérieur du bien puisqu'ils sont le bien luimôme.

« J'ai dit : et ainsi vous est révélé dans son entier ce système de transmigration qui se rapporte à *rois sortes d'actions divisées en trois degrés dont chacun possède trois classes, et comprend tous lés êtres de la terre et des cieux.

« En se livrant aux plaisirs des sens et en négligeant leurs devoirs, les hommes assez mauvais pour ne pas se soumettre aux expiations saintes, reviennent dans les conditions les plus méprisables.

« Apprenez maintenant , complètement et par

ordre^ pour quelles actions commises ici-bas Tâme doit en ce monde revenir dans tel ou tel corps.

« Avant d'être condamnés aux transmigrations que vous allez connaître, les grands criminels vont passer de nombreuses séries d'années dans les sombres demeures infernales, qni sont au nombre de vingt et une:

« Le Tamisra^ l'Andhatmira, le Mahàrôrava, le Borava, leNaraca^ le Galasoutra, leMahanaraca,

« Le Sandjivana, le Mahavitcbi, le Tapana^ le Sampratâpana, le Samhàta, leSacâcola^ leCoudmala, le Poûtimritlica,

« Le Lobasancou^ le Ridjlcha^ le Pantana, la rivière Sâlmalii l'Asipatravana et le Lohadâraca.

« Le meurtrier d'un brahme revient dans le corps d'un chien, d'un sanglier, d'un âne^ d'un chameau, d'un taureau, d'un bouc, d'un bélier, d'une bête sauvage, d'un oiseau, d'un tchandala (pariah).

« Le brahme qui s'adonne aux liqueurs spiritueuses renaît sous la forme d'un ver, d'une sauterelle, d'un oiseau se nourrissant d'excréments, ou d'un animal impur.

« Le brahme qui a volé, passera mille fois dans des oorps d'araignées^ de serpents, de caméléons, d'animaux aquatiques et de vampires.

« L'homme qui souille le lit de son père spirituel, c'est-à-dire de celui qui lui enseigne le Véda, re-

naît des milliers de fois à Tétat d'herbe, de buisson, puis d'oiseau de proie, et ensuite d'animal féroce.

«Ceux qui commettent des cruautés deviennent des animaux avides de chairs sanglantes, ceux qui usent d'aliments prohibés renaissent vers ; les voleurs passent dans les corps des animaux qui s'entre-dévorent ; ceux qui courtisent des femmes de la basse classe deviennent des esprits errants.

« Celui qui a eu des rapports avec des hommes dégradés, qui a connu la femme d'un autre, ou qui a volé quelque chose à un brahme, devient un esprit follet des eaux.

« Si un homme dérobe par cupidité des pierres précieuses, des perles, du corail, ou des bijoux de diverses sortes, il renaît dans la tribu des orfèvres (la subdivision la plus méprisée dans la caste soudra).

« Pour avoir volé du grain il devient rat; du laiton, cygne; de l'eau, plongeon; du miel, taon; du lait, corneille; le suc extrait du palmier, chien; du beurre clarifié, mangouste.

« S'il a volé de la viande, il renaît vautour ; de la graisse^ madgou ; de l'huile, tailapaca (oiseau buveur d'huile) ; du sel, cigale ; du caillé, cigogne.

» S'il a volé des vêtements de soie, il renaît per- • drix; une toile de lin, grenouille ; un tissu de coton, courlier ; une vache, crocodile ; du sucre, vaggoudda

un nombre incalculable de fois^ subissant toujours des situations plus misérables et réduit à Tétat d'esclave, il n'aura plus ni parent ni ami, ni richesse, il dépendra du caprice d'un maître.

« Sa vieillesse sera sans soutiens et sans ressources, en proie aux maladies les plus alfreuses, et aux chagrins les plus cuisants ; il mourra dans l'effroi et l'abandon.

« Et il ne saurait maudire Brahma pour les douleurs qu'il s'est attirées lui-môme; l'homme est libre dans le mal comme dans le bien, seulement il ne commet pas un seul acte qui ne doive lui attirer plus tard punition ou récompense.

« La rétribution due aux actions vous a été révélée en entier : connaissez maintenant les actes qui peuvent conduire le brahme (le prêtre) au bonheur étemel.

« Étudier et comprendre les Védas, pratiquer la

dévotion austère, connaître lElre suprême, dompter les organes de ses sens, ne point faire de mal, et honorer son maître spirituel, sont les principaux moyens de parvenir à la béatitude finale.

« Mais parmi tous ces actes vertueux accomplis dans ce monde, où est-il reconnu comme ayant plus de puissance que les autres pour conduire à la suprême félicité ?

« De tous ces devoirs le plus important est d'ac-

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quérir la connaissance et l'amour de Dieu^ là est le commencement et la fin de toutes sciences, et c'est ainsi que Ton parvient le plus sûrement à Timmortalité.

« L'étude approfondie de TÉcriture sainte est le moyen le plus efficace d'arriver à la connaissance de la Grande Ame, et de procurer la paix en ce monde et un éternel bonheur dans Tautre.

« Car tout est dans Tétude du Véda et dans l'adoration de Dieu.

« Le culte prescrit par les livres saints à Dieu, se rend de deux manières^ et conduit, dans Tun et Tautre cas^ à la suprême félicité, mais à des degrés différents : Tune de ces deux manières est dite intéressée, et l'autre désintéressée.

« Si un acte pieux procède [de l'espoir d'une récompense en ce monde ou dans l'autre, cet acte est dit intéressé, mais celui qui n'a d'autre mobile que la connaissance et l'amour de Dieu est dit désintéressé.

« L'homme dont tous les actes religieux sont intéressés parvient au rang des saints et des anges (dévas). Mais celui dont tous les actes pieux sont désintéressés se dépouille pour toujours des cinq éléments pour acquérir l'immortalité dans la Grande

Ame.

« Voyant l'Ame suprême dans tous les êtres, et

tous lesêtresdans PAme suprême, et offrant son âme en sacrifice, il s'identifie avec celui qui est, et qui brille de sa propre splendeur.

« Tout en accomplissant les services religieux prescrits, le brahme doit méditer avec persévérance sur l'Ame suprême, mortifier ses sens, et étudier Tesprit des livres saints.

« L'avantage de la régénération par la contemplation est très-grand pour le brahme, car^ en devenant dwidja (régénéré, deux fois né dans le bien), il n'est plus sujet aux transmigrations futures.

« Le Véda est un soleil éternel pour les anges, les dieux et les hommes, le livre saint a été révélé aux mortels, et il n'est pas susceptible d'être mesuré par la raison humaine. Telle est la décision.

« Les recueils de lois qui ne sont pas fondés sur le Véda, ainsi que les systèmes hétérodoxes quelcon* ques, ne produisent après la mort d'autre résultat que les ténèbres.

« Tous les livres qui ne reposent pas sur la sainte Écriture, sont sortis de la main des hommes et périront, leur fin prouvera qu'ils sont inutiles et mensongers.

« La connaissance des quatre classes (brahmes, xchatrias, vayssias, soudras), des trois mondes (le ciel, la terre et l'enfer), et des trois périodes de la vie sacerdotale (brahmatchari, novice; grihasta, maître

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do maison; Vanaprastha, anachorète; et sann jassis, dévot ascétique)^ avec le passée le présent et le futur dérive du Véda.

« Le son, l'attribut tangible, la forme visible, le goût et Todorat, expliqués clairement dans le Véda, avec leurs formations, leurs qualités et leurs fonctions.

« Le Véda est la science de tout ce qui existe. Celui qui le comprend bien parmi les brahmes, est digne de la suprême autorité^ il commande à la terre et a le pouvoir d'infliger des châtiments.

« De môme qu'un feu violent brûle môme les arbres encore verts, de môme le brahme qui étudie et comprend les livres saints reçoit le pouvoir de détruire toute souillure née du péché.

« Le brahme qui connaît parfaitement le sens du \'éda, quelle que soit Tépoque où il termine sa vie (c'est-à-dire novice, maître de maison, anachorète ou dévot ascétique), est sûr de s'identifier avec Dieu,

« Ceux qui ont beaucoup lu valent mieux que ceux qui ont peu étudié, ceux qui possèdent ce qu'ils ont lu sont préférables à ceux qui ont oublié, ceux qui comprennent ont plus de mérite que ceux qui ne savent que par cœur, ceux qui remplissent leurs devoirs sont supérieurs à ceux qui les connaissent. Une seule bonne action vaut mieux que mille bonnes pensées.

« La dévotion et la connaissance de l'Ame divine sont pour un brahme les meilleurs moyens xle parvenir au bonheur suprême ; par la dévotion il efface ses fautes^ par la connaissance de Dieu il se procure Timmortalité.

« Trois modes de preuves, Tévidence^ le raisonnement etTautorité des livres qui s'appuient sur la sainte Écriture, doivent être bien compris par celui qui cherche à acquérir une connaissance positive de ses devoirs, et des vertus qui les composent, qui sont : la résignation, V action de rendre le bien pour le mal, la tempérance, la probité, la pureté, la chasteté et la répression des sens, la connaissance de la sainte Écriture, celle de l'Ame suprême, c'est-à-dire Dieu, le culte de la vérité et l'abstinence de la colère.

« Celui qui raisonne sur la sainte Écriture et sur le recueil de la loi, en s'appuyant sur des règles de logique conformes au Véda, connaît seul le système des devoirs religieux et civils.

« Telles sont les règles de conduite qui mènent à la béatitude. Maintenant^ va vous être déclarée la partie de ce livre de la loi qui doit rester cachée au vulgaire.

« Dans tous les cas, généraux ou particuliers, dont il n'est pas fait ici mention spéciale, et même pour l'interprétation de tout ce qui a été dit, si l'on demande ce qu'il convient de faire, le voici : Que la décision prononcée par les brahmes (les prêtres) instruits soit

leiioe pour certaine et obligatoire, sans contestation. .

« On doit tenir comme instruits les brahmes qui ont étudié TEcriture sainte, les différents livres de la loi qui en découlent^ et qui peuvent tirer des arguments et des preuves des livres révélés.

« Que personne ne conteste une vérité décidée par une assemblée de brahmes vertueux, qui sont réums au nombre de dix ou de trois.

« L'assemblée, composée de dix brahmes^ doit renfermer : trois savants pundits versés dans les livres saints, un brahme connaissant le Nyaya, un autre imbu de la doctrine du Mimansa, un érudit connaissant le Niroucta, un légiste, et un membre des trois premiers ordres sacerdotaux *.

« Un brahme ayant particulièrement étudié le Rig- Véda, un second connaissant spécialement l'Iadjour- Véda^ et un troisième possédant le Sama-Véda forment le conseil de trois juges pour la solution de toutes les affaires civiles et religieuses.

« La décision d'un seul brahme, versé dans la sainte Écriture, doit être considérée comme une loi de la plus grande autorité; elle est supérieure à celle de

1. Les ouvrages dont parle cette strophe sont des commontaires sur TEcriture sainte d'une haute antiquité ; les brahmes du sud de Tlndoustan regardent les copies qa*on en possède comme modernes et tronquées.

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dix mille individus ne connaissant pas la doctrine sacrée.

« Les brahmes qni ne snivent pas les règles du noviciat, qui n'ont aucune connaissance de la sainte Écriture et ne possèdent d'autre recommandation que leur caste, seraient-ils au nombre de plusieurs mille, ne pourraient être admis à former une assemblée légale.

« La faute de celui à qui des gens ignorants, dont Tintelligence n'est qu'obscurité, expliquent la loi qu'ils ne connaissent pas eux-mêmes, retombera cent fois plus lourde sur ces hommes ineptes.

« Les actes excellents qui conduisent à la béatitude éternelle, vous ont été déclarés; le dwidja qui ne les néglige pas obtient un sort très-heureux.

« Cest ainsi que le puissant et glorieux Manou, par complaisance pour les mortels, a révélé ces lois importantes, qui doivent être un secret pour les castes indignes de les connaître. '

« Que le brahme, réunissant toute son attention, voie dans l'Ame divine toutes choses visibles et invisibles, car, en considérant tout dans l'âme, il ne livre pas son esprit à l'iniquité.

« L'âme est l'assemblage des dieux, l'univers repose dans l'Ame 8uprô:ne; c'est Tâme qui produit la série d'actes accomplis par les êtres animés.

« Que le brahme contemple, en s'élevant par le

secours de la méditation, Téther snbtil dans les cavités de son corps, Tair dans son action musculaire et dans les nerfs du toucher, la suprême lumière dans sa chaleur digestive et dans ses organes visuels, Teau dans les fluides de son corps, la terre dans ses membres.

« La lune dans son cœur, les saints des huit régions dans son organe de l'ouïé, Vischnou dans sa marche, Nara dans sa force musculaire, Agni dans sa parole, Mitra dans sa force excrétoire, Pradjapati dans son pouvoir procréateur.

« Mais il doit se représenter le Graml Etre comme le souverain maître de l'univers, comme plus subtil qu'un atome, comme aussi brillant que lor pur, et comme ne pouvant être conçu par l'esprit que dans le sommeil de la contemplation la plus abstraite. ,

« Les uns l'adorent dans le feu, d'autres dans Tair. 11 est le seigneur des créatures, l'éternel Brahma.

« C'est lui qui, enveloppant tous les élres d'un corps formé de cinq éléments, les fait passer successivement de la naissance à laccroissement, de l'accroissement à la dissolution, par un mouvement semblable à celui d'une roue.

« Ainsi l'homme qui reconnaît dans sa propre âme, l'Ame suprême présente dans toutes ks créatures, comprend qu'il doit se montrer bon et loyal pour tous y et il obtient le sort le plus heureux qu'il

puisse ambitionner, celui d'être à la fin absorbé dans Brahma.

^ Ainsi a parlé Manou, et le sage qui lit et observe les prescriptions de ce Lm^e de la /oi pratique le bien et obtiendra la félicité suprême.

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