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Les lépidoptères de la Belgique

L’Insecte. — On entend par Insecte , tout animal articulé qui, à lage adulte, a une respiration trachéenne, un corps composé de trois régions distinctes (tête, thorax et abdomen), et dont la région moyenne ou thoracique donne attache à trois paires de pattes, et généralement à deux paires d’ailes. Ce qui en outre caractérise l’Insecte, c’est qu’il ne parvient à son état parfait qu’après avoir subi deux métamorphoses ; il présente par conséquent dans sa vie, indépendamment du temps passé dans l’œuf, trois périodes distinctes, caractérisées: la première, par l’accroissement de l’individu, la deuxième, par les métamorphoses, et enfin la troisième, par la propagation de l’espèce.

Cette définition se rapporte d’une manière rigoureuse à toute la classe des insectes , dont les Lépidoptères font naturellement partie.

Depuis Linné, tous les entomologistes ont donné le nom de Lépidoptères , aux insectes pourvus de quatre ailes couvertes

de petites écailles tellement fines quelles ressemblent à de la poussière. Fabricius désigne ces insectes sous le nom de Glossates , et Clairville les nomme Lépidioptères. L’épithète &&papillon ne peut réellement s’appliquer qu’aux espèces du genre Papilio , mais on désigne généralemenFsous ce nom tous les Lépidoptères diurnes.

La science qui traite de l’étude des Lépidoptères s’appelle Lèjpi-

doptérologie.

Des divisions du corps. — Dès leur sortie de l’œuf, les chenilles présententuncorps divisé en douze segments ou anneaux. Chez toutes les chenilles, en effet, on distingue sans peine la tête puis trois segments qui portent toujours chacun une paire de pattes écailleuses, et enfin neuf autres, qui tantôt portent des pattes membraneuses, tantôt en sont dépourvus.

Après la chrysalidation de la chenille, les anneaux sont encore simples, mais n’ont plus conservé la même grandeur relative. Ceux qui portaient les pattes écailleuses ont acquis un volume considérable, tandis que les autres ont perdu une grande partie de celui qu’ils avaient, A l’état parfait, les proportions relatives des anneaux sont encore plus altérées, et le corps ne paraît plus composé du nombre primitif de segments, mais partagé en trois régions distinctes qui n’ont aucune analogie entre elles, et qui sont: la tête, le thorax et l 'abdomen.

De la tête. — La tête se présente sous la forme d’une boîte d’une seule pièce, offrant ça et là quelques sutures plus ou moins marquées. Elle est munie antérieurement d’une ouverture dans laquelle sont placés les organes buccaux, dont nous parlerons plus loin; d’autres ouvertures servent à loger les yeux et les antennes, et en arrière setrouve le trou occipital. Cheztous les Lépidoptères la tête est unie au thorax, sans que ce dernier forme un cou.

Les antennes, vulgairement désignées sous le nom de cornes, consistent en deux appendices mobiles, articulés, de forme variable, dans lesquels on distingue souvent trois parties, savoir: le scapus ou article basilaire, la tige et la massue. Chez les Bombycides, chaque sexe présente une forme particulière d’antennes, et les mâles sont facilement reconnaissables aux nombreux rameaux qui garnissent ces organes.

Du thorax. — Le thorax se compose de trois segments, qui correspondent aux trois anneaux pourvus de pattes écailleuses

chez les chenilles. Le premier, qui vient immédiatement après la tête, est le prothorax , le second, le mésothorax, et le troisième, le métathorax.

Chez les Lépidoptères, le mésothorax forme la pièce principale, et son développement énorme a dû nécessairement influer sur le prothorax et le méthatorax, mais surtout sur le premier, qui se réduit à un anneau étroit.

Ces différentes parties du thorax se subdivisent encore en plusieurs pièces, mais sans grande importance chez les insectes dont nous nous occupons, parce qu elles sont en grande partie, et souvent totalement, cachées par des poils, et qu’il est ainsi assez difficile de les examiner avec soin.

Des organes de la locomotion; î° Des ailes. —Tous les Lépidoptères, sauf quelques femelles aptères, jouissent de la faculté du vol. Leurs ailes sont toujours au nombre de quatre : deux antérieures et deux postérieures. Ces organes sont formés de deux membranes transparentes, appliquées l’une contre l’autre, qui enveloppent les lignes saillantes. Il est assez facile de séparer ces deux membranes quand l’insecte vient de sortir de sa crysalide, et que ses ailes sont encore molles , humides et chiffonnées.

Les lignes saillantes qu’on aperçoit sur les ailes ont reçu le nom de nervures. Ce sont de véritables tubes, qui prennent naissance à la base des ailes et qui s’amincissent graduellement jusqu a leur extrémité. Dans leur intérieur, les nervures contiennent chacune un vaisseau roulé en spirale, qui n’est autre chose qu’une trachée venant de l’intérieur du thorax, et se prolongeant jusque dans leurs plus petites ramifications. C’est au moyen de ces trachées, qu’au moment de l’éclosion du papillon, l’air pénètre dans l’intérieur des ailes qui sont alors plissées et très-petites.

Avant d’entrer dans les détails qu’exige la nervation des ailes, il est nécessaire de faire connaître les noms que l’on a appliqués aux différentes parties de ces organes; nous donnerons en même temps

ceux sous lesquels on désigne les différentes formes et la position des ailes.

La partie de Taile qui s’articule avec le thorax est la base; la partie opposée s’appelle sommet , angle externe ou angle antérieur; au-dessous de celui-ci se trouve X angle interne ou postérieur , qui, dans les secondes ailes, prend le nom d 'angle anal.

On appelle bord externe, bord antérieur ou simplement côte, le bord placé entre la base et l’angle externe; celui situé à la partie opposée, qui s’étend de la base à l’angle interne, a reçu le nom de bord interne; enfin celui qui part du même angle,et va rejoindre le sommet de l’aile, a reçu le nom de bord postérieur.

Quant à la forme des ailes, elle diffère considérablement suivant les espèces : on en voit de rhomboïdales, de deltoïdes, de falquées, d’acuminées, etc.; leurs bords sont crénelés, dentelés, échancrés, frangés, laciniés, etc. Chez beaucoup de Lépidoptères rhopalocères, les bords internes des ailes postérieures s’avancent sous l’abdomen et forment une sorte de gouttière dans laquelle se loge ce dernier. D’après la position que prennent les ailes pendant le repos, elles sont dites : incombantes (ex. un grand nombre de phalènes et de noctuelles), roulées (quelques tinéides), étalées (Saturnia), redressées (Vanessa), demi-étalées (Hesperia), conniventes (laplupart des nymphalides),divariquées(Pop?7/o), reverses (. Lasio campa quercifolia).

Revenons maintenant à la nervation. Les nervures sont ordinairement au nombre de quatre, rarement de cinq. La nervure costale longe le bord extérieur et se termine sur la côte avant d’atteindre le sommet; chez les Satyrides, elle offre à sa base un renflement vésiculeux propre à cette tribu.

La sous-costale est très-rapprochée de la précédente, et se soude le plus souvent avec elle ou avec l’un de ses rameaux,comme cela se voit dans les Melitœa et les Argynnis. Avant d’atteindre le bord de laile, la sous-costale envoie trois ou quatre rameaux, très-rapprochés l’un de l’autre, et qui remontent vers le bord ex-

terne ; quelques-uns d’entre eux se ramifient parfois eux-mêmes, ce qui s’observe chez les Satyrus.

La troisième nervure ou la médiane , naît du même point que la précédente, avec laquelle elle se confond à la base, et fournit trois ou quatre rameaux qui gagnent, sans se ramifier, l’extrémité de l’aile. Quelquefois, en outre, elle envoie sur son côté antérieur un rameau récurrent qui s’unit, en formant un angle plus ou moins aigu, avec un rameau pareil qu’envoie la sous-costale à son côté inférieur, de sorte qu’il existe entre ces deux nervures un grand espace triangulaire ou rhomboïdal, qui constitue une véritable cellule, que Lacordaire considère comme représentant la cellule discoïdale des Hyménoptères. Cette cellule s’observe chez beaucoup de Lépidoptères (. Papilio, Pieris , etc.). Chez les Lycénides, le double rameau récurrent n’existe plus, et la cellule est alors dite ouverte.

La nervure sous-médiane n’existe guère que chez les Zygæna % les Procris, les Glaucopis et quelques autres hétérocères ; elle naît de la suivante et suit la même direction quelle.

La cinquième nervure ou Y anale, se trouve près du bord interne de l’aile, quelle longe parallèlement sans se ramifier. Dans les Papilio , les Pieris , les Satyrus, etc., elle naît du même point que la médiane; chez les Melitœa et la plupart des Lycénides,elle ne se sépare de la précédente qu’à une certaine distance de la base. Chez les Sphinx elle est bifide à son origine. Dans la plupart des espèces elle est simple, mais chez les Papilio elle envoie près de sa base un petit rameau qui va se perdre dans le bord interne de l’aile.

Les nervules qui partent des nervures se dirigent toutes vers le bord postérieur de l'aile.

L’aile inférieure présente le même système de nervation que la supérieure, mais les nervures sont dans une position un peu différente.

Les ailes des Lépidoptères présentent souvent les couleurs les

plus brillantes; on y retrouve tout ce que les fleurs, le plumage des oiseaux-mouches et les pierres précieuses ont de teintes douces ou éclatantes, et, sous ce rapport, ces insectes excitent l’admiration de tout le monde.

Ces belles couleurs ne proviennent pas des membranes mêmes, mais d’une multitude infinie de petites écailles, implantées à l’aide d’un court pédicule sur les deux faces de l’aile. La forme et la grandeur de ces petites écailles sont excessivement variables, non seulement suivant les espèces, mais encore suivant la place qu’occupent ces écailles. Elles ressemblent le plus souvent à une poussière très fine, se détachant toujours au plus léger frottement ; chez certaines espèces, cependant, elles sont parfaitement visibles à l’œil nu. Elles sont colorées de la même manière sur leurs deux faces ; mais quand les ailes paraissent chatoyantes, les écailles sont, au contraire, colorées différemment sur chacune de leurs faces, et changent de teinte suivant la position donnée à l’aile.

Chez certaines espèces, les ailes sont totalement dépourvues d’écailles, et les membranes paraissent alors à nu; les ailes ainsi dénudées sont appelées vitrées.

Outre les écailles,les ailes des Lépidoptères sont encore garnies de poils plus ou moins longs et soyeux, surtout à leur base et au bord interne des inférieures.

Examinons maintenant l’articulation des ailes. Pour que ces organes puissent bien remplir leur fonction, ils sont séparés du thorax à l’aide de quelques petits osselets, unis entre-eux par des ligaments très-élastiques, et maintenus en place dans une cavité du thorax par les pièces tergales et pectorales de celui-ci. Ces espèces de petits osselets sont les èpidèmesd’articulation dans la plupart des insectes, mais cachés dans la totalité des Lépidoptères par les écailles qui forment Yhypoptère du mésothorax devenu libre. Ces écailles envahissent souvent la majeure partie du mésothorax en dessus et à la base entière de l’aile. Elles sont

surtout très-grandes chez les Cucullia , où elles forment cette pointe saillante, cornée et couverte de longs poils, que l’on a comparée à un capuchon, et qui a fait donner à ce genre le nom qu’il porte. Pandant le vol, elles agissent sans doute sur les ailes comme une espèce de ressort, tout en protégeant les épidèmes.

Chez les Lépidoptères hétérocères, les ailes inférieures sont réunies aux supérieures, pour n’en former, en quelque sorte, qu’une seule de chaque côté ; c’est là l’un des caractères qui distinguent ces insectes des rhopalocères. Cette réunion des ailes se fait à l’aide d’une espèce de crin corné, raide, un peu arqué et terminé insensiblement en pointe ; ce crin part de la base inférieure des secondes ailes en dessus, et se loge dans une coulisse du bord interne des supérieures en dessous, laquelle étant recouverte par une membrane fait une légère saillie.

M. Poey a démontré que ce crin est tantôt simple, tantôt double (les femelles des genres Herminia, Pijralis , Crambus, etc.),triple (celles des genres Chelonia, Noctua, Plusia , etc.) ou multiple (celles des Sphinx, Zygœna, Cossus, Zeuzera, etc.),et qu’il forme dans ce dernier cas un faisceau de six à cinquante poils assez courts, qui ne sont plus dans la coulisse dont il vient d’être parlé, mais simplement retenus par une touffe de poils relevés, placés dans la cellule sous-médiane des ailes supérieures, ou par une éminence arrondie, rendue scabreuse par de courtes écailles ( 1 ).

Les mâles sont seuls pourvus d’un crin simple; il est toujours double, triple ou multiple dans les femelles, mais il manque chez celles des Saturnia, Lasiocampa , Hepialus, etc.

M. Poey fait également remarquer que ce crin n’est autre chose que la nervure costale des secondes ailes, qui s’est dégagée des membranes, et, par une conséquence nécessaire, a entraîné l’absence de la cellule costale, qui demeure ouverte.

Chez les Sesia et quelques autres genres voisins, la réunion dés

0) Poey, Observations sur le crin des Lépidoptères (Arm. de la Soc. eût. de France, 1.1, p. 91.

ailes est, outre le crin, favorisée par un rebord qu’offrent les supérieures à leur partie interne, et les inférieures à la partie externe, rebords qui s’engrènent l’un dans l’autre et rendent l’adhésion complète sur toute leur étendue.

On voit par ce qui précède, quel rôle important les ailes jouent dans l’organisation des insectes, aussi,dès l’époque d’Aristote, ontelles servi à partager ces animaux en plusieurs groupes ; de nos jours encore, chaque ordre de la classe des insectes a reçu sa dénomination d’après la structure de l’aile.

2° Des pattes. — Les pattes sont toujours au nombre de six, et sont fixées à la partie inférieure du prothorax, du mésothorax et du métathorax ; mais elles ne sont plus, comme chez les chenilles, placées à des distances égales l’une de l’autre, à cause de la grande altération qu’ont subi les segments dans leur forme et dans leur grandeur relative.

Les pattes se composent d’une suite d’articles, de la même nature que le reste des téguments, et articulés les uns avec les autres. Ces articles sont au nombre de cinq, et ont été désignés sous les noms

de hanche, trochanter, cuisse, jambe et tarse.

La hanche est la pièce qui s’articule avec le thorax, mais elle paraît plutôt suspendue par un ligament que reçue dans une fossette cotyloïde du thorax. Elle est percée à sa partie interne par un canal longitudinal, donnant passage aux muscles, aux nerfs et aux trachées qui viennent de l’intérieur du thorax pour se répandre dans le reste de la patte par une ouverture placée à la partie opposée, s’articulant avec un article très-court appelé trochanter. La cuisse , qui vient après ce dernier, est en général l’article le plus long et le plus robuste des pattes; elle s’articule avec la jambe, sur laquelle on remarque des poils et quelques petites épines.

Enfin le tarse, qui termine la patte, se compose lui-même de cinq articles plus ou moins longs, sauf chez les espèces tétrapodes , c’est-à-dire chez celles dont les pattes antérieures sont très-courtes et munies seulement d’un seul article aux tarses, tandis qu’il y en

a cinq aux tarses des autres pattes. Le dernier article du tarse est muni de deux crochets, qui permettent à l’insecte de se retenir aux plantes, aux arbres, etc.

Les chenilles ont toujours deux sortes de pattes: les unes cornées et articulées ont reçu le nom d e pattes écailleuses ; elles sont au nombre de six, et fixées par paires aux trois premiers segments du corps. Les autres, membraneuses ou charnues, non articulées et souvent bordées de crochets en dessous, sont désignées sous le nom de fausses pattes ou d e pattes membraneuses. Le nombre de celles-ci varie de deux à dix suivant les espèces; quand il n’y a qu’une paire elle appartient toujours au segment anal. Il est à remarquer que les 4 e , 5 e , 10 e et 11 e segments ne portent jamais de fausses pattes.

De l’abdomen. — L’abdomen est toujours bien développé et facilement reconnaissable chez l’insecte parfait. Il est uni au thorax par le diamètre entier de sa base, et se continue avec lui sans autre apparence de séparation qu’une suture. Chez les chenilles l’abdomen est confondu avec le thorax et ne s’en distingue que par la nature des pattes qu’il porte.

De même que le thorax, l’abdomen est formé d’un certain nombre de segments; mais ceux-ci n’ayant point de membres à supporter, ont pris la forme la plus favorable aux divers mouvements de dilatation et de contraction nécessités par la présence à l’intérieur des viscères, qui augmentent et diminuent alternativement de volume.

Chez les Lépidoptères rhopalocères, les segments se touchent simplement et sont médiocrement mobiles ; chez beaucoup de nocturnes, leurs mouvements sont, au contraire, assez étendus.

De l’enveloppe externe. — L’enveloppe cutanée des Lépidoptères constitue, comme chez les autres insectes, une sorte de squelette externe, d’une consistance plus ou moins cornée. Cette enveloppe se compose d’une couche externe renfermant de la chitine (matière azotée particulière), et d’une couche interne molle,

non chitinisée, formée de cellules ou d’une masse finement granuleuse.

Les differents pigments peuvent être de nature diffuse ou granuleuse, et se trouver soit dans la partie chitinisée, soit dans la couche molle, et même dans les deux. Dans la chenille du Smerinthus ocellata, par exemple, la couleur verte réside sous la portion chitinisée, qui elle-même est incolore. Il en est autre- * ment pour la chenille du Papilio machaon, où les taches rouges et noires appartiennent à la cuticule même; la coloration jaune seulement provient de la couche molle. Dans la chenille du Satur nia carpini, tous les granules de couleur verte, jaune et noire, sont situés au-dessus de la cuticule.

La surface externe de l’enveloppe cutanée, présente souvent une foule d’excroissances, telles que des tubercules, des épines, des poils, qui sont ordinairement creux. Si ces organes ont un diamètre assez considérable, on peut distinguer en eux et dans leur revêtement externe, les deux couches cutanées: la cuticule homogène et au-dessous une couche celluleuse pigmentée. Les poils sont tantôt simples et lisses, tantôt barbelés. Cette dernière forme se rencontre chez les chenilles des Bombycides.Ces poils se cassent aisément, pénètrent avec facilité dans la peau de celui qui manie de ces chenilles, et provoquent souvent des éruptions vésiculeuses ainsi qu’une urtication très-douloureuses ( 1 ). Il suffit même de remuer simplement les nids de certaines chenilles, pour que les poils, dont ils sont formés en grande partie,s’en échappent et viennent s’implanter dans la peau des mains, de la figure et du cou. Parmi les espèces indigènes qui donnent lieu à de pareils accidents, il faut citer les chenilles des genres Cneihocampa (processionnaires), Liparis et Bombyx.

(1) Pour se débarrasser des démangeaisons cuisantes occasionnées par les pojls de chenilles, il suffit de Irottoi rudemen t les endroits douloureux à l’aide du persil ; quelques bains de ni aussi de bons résultats.

On a constaté dans les poils urticants de ces chenilles, la présence de l’acide formique, substance sécrétée par les fourmis, et que l’on rencontre également dans les poils urticants des orties.

Du Système musculaire.—Les muscles sont striés et formés par la réunion d’une foule de fibres. Ils sont tous incolores ou d’un jaune sale. Cette dernière couleur est particulièrement propre aux muscles du thorax destinés aux ailes, qui diffèrent encore des autres, en ce que leurs stries transversales sont moins distinctes et leurs fibrilles très-faciles à reconnaître.

On divise les muscles en deux classes, suivant qu’ils s’attachent directement sur le squelette cutané, ou qu’ils y sont fixés au moyen de tendons.La forme des premiers est déterminée par celle des pièces sur lesquelles ils s’insèrent, et ils sont ordinairement cylindriques ou prismatiques; ils offrent, en outre, ce caractère particulier, que dans toute leur étendue leurs côtés conservent leur parallélisme. Les seconds présentent, au contraire, une grande variété de formes, ainsi que leur tendons; ceux-ci ne sont pas, selon Strauss, de simples prolongements des téguments, mais des organes particuliers, différant de ces derniers par l’absence de l’épiderme et de la matière colorante, qui ne s’y trouve qu’en trèspetite quantité. Leur structure est aussi différente, car ils sont composés de fibres longitudinales ou rayonnantes, et non de feuillets superposés. Ils ont aussi cela de remarquable, qu’ils présentent à leur base un petit espace flexible, qui obvie aux inconvénients qu’aurait leur rigidité si elle était continue.

Les muscles des insectes peuvent se diviser, comme chez les vertébrés, en fléchisseurs, abducteurs, adducteurs, rotateurs, etc.

A la base de la trompe se trouvent deux muscles plats, qui ont leurs insertions dans l’intérieur de la tête,et s’étendent dans chaque moitié de l’organe. Ces muscles se contractent quand la trompe se roule en spirale, et se relâchent lorsqu’elle s’étend.

Dans le thorax nous trouvons deux sortes de muscles ; les uns

sont destinés à lier ensemble les trois segments thoraciques, les autres servent à faire mouvoir les organes locomoteurs.

Les mouvements des ailes sont effectués par deux muscles extenseurs et plusieurs fléchisseurs plus pefits,qui naissent des segments thoraciques moyen et postérieur. Les muscles des pattes sont beaucoup plus nombreux que ceux des ailes, vu la plus grande mobilité de ces organes et leur division en plusieurs articles.

La jonction de l’abdomen au thorax a lieu au moyen de quatre muscles qui se portent du rebord du premier segment abdominal au bord postérieur du métathorax. Les muscles qui font mouvoir les segments abdominaux consistent en deux larges faisceaux, l’un dorsal, l’autre ventral, qui vont d’une extrémité à l’autre de l’abdomen.

Chez les chenilles, il existe un système musculaire très-remarquable, situé immédiatement au-dessous de la peau, et formé de plusieurs couches de faisceaux aplatis ( 1 ).

Du Système nerveux.—Ce système est le siège des manifestations vitales proprement animales; de lui dépendent l’excitabilité au mouvement, à la sensation.

Le système nerveux des insectes en général, se compose de ganglions, de commissures et de nerfs ; si l’on admet encore un cerveau, c’est plutôt par les fonctions qu’il remplit que par son analogie anatomique.

Les ganglions sont des corps arrondis,contenant des corpuscules particuliers, d’où partent des filets nerveux; les commissures sont des nerfs qui vont d’un ganglion à l’autre et les mettent ainsi en relation ; enfin les nerfs sont des cordons qui partent des ganglions pour se perdre dans les différents organes.

La masse nerveuse se compose de deux subtances : l’une centrale, blanche, assez ferme; l’autre corticale, molle, d’une couleur

(1) Lyonnet a compté 4081 muscles dans la chenille du Cossus ligniperda, en regardant toutefois comme tels de simples fibres.

plus ou moins brunâtre, mais qui, dans quelques espèces prend une teinte différente; dans la Cucullia verbasci , par exemple, elle est, suivant M. Burmeister, d’un rouge carmin. Ces deux substances n’existent que dans la partie centrale du système nerveux; les nerfs ne présentent que la première.

Les ganglionset les nerfs sont toujours entourés d’un névrilème fibreux.

On distingue chez les insectes, comme chez les animaux supérieurs, deux systèmes nerveux : l’un, placé sous le canal digestif, s’appelle le système sous-intestinal , et représente le système cérébro spinal des vertébrés ; l’autre, placé au-dessus de ce canal, est le système du grand sympathique .

Le premier de ces systèmes se présente sous la forme d’un cordon, s’étendant le long de la face ventrale du corps, et offrant de distance en distance desrenflements ouganglions,qui correspondent ordinairement à chaque segment du corps. La tête contient deux de ces ganglions, l’un sus-œsophagien et l’autre sous-œsophagien , qui forment par leur réunion ce que plusieurs physiologistes désignent improprement sous le nom de cerveau. Deux commissures les unissent entre eux, et le tout constitue une sorte de collier qui embrasse l’œsophage à son origine. Ces deux ganglions distribuent leurs nerfs aux différents organes de la tête.

Chez l’insecte parfait, la chaîne ganglionnaire abdominale se compose de sept ganglions, dont les deux premiers appartiennent au thorax et sont toujours les plus volumineux; les commissures qui les relient ne sont doubles qu’entre les ganglions thoraciques ; les autres sont plus ou moins confondues en un cordon unique.

Les nerfs naissent des ganglions, ordinairement au nombre de trois paires de chaque côté. Ceux du thorax se distribuent principalement aux ailes et aux pattes ; ceux de l’abdomen, aux muscles qui tapissent sa cavité. Les deux derniers ganglions, et quelquefois le dernier seulement, fournissent des nerfs aux organes génitaux.

Tous ces nerfs envoient des rameaux aux organes respiratoires; mais il existe en outre, pour ces derniers, un système spécial, que Lyonnet et Newport ont fait connaitre, et qui est superposé à la chaîne ganglionnaire, qu'il suit dans toute son étendue. Ce système consiste en un filet très-grêle, qui finit par se diviser en deux branches, se dirigeant latéralement en sens opposé, et dont un ou plusieurs rameaux s’anastomosent avec les nerfs moteurs naissant des ganglions rachidiens. Les nerfs fournis par ce système naissent en face des stigmates, et leurs rameaux se rendent aux muscles qui président à l’occlusion ainsi qu’à l’ouverture de ces organes.

Dans les chenilles, la chaîne abdominale compte onze ou douze ganglions,suivant que les deux derniers sont confondus en un seul, comme dans la chenille du Sphinx ligustri, ou qu’ils sont distincts, quoique contigus, comme dans celle du Ooêsus lignvperda . Les deux commissures entre les trois premiers ganglions, sont écartées, tandis que les autres sont ordinairement confondues ensemble. A l’état de chrysalide, il s’opère un grand changement. Les commissures qui relient le premier et le deuxième ganglion, et celles entre le troisième et le quatrième, se raccourcissent peu à peu. Les ganglions se rapprochent ainsi graduellement et finissent par se confondre, en devenant les deux ganglions thoraciques du papillon, qui fournissent les nerfs aux ailes et aux pattes. En même temps, le cinquième et le sixième disparaissent entièrement ou se confondent en un seul.

Le système du grand sympathique se trouve chez tous les insectes au-dessus du tube digestif, et envoie des branches nerveuses aux organes de la boucheet deladigestion jusqualorigine de l’intestin, au vaisseau dorsal, en un mot à tous les organes de la vie végétative. Bien que ne formant qu’un ensemble unique, on y distingue parfaitement un double système, l’un impair occupant la ligne médiane, l’autre pair situé de chaque côté du premier.

Chez les Lépidoptères, le système impair est toujurs le plus

développé. Le ganglion frontal, unique dans le Sphipx Hgustri et dans quelques autres espèces, est double dans d’autres, ainsi que la découvert Brandt dans le bombyx du mûrier, et même triple dans la chenille du Cossus li guiper cia, suivant Lyonnet. Le filet récurrent envoie de nombreuses branches à l’oesophage ainsi qu’au vaisseau dorsal; près du jabot il s’en détache un fort rameau destiné au ventricule chylifique, et qui se prolonge même un peu sur l’intestin grêle.

Le grand sympathique ne subit, suivant Newport, aucun changement pendant les métamorphoses : on le retrouve dans l’insecte parfait tel qu’il était dans la chenille.

Des sens. 1° Du loucher, — Le sens du toucher est en général très-obtus, et n’acquiert une grande délicatesse que chez les chenilles dont la peau mince est nue. Le tact a principalement son siège dans les pattes membraneuses. Chez l’insecte parfait il réside dans les antennes et dans l’extrémité de la trompe. Strauss considère les articles des pattes comme étant le siège du tact; d’autres placent ce sens dans les palpes. Il est fort probable que les pattes et les palpes sont également des organes du tact, mais à des degrés très-divers, qui peuvent varier d’une espèce à l’autre, suivant leur plus ou moins d’aptitude à remplir cette fonction.

2°. Du goût, — Le sens du goût doit évidemment, s’il existe, résider dans la cavité buccale ; mais la trompe des Lépidoptères est entièrement cornée, et ne paraît pas pouvoir servir à ce sens. Si les papillons recherchent de préférence le suc de certaines plantes, ce choix peut être aussi bien déterminé par l’odorat que par le goût.

3°. De l’odorat . — Ce sens se montre d’une manière trop manifeste chez les insectes pour pouvoir douter de son existence ; ainsi, il suffit de transporter une femelle de certains Lépidoptères loin du lieu où elle vit, pour voir arriver auprès d’elle des mâles en quantité; l’odorat est naturellement le seul sens qui puisse les

guider en cette circonstance, mais ou a-t-il son siège?—Beaucoup de naturalistes le placent dans les trachées, soit à leur ouverture, soit dans toute leur étendue. D’autres supposent qu’il existe dans la cavité buccale. MM. Erichson et Burmeister considèrent les antennes comme constituant l’organe olfactif.

D’après M. Erichson, on observe aux articles terminaux des antennes, un grand nombre de petites fossettes creusées dans la profondeur du tégument chitinisé,« paraissant destinées à transmettre des sensations olfactives.»M.Leydig se prononce danslemême sens, et il ajoute en parlant des insectes en générai: «Je remarque, en effet, sur le genre des Ichneumons, que dans la peau de ces articles, à côté des poches ordinaires et des canaux poreux, il se trouve encore des fossettes allongées, dans la profondeur desquelles le tégument chitinisé s’amincit. Comme des formations semblables ne se présentent pas sur le reste du corps, même aux palpes tactiles et aux extrémités des pieds, et comme un gros nerf chemine dans l’intérieur des antennes, il est à présumer qu’il s’agit ici d’un organe du sens spécial. » ( 1 )

4°. De Vouïe . — Il ne règne guère moins d’incertitude sur les organes de l’audition. Plusieurs anatomistes ayant cru s’apercevoir que la majeure partie des insectes perçoivent des sons, on a placé le sens de l’ouïe tantôt dans un organe, tantôt dans un autre. On a généralement perdu de vue qu’il ne peut y avoir d’organe auditif que là où un nerf spécial se met directement en rapport avec un appareil acoustique capable de recueillir , conduire et concentrer les ondes sonores.

Ce sont encore les antennes qu’on a pris comme siège de l’ouïe. Ces organes paraissant, en effet, jouer un rôle important chez les insectes, plusieurs auteurs, parmi lesquels Lacordaire, ont supposé qu’ils pouvaient être à la fois le siège du toucher et de l’audition; Tréviranus n’hésite pas à placer un appareil auditif dans

(I) Leydig, Traité d'histologie comparée de l'homme et des animaux, 1861, p. 260.

la massue antennaire des Lépidoptères diurnes. Mais l’on ne peut admettre cette manière de voir, comme M. Erichson la déjà dit, qu’en ce sens que les antennes peuvent être mises en branle et conduire les vibrations sonores de l’air; mais, cela admis, il restera toujours à chercher le nerf acoustique, car il est inadmissible que le nerf antennaire puisse servir à la fois à deux sens distincts.

5° De la vue. — Les organes de la vue consistent en yeux simples ou stemmates et en yeux composés ou à facettes.

Les stemmates se composent d’une cornée plus ou moins convexe, derrière laquelle se trouve un cristallin subglobulaire, transparent et assez dur. Ce cristallin repose sur un corps déformé lenticulaire et également transparent, qui représente le corps vitré. Ce dernier est logé dans une espèce de calice, représentant la rétine , formé par un épanouissement du nerf optique et entouré par une couche de pigment formant la choroïde; celle-ci revêt extérieurement la cornée, excepté dans les points où cette dernière est en contact avec le cristallin, et forme un iris autour de ce dernier. Ce pigment est de couleur très-variée, mais il brille en général d’un éclat assez vif autour du cristallin.

Les nerfs optiques naissent par un tronc commun plus ou moins long, qui se divise en autant de branches qu’il y a de stemmates. Chez les chenilles, ces nerfs naissent par deux racines plus ou moins longues.

Dans tous les Lépidoptères il existe deux ou trois stemmates frontaux, mais ils sont en général très-difficiles à distinguer, excepté chez les Sphinx ; dans les chenilles on en trouve de six à huit placés sur les parties latérales de la tête.

Les yeux composés sont formés par la réunion d’un nombre variable de petites facettes hexagonales, et dont l’ensemble n’est comme la cornée des stemmates, qu’une continuation des téguments généraux.

Derrière chaque facette ou cornée se trouve, en guise de cris -

tallin, un cône transparent dont le sommet est dirigé en dedans et implanté dans une sorte de calice, aussi transparent, qui correspond à un corps vitré. Celui-ci est entouré d’un autre calice formé par le sommet d’un filet nerveux, lequel naît du ganglion qui termine le nerf optique à peu de distance du cerveau. Chaque cristallin,avec son corps vitré et son filet nerveux, est enveloppé par une choroïde ordinairement d’un rouge-brun, qui forme, en général, une sorte de pupille derrière la cornée.

Le nombre des facettes varie considérablement suivant les espèces; on en compte 17,355 chez le Papilio machaon , 1,300 chez le Sphinx convolvuli, 11,300 chez le Cossus ligniperda , 6,236 chez le Bombyx mori , etc.

Les yeux composés n’existent pas chez les chenilles.

Des sons que produisent certains Lépidoptères. —

Quelques Lépidoptères produisent des sons dont on n’est pas encore parvenu à s’expliquer la cause. L’Achéronte tête-de-mort fait entendre un cri prolongé et plaintif dès qu’on l’excite. Ce son, d’après Passerini, se produit dans une cavité de la tê^e qui communique avec le canal central de la trompe, et à l’entrée de laquelle sont placés des muscles, qui en s’abaissant font entrer l’air dans son intérieur, et en s’élevant l’en font sortir. Cette explication, la meilleure qui ait été donnée jusqu’ici, est cependant encore loin d’être satisfaisante.

M. Soiier dit que YEuprepia pudica produit des sons particuliers par le frottement d’une callosité des deux hanches postérieures contre les hanches moyennes.

Suivant M. Guénée, les mâles des Setina seraient pourvus d’un appareil tout-à-fait analogue à celui des cigales, mais moins compliqué, qui leur permet de produire des sons volontaires.

De Fappareil digestif.—1 °Des organes buccaux .—Les chenilles ont une bouche munie d’instruments propres à la mastication ; aussi, leurs pièces buccales difièrent-elles beaucoup de celles de l’insecte parfait.

Au devant de la bouche se trouve une pièce médiane et transversale qui dépend de la région frontale, et qu’on désigne sous le nom de labre. Sur les côtés existe une paire de mandibules, destinées à couper les feuilles ou d’autres substances végétales, et elles sont pour cette raison robustes et terminées en dedans par un bord tranchant et échancré. Une seconde paire d’appendices maxillaires s’insère un peu en arrière, et constitue les mâchoires , qui se portent en avant au-dessous des mandibules ; chaque mâchoire est munie d’un petit appendice appelé palpe maxillaire; mais il est à remarquer que ces palpes sont en général très-peu développés : ainsi, chez la chenille du Cossus, ils ne sont représentés que par de petits mamelons coniques formés de deux articles. L’appareil masticatoire présente en arrière un organe appendiculaire formant la lèvre inférieure, qui est unie intérieurement à une protubérance appelée languette. A son extrémité, la lèvre porte une paire de palpes labiaux, ordinairement triarticulés, et, entre ceux-ci, on voit un organe filiforme, appelé filière , au moyen duquel la chenille extrait les fils dont elle a besoin au moment de sa transformation.

Quand les Lépidoptères ont achevé leurs métamorphoses, ils ne se nourrissent plus que de liquides sucrés qu’ils vont puiser dans l’intérieur des fleurs ; aussi, à cette période de leur existence, ces insectes ont-ils la bouche conformée pour la succion seulement, et prolongée en une sorte de pipette flexible qui s’enroule en spirale pendant le repos, et à laquelle Latreille a donné le nom de spiritrompe.

L’appareil buccal des Papillons diffère donc beaucoup de celui des chenilles et des autres insectes, aussi le croyait-on dépourvu de mandibules et construit sur un plan tout-à-fait spécial. Mais Savigny vint démontrer qu’il se compose néanmoins des mêmes éléments anatomiques qu’on rencontre chez la généralité des insectes. En effet, il a reconnu dans les trois petites pièces sous-frontal es qui sont situées au-devant de la spiritrompe, les

analogues du labre et des mandibules ; il a constaté que les deux grands palpes qui s’avancent sur les côtés de la bouche, et qui naissent sur un article transversal, ne sont autre chose que la lèvre inférieure; enfin, il a montré que la spiritrompe elle-même est formée par les mâchoires, dont les palpes deviennent rudimentaires, et dont la branche interne s’allonge excessivement, affecte la forme d’une sonde cannelée, et se joint à son congénère sur la ligne médiane, pour constituer avec lui un tube aspirateur.

La spiritrompe est parfois très-longue, comme chez le Sphinx convolvuli et le Macroglossa stellatarum ; mais dans d’autres espèces, même voisines, elle est fort courte (Smerinthus ocellata), et chez les Hépiales elle est même rudimentaire. Tantôt cet organe est presque nu, d’autres fois il est couvert d’écailles épidermiques, et souvent on y remarque une multitude de papilles qui hérissent en avant sa partie terminale, ce qui s’observe chez les Vanesses.

2° Du canal digestif. •— Ce canal se compose : d’un œsophage ; d’un premier réservoir alimentaire appelé jabot ; d’un gésier ou estomac triturant; d’un estomac proprement dit ou ventricule chylifique , dont la partie antérieure se prolonge latéralement de façon à donner naissance à une paire d’appendices cæcaux, appelés bourses ventriculaires ; d’un intestin grêle; d’un gros intestin dont la p )rtion antérieure se dilate de façon à constituer un réservoir stercoral, et dont la partie postérieure est communément appelée rectum. Sur les côtés de l’œsophage, on remarque un appareil salivaire d’une structure fort complexe; enfin, à l’extrémité postérieure du ventricule chylifique s’insère l’appareil urinaire, formé par les tubes de Malpighi , qui débouchent dans la cavité de cet estomac.

On a souvent décrit l’œsophage des Lépidoptères, comme étant bifurqué à son extrémité antérieure pour correspondre aux deux tubes que l’on avait cru reconnaître dans la spiritrompe de ces insectes ; mais suivant M. H. Milne-Edwards, ni l’une ni l’autre

de ces dispositions n’existent en réalité, et l’oesophage est toujours un canal simple et médian.

Le jabot constitue un organe appendiculaire tout-à-fait distinct du tube digestif. Son mode de formation a été très-bien étudié chez le Pieris brassicœ par Hérold. Quand ce papillon est à l’état de chenille, la portion oesophagienne est d’abord courte et cylindrique ; mais, par les progrès du développement, elle s’allonge plus que ne le fait le ventricule chylifique, et se renfle légèrement vers son extrémité postérieure. Au terme de son développement, on trouve à cet endroit de l’œsophage un sac pyriforme qui communique avec l’intérieur par un canal étroit.

Des observations analogues ont été faites par Newport chez le Sphinx ligustri, par Cornalia chez le Bombyx mori , par Suckow chez le Lasiocampapini, etc.

Le jabot des Lépidoptères consiste donc ordinairement en un sac arrondi, naissant à angle droit de l’œsophage par un col étroit, et se prolongeant en arrière au-dessus du ventricule chylifique. Il est quelquefois profondément bilobé, par exemple chez les Zygènes, et son développement paraît être généralement en rapport avec celui de la trompe. Ainsi, il est très-grand chez la Vanessa urticœ, tandis que chez le Cossus U guiper da, YArctia caja et le Lasiocampa pini , où la trompe est rudimentaire, le jabot paraît manquer complètement.

Il est à remarquer que cet organe ne contient ordinairement que de l’air; les entomologistes allemands l’appellent estomac suceur ou vessie aspiratoire , parce que ce serait en cédant à la dilatation de la partie voisine de la cavité viscérale, qu’il pourrait déterminer dans l’œsophage un mouvement d’aspiration.

Le gésier n’existe pas ou est réduit à un état rudimentaire chez les Lépidoptères à l’état parfait. Chez les chenilles on trouve parfois, à la suite du jabot, un gésier charnu, mais dont la tunique interne n’offre pas d’armature comparable à ce qui se voit chez les Orthoptères et beaucoup de Coléoptères.

Le ventricule chylifique forme la partie la plus importante du tube digestif, et dans les chenilles il en occupe presque toute la longueur. Ce mode d’organisation ne persiste que rarement chez l’insecte parfait; ainsi, dans la chenille du Pieris brassicœ , on trouve un œsophage simple et très-court, suivi d’un grand estomac cylindrique qui s’étend en ligne droite jusque dans le voisinage de l’anus, dont il n’est séparé que par un intestin très-court. Mais,dans le même insecte à l’état de chrysalide, la portion stomacale se concentre vers le milieu du corps, tandis que l’œsophage et l’intestin s’allongent.

L’intestin grêle est donc en général très-court et quelquefois même à peine distinct dans les chenilles. Mais dans les insectes parfaits,sa longueur est parfois triple de celle du ventricule chylifique.

Enfin, le réservoir stercoral ou gros intestin, se développe latéralement chez les Lépidoptères à l’état parfait, de façon à former une poche dont le fond se prolonge en avant du point où l’intestin grêle vient s’ouvrir. L’appendice cæcal ainsi constitué, ne s’avance que peu au-devant de la terminaison de l’intestin grêle, dans quelques espèces, tel que le Pieris brassicœ . Mais chez d’autres, le réservoir stercoral prend la forme d’un sac ovoïde à col plus ou moins étroit, par exemple chez le Sphinx ligustri et Y A cher on ti a atropos.

L’anus est constamment situé à l’extrémité du corps ; chez les chrysalides il manque aussi bien que l’orifice buccal.

3° Des glandes salivaires. — Ces glandes consistent en une paire de tubes grêles, terminés en cul-de-sac, qui s’insèrent sur les parois du pharynx ou de la bouche, et s’ouvrent dans la cavité de cet organe. Chez l’insecte parfait il n’existe qu’une paire de glandes salivaires simples et capillaires; mais chez les chenilles une seconde paire d’organes analogues constitue un appareil producteur de la soie, et débouche au dehors par une filière pratiquée dans la lèvre inférieure.

De l’appareil circulatoire. — Cet appareil est peu déve-

loppé dans la classe des insectes. Il se compose toujours d’un vaisseau dorsal contractile et d’une aorte . Le premier remplit le rôle de cœur, le second sert à conduire le sang.

Malpighi et Swammerdam remarquèrent l’un et l’autre, vers le milieu du XVII e siècle, le vaisseau dorsal chez plusieurs larves d’insectes, et cet organe pulsatile leur sembla être un cœur. Mais bientôt après, Lyonnet éleva des doutes sérieux sur la nature de ce vaisseau, et CL Cuvier affirma qu’il n’y a pas de circulation proprement dite chez les insectes. Aujourd’hui, grâce à la découverte de Carus, on a la certitude que le sang circule avec rapidité dans le corps des insectes.

Le vaisseau dorsal occupe la ligne médiane du dos et s’étend dans toute la longueur du corps. Il est souvent facile de l’apercevoir, sans le mettre à nu, chez les chenilles dont la peau est mince et transparente. On remarque, par la dissection, que cet organe se compose de deux portions distinctes : l’une, antérieure, simplement tubulaire et non contractile; l’autre, postérieure, plus large, animée d’un mouvement intermittent régulier, et présentant une série d’étranglements plus ou moins marqués, qui se prononcent surtout au moment de la contraction. Cette dernière partie constitue donc plus particulièrement le cœur des insectes.

A l’intérieur, le vaisseau dorsal est tapissé par une membrane très-fine qui, dans les points où se trouvent les étranglements, forme des replis valvulaires, de sorte que l’organe est divisé en autant de loges qu’il y a d’étranglements. Chacune de ces loges présente, de chaque côté, à son extrémité antérieure, une fente protégée par une valvule qui se ferme de dedans en dehors.

Le cœur se resserre dès qu’il s’est rempli de sang ; mais, par suite des contractions, qui ont lieu d’une manière successive d’arrière en avant, et de la présence des valvules dont il vient d’être parlé, le liquide est poussé en totalité vers l’aorte. Ce dernier n’est qu’un prolongement de la loge antérieure du vaisseau dorsal. C’est un tube simple et grêle, qui occupe la face dorsale du

thorax et se prolonge jusqu’au ganglion céphalique, où il se termine par une ouverture béante, soit sans rien offrir de particulier, soit en se divisant en plusieurs branches. Le nombre de ses loges est le plus ordinairement de huit.

Le sang, après sa sortie de l’aorte, circule dans des espèces de canaux irréguliers, formés par les espaces vides que les divers organes circonvoisins laissent entre eux ; il est bien démontré que l’aorte ne donne naissance à aucun système vasculaire rameux à l’aide duquel le sang serait transporté de la tête dans les autres parties de l’organisme. Ce sont les lacunes ménagées entre les muscles et les divers organes, ou entre les membranes et les fibres dont ces organes se composent, qui servent de conduits pour le sang et qui le ramènent dans le coeur.

Dans les parties transparentes du corps, on voit le sang circuler ainsi dans une multitude de lacunes, pénétrer dans les pattes, parcourir les ailes et se répandre partout. L’observation tend même à établir qu’à l’aide de certaines parties de ce système lacunaire, les relations entre le fluide nourricier et le fluide respirable sont rendues plus directes et plus régulières qu’on ne le soupçonnait. En injectant des insectes par leur vaisseau dorsal, M. Blanchard remarqua, en effet, que le système trachéen resta coloré par le liquide injecté.

« L’injection, ditM. Blanchard, a suivi ici le trajet que suit le fluide nourricier. Traversant le vaisseau dorsal, elle s’est répandue dans toutes les lacunes interorganiques. Parvenue dans les lacunes avoisinant l’origine des tubes respiratoires, elle s’est introduite entre les deux tuniques trachéennes. » ( 1 )

Le sang des insectes consiste en un liquide ordinairement incolore, quelquefois jaunâtre ou verdâtre; il a ceci de particulier que sa couleur provient constamment d’une matière colorante

(1) Blanchard, Sur la circulation dans les insectes (Ann. des sc. nal. 1848, 5 e série, t. IX,

appartenant au sérum, et non des cellules sanguines, lesquelles sont presque toujours incolores et de forme arrondie ou ovale.

De l’appareil respiratoire. — Les Lépidoptères, de même que tous les insectes, respirent par un système de vaisseaux tubuleux, situés dans l’intérieur du corps et ramifiés à l’infini, de manière à porter l’air atmosphérique dans toutes les parties des organes. Ces vaisseaux ont reçu le nom de trachées et leurs ouvertures extérieures s’appellent stigmates.

1° Des stigmates. — Les stigmates sont toujours disposés symétriquement sur les côtés du corps, mais le même anneau n’en porte jamais plus qu’une paire. On en compte neuf paires très-apparentes chez les chenilles, où ces organes occupent le premier segment thoracique et les huit premiers segments de l’abdomen.

Les stigmates sont ordinairement pourvus d’une espèce d’anneau corné, de forme circulaire ou ovalaire, qui a reçu le nom de péritrème. La membrane qui occupe le péritrème est quelquefois percée d’une grande ouverture circulaire et ornée de cercles concentriques de diverses couleurs. Ces stigmates, que Réaumur comparaît à l’iris de l’œil, se rencontrent chez quelques Lépidoptères, notamment chez la chenille du Dicranura vinula .

Dans les stigmates de plusieurs espèces, chez la chenille du Cossus ligniperda par exemple, on remarque à l’intérieur du péritrème deux replis membraneux qui laissent entre eux une fente transversale, semblable à une boutonnière; ces replis ou lèvres sont en général d’inégales grandeurs et garnis de cils dont la disposition est parfois fort compliquée.

2° Des trachées .—Les trachées naissent des stigmates et servent à conduire le fluide respirable dans toutes les parties du corps. Ce sont des canaux cylindriques qui se divisent en une multitude de branches, devenant de plus en plus grêles et finissant par se terminer en cul-de-sac ; l’air, lors de l’expiration, doit donc retourner parles mêmes voies qui ont servi à son entrée. Ce vaste

système de canaux aérifères se compose tantôt de tubes élastiques seulement (trachées tubulaires), tantôt d’un assemblage de tubes et de poches membraneuses (trachées vésiculaires).

Les trachées tubulaires ont des parois élastiques et conservent toujours une forme presque cylindrique. Cette disposition dépend de l’existence d’une sorte de charpente solide, formée par un fil de consistance sémi-cornée et enroulé en hélice, qui s’étend dans toute la longueur des trachées. L’espèce de cylindre produit par le rapprochement des tours de spire de ce fil, est revêtu extérieurement par une gaine membraniforme, et à l’intérieur par une tunique mince et continue. De même que la cuticule des téguments communs, cette tunique interne est sujette au renouvellement périodique qui s’opère dans l’ensemble du système épidermique, et qui constitue la mue ou changement de peau.

Les trachées tubulaires peuvent être comparées, sous le rapport de leur distribution, aux veines et aux artères des vertébrés, mais leur nombre est beaucoup plus considérable. Lyonnet a eu la patience de compter leurs diverses branches dans la chenille du Cossus, et il en a trouvé 236 longitudinales et 1336 transversales. Voici en résumé, d'après cet observateur, la distribution du système trachéen dans la même chenille :

Les trachées d’origine sont mises en communication par une seule trachée longitudinale de chaque côté, laquelle commence au stigmate placé sur le premier anneau, et se termine un peu au delà du dernier, après lequel elle perd considérablement de son diamètre, et envoie quelques rameaux qui se dirigent vers l’extrémité anale du corps. Des trachées transversales naissent de ces deux troncs à peu de distance des stigmates, et se réunissent en trois groupes : l’un dorsal, qui distribue ses rameaux à la partie supérieure et aux côtés de l’animal; le second médian, qui pénètre dans l’intérieur de la cavité splanchnique, et finit par se perdre au milieu des viscères et du corps graisseux ; enfin, le dernier ventral, qui tapisse les parties inférieures du corps.

Chez toutes les chenilles, et chez la majorité des insectes parfaits, il n’existe que des trachées tubulaires. Mais chez les Lépidoptères dont le vol est pour ainsi dire continu, les trachées présentent d’espace en espace des dilatations vésiculeuses (trachées vésiculaires). C’est sous l’influence des mouvements violents dont les métamorphoses sont accompagnées que ces vésicules se produisent. Le phénomène dont les tubes aérifères sont alors le siège, rappelle tout-à-fait ce que la pathologie nous montre parfois dans le corps humain, lorsque les artères donnent naissance à des sacs anévrysmatiques. En effet, la tunique moyenne ou élastique des trachées, formée par le fil spiral, est résorbée ou ne se renouvelle pas dans les points où ces poches doivent se former, et alors les parois des tubes, réduites aux tuniques interne et externe de la trachée, cèdent sous la pression de l’air renfermée dans leur intérieur, quand l’animal contracte violemment son corps pour le dégager de la dépouille dont il doit sortir.

M. Newport a suivi avec beaucoup d’attention l’ordre d’apparition de ces poches pneumatiques chez quelques Lépidoptères, notamment chez les Vanesses. Elles commencent à se produire quand l’insecte se dépouille de sa peau de chenille pour passer à l’état de chrysalide, et s’achèvent quand il opère sa dernière métamorphose.

Chez les chenilles aquatiques de quelques Pyralidines, l’air n’arrive pas directement de l’atmosphère dans l’appareil trachéen ; celui-ci ne s’ouvre pas à l’extérieur, et l’absorption de l’oxygène se fait par l’intermédiaire de branchies. C’est Degéer qui le premier a signalé cette particularité chez la chenille du Paraponyx stra tiotata, L. (Hydrocampa stratiotalis , S. VJ, qui vit dans les eaux stagnantes sur diverses plantes aquatiques. Tout le corps de cette chenille est couvert, mais surtout dans les points où se développeront les stigmates de l’insecte parfait, de filaments très-grêles et blancs, qui ne sont autre chose que des branchies trachéennes.

Des organes de la sécrétion. — 1° Sécrétion urinaire . —

Cette sécrétion se fait à l’intérieur des tubes de Malpighi. Ces organes, que les uns considèrent comme des vaisseaux biliaires et les autres comme représentant les reins, sont toujours très-grêles, fort longs, contournés sur eux-mêmes et fixés au canal digestif dans le voisinage du pylore.

Chez les Lépidoptères adultes aussi bien que chez les chenilles, il y a trois paires de ces tubes à extrémité flottante, mais ces vaisseaux ne débouchent dans le canal digestif que par une paire d’orifices; cette confluence des trois tubes malpighiens du même côté en un conduit excréteur unique paraît être constante. ( 1 )

Chez beaucoup de chenilles, il existe une multitude de petits cæcums latéraux sur la surface de ces organes, mais qui disparaissent complètement chez l’insecte parfait, ou ne sont représentés que par des bosselures peu prononcées.

La sécrétion des tubes de Malpighi est un liquide trouble, de couleur variable selon les espèces, et d’une saveure amère ayant beaucoup d’analogie avec la bile, mais renfermant les principaux produits caractéristiques de la sécrétion urinaire ( 2 ). C’est donc une humeur mixte, représentant à la fois la bile et l’urine des animaux supérieurs ; elle est évacuée isolément par les insectes à métamorphoses complètes, et c’est elle que les Lépidoptères émettent en quantité considérable au moment de leur éclosion.

Les observations de M. Leydig tendent à faire penser que la sécrétion urinaire est limitée à quelques-uns des tubes de Malpighi ou à une portion de chacun de ces vaisseaux, et que dans le reste de cet appareil il y a production d’une matière de nature biliaire. Ce savant histologiste fonde son opinion sur des diffé-

(1) Suivant Stikow, il n’v aurait que deux paires de tubes malpighiens chez VYponomeula evonymella et le Pterophorus pentadactylus ; mais !a petitesse de ces Lépidoptères permet de conserver quelque doute sur l’exactitude des observations.

(2) C’est en 1818 que Wurzer constata la présence de l’acide urique dans le liquide contenu dans les tubes de Malpighi da Bombyx du mûrier.

rences qui se font remarquer dans la couleur de ces organes, et dans la manière dont les corpuscules que l’on y voit se comportent en présence des agents chimiques. Lescanauxjaunâtresreprésenteraient les vaisseaux biliaires, et les blancs, les vaisseaux urinaires ( 1 ).

Considérés dans leur structure, les tubes de Malpighi sont toujours formés par une tunique extérieure, mince et homogène; les cellules de sécrétion sont appliquées contre sa partie interne. Ces cellules atteignent souvent un volume consi lérable chez les Lépidoptères, et leur noyau peut se ramifier : c’est ce que l'on observe chez le Pieris hrassicœ et le Papilio machaon, chez lesquels les prolongements du noyau sont courts et plats; chez le Cossus Ugniperda , les noyaux sont allongés et ramifiés ; parfois aussi les ramifications sont réunies entre elles en forme de réseau.

2° Des Organes sécréteurs de la soie. — Les glandes séricifères des chenilles ne sont, pour ainsi dire, que des glandes salivaires dont le produit est un fluide élastique et visqueux, transparent chez les jeunes chenilles, opaque et épais chez celles qui vont se chrysalider. Ce n’est qu’à la sortie des vaisseaux sécréteurs, que la soie acquiert les propriétés qui la rendent si propre à la fabrication des tissus.

Les organes séricifères se composent de deux tubes plus ou moins flexueux, dont la longueur est toujours en rapport avec la quantité de soie que les chenilles emploient dans la confection de. leur cocon; ces tubes sont généralement un peu renflés à leur partie moyenne, et viennent déboucher dans la filière placée à l’extrémité de la lèvre inférieure entre les deux palpes labiaux.

C’est chez les Bombycides que les organes séricifères atteignent leur plus grande dimension; ainsi, chez le ver à soie ils ont un pied de long, tandis que chez les sphinx, par exemple, leur lon-

(I) Leydig, Traité d'histologie comparée, g 53G.

gueur ne dépasse guère deux à trois pouces, et chez certaines espèces ils sont parfois presque nuis.

Suivant H. Meckel, les cellules de sécrétion de ces organes sont énormes, au point que souvent il n’y a que deux cellules par follicule. Les noyaux sont clairs, plus ou moins ramifiés et paraissent être creux et remplis d’un liquide ; traités par l’alcool ou l'acide acétique, ils prennent des contours plus accusés et deviennent foncés.

3° Des organes de sécrétions particulières . — Il existe à la base des gros poils de certaines chenilles, de petites cellules sécrétant une humeur particulière, qui pénètre dans les poils par le canalicule dont ceux-ci sont creusés. Ces poils se cassent facilement et laissent alors échapper le produit de la sécrétion cutanée, qui est souvent de nature acide et très-irritante (chenilles des Processionnaires, des Liparides, etc.) (I)

Parmi les glandes cutanées, il faut encore ranger ces organes tentaculaires que différentes chenilles, celle du Papillio machaon par exemple, peuvent projeter au dehors en laissant écouler une matière pénétrante. Quand ces organes sont dégainés, on y distingue tout à l’extérieur une membrane externe homogène, recouvrant de grosses cellules avec un contenu jaune et granuleux.

Certaines chenilles exhalent une odeur plus ou moins forte suivant les espèces. Cette odeur provient de certaines humeurs sécrétées par des follicules situées sous l’enveloppe cutanée, dont les conduits excréteurs, très-courts, s’ouvrent entre les segments • du corps. Chez les Euprepia et les Zygœna, un fluide de cette espèce, d’un jaune transparent, sort par gouttelettes sous le collier.

Dans la chenille du Dicranura vinula , nous avons remarqué un organe particulier, dont le produit paraît servir uniquement à la défense de l’animal. Cet organe se compose d’un sac glandulaire* dont l’orifice se trouve sous le premier segment du corps. Dès que

(1) Voyez aussi ce qui a été dit sur les poils urticants p. XXII.

la chenille est excitée, elle lance par cet orifice un liquide caustique. Les chenilles des Rarpyia offrent, parait-il, un organe dedéfense analogue.

De Fappareil reproducteur. — Chez les Lépidoptères les sexes sont toujours séparés; le mâle féconde les œufs avant la ponte et il est pourvu d’instruments copulateurs spéciaux.

Il n’existe souvent à l’extérieur aucune différence entre les sexes ; mais dans un grand nombre de cas, ceux-ci se distinguent entre eux, non seulement parla structure de l’appareil reproducteur, mais aussi par des particularités dans la coloration ou dans la forme de certains organes qui n’ont aucun rapport avec la génération. Quant aux organes génitaux, ils sont toujours situés dans la partie postérieure de l’abdomen.

Les mâles sont, en général, plus petits que les femelles, et leur coloration diffère parfois considérablement de celles de ces dernières. Chez certaines especes, les Orcgyia par exemple, les femelles sont aptères, tandis que les mâles sont ailés et offrent des caractères spécifiques plus saillants.

Pour l’accouplement, c’est d’ordinaire le mâle qui recherche la femelle, et il est plus que probable que c’est principalement l’odorat qui le guide (1). De même que dans les autres classes d’animaux, le mâle est le plus ardent et l’agresseur; il emploie les agaceries et même la violence pour éveiller les désirs vénériens chez la femelle. Celle-ci résiste d’autant plus longtemps quelle est poursuivie à une heure plus indue ; ainsi, les mâles des Bombyx quercus , Liparis dispar, etc., viennent même à l’ardeur du soleil voltiger autour de leurs femelles, qui se tiennent en ce moment immobiles contre un arbre ou un mur, dans

(!) On a souvent vu des mâles venir de distances très considérables s’unir à des femelles tenues eucaptivilé loin de leur résidence habituelle, et cachées dans les maisons de façon k ne pouvoir être aperçues du dehors. Cela a été souvent constaté chez divers Lépidoptères nocturnes principalement le Bombyx quercus et le Liparis clispar.

un état de torpeur complet dont elles ne sortent qu’à l’eatrée de la nuit; jusque là elles sont insensibles à toutes les instances des mâles.

Les Lépidoptères meurent peu de temps après s’être accouplés; c’est du moins la règle générale pour les femelles ; mais, suivant Kirby et Spence, les mâles de certains Bombyx pourraient s’unir successivement à plusieurs femelles.

La fécondation est le but de l’accouplement; il faut que le fluide spermatique ait agi sur les œufs, pour que les germes de ceux-ci puissent se développer et devenir des chenilles. L’observation nous apprend cependant que des œufs peuvent être \ ondus, sans que Ja femelle ait eu le contact du mâle; mais ces œufs ne donnent qu’exceptionnellement des chenilles. Le phénomène de la production d’œufs féconds sans accouplement préalable, s’appelle parthénogenèse.

Réaumur fut le premier à entrevoir la parthénogenèse, mais il îiésiia à y croire. Après lui d’autres naturalistes publièrent diverses observations sur le même sujet, mais elles furent révoquées en doute par la plupart des entomologistes de notre époque, jusqu’au moment où M. Siebold eut fait des expériences concluantes. S’étant procuré un grand nombre de cocons des Sol en obi a tricpuetrella et pineti (HcJienella), ce savant vit qu’il n'en sortit que des femelles, et que celles-ci, renfermées sous une cloche, ne tardèrent pas à pondre des œufs dont sortit une nouvelle génération de ces insectes.

Les Microlépidoptères ne sont pas les seuls de l’ordre dont nous nous occupons, chez lesquels des phénomènes de lucinia sine con cubitu aient été observés; des faits de cette nature ont été signalés chez les Macrolépidoptères par Bernoulli, Suckovv, Tréviranus, Nordmann, Brown, Tardy, Carlier, Curtis, Lacordaire, etc.— Les espèces chez lesquelles la parthénogenèse a été observée le plus fréquemment sont les suivantes : Sphynx ligustri , Smerintlms popnli, A relia caja et A. casta, Liparis clispar, Lasiocampa po -

classification, qui n’était cependant encore qu’une ébauche.

Pendant quelques années, aucun ouvrage important, concernant l’entomologie ne parut; toutefois, plusieurs auteurs firent connaître leurs observations particulières, donnant pour l’éclaircissement du texte des gravures souvent d’un grand luxe. On peut citer parmi ceux-ci Derham, Hans Sloane,Petiver et Eleazar Albin, tous Anglais.

Un an avant la publication de la première édition du Systema naturœ de Linné, parut le premier volume des Mémoires sur les insectes de Réaumur (6 vol. in-4°, Paris, 1734-42). C’est l’auteur qui a le plus contribué à rendre l’entomologie attrayante et populaire. 11 a essayé une classification pour une partie des Lépidoptères, mais trop imparfaite pour qu’il soit nécessaire d’en faire mention.

C’est à Linné, le grand législateur de la science, que revient l’honneur d’avoir le premier donné une classification convenable des insectes ; mais sous ce point de vue, la première édition de son Systema naturœ (1735) laisse encore beaucoup à désirer. Dès la seconde édition de cet ouvrage, qui parut à Stockholm en 1740, Linné modifia son système; mais ce n’est que dans la douzième édition (Stockholm 1767), la dernière qui ait paru de son vivant, que sa classification fut véritablement établie. Tous les ordres d’insectes mentionnés par l’illustre Suédois, sauf celui des aptères, subsistent encore aujourd’hui, mais limités pour la plupart un peu autrement que ne l’entendait Linné. Quant à l’ordre des Lépidoptères, il le divisa en trois genres : les Papilio , les Sphinx et les Phalœna; ce dernier genre comprenait tous les nocturnes.

Parmi les nombreux correspondants de Réaumur se trouvait le célèbre Bonnet de Genève, qui découvrit la fécondité des pucerons sans accouplement. Bonnet commença dès lage de vingt ans une série de recherches sur les chenilles, les insectes et les vers dont il publia les résultats en 1745 dans son Traité d’insectologie. Ce savant fit paraître plus tard un ouvrage remarquable sous le titrede Considérations surles corps organisés (Amsterdam 1762);

vers la fin de sa carrière il publia ses Contemplations de la nature imprimées dans les tomes VII à IX de ses Œuvres complètes .

Les travaux d’observations qui se poursuivaient ainsi parallèlement aux réformes systématiques opérées par Linné, eurent encore à la même époque plusieurs représentants, dont les deux plus célèbres sont Roesel et Degéer. Le premier, peintre en miniature établi à Nurenberg, commença à publier en 1746 un recueil mensuel intitulé Insecten Belustigung; cet ouvrage contient une foule de planches et d’excellentes observations. Mais son contemporain Degéer lui est bien supérieur et l’emporte même sur Réaumur, parce qu’il était à la fois observateur, anatomiste et auteur systématique. Ses Mémoires pour servir à l'histoire naturelle des insectes (7 vol. in-4°, Stockholm, 1752-78), forment réellement une œuvre remarquable, que l’on consulte encore avec plaisir.

En 1760 parut à La Haye le Traité anatomique de la chenille du saule, qui rendit son auteur célèbre. Pierre Lyonnet était un de ces hommes doués d’une capacité universelle; il savait douze langues et gravait dans la perfection. Son traité, que nous venons de citer, est à la fois un chef-d’œuvre de science et de gravure. Lyonnet laissa à sa mort un manuscrit avec planches, qui fut publié par W. De Haan, sous le titre de Recherches sur Vanatomie et les métamorphoses de différentes espèces d'insectes (Paris, 1832).

Vers la même époque se firent encore remarquer par leurs travaux entomologiques : Frisch, Jacob l’Àdmiral, Clerck, Poda, Brunich, Schluga, Schœffer et Geoffroy (1). Ce dernier, médecin et naturaliste distingué, publia l’une des premières faunes locales (Histoire abrégée des Insectes des environs de Paris, 1762); Geoffroy fut le premier qui eut l’idée de classer les coléoptères d’après le nombre des articles des tarses.

(I) Nous donnerons dans notre dernier volume une liste bibliographique complète de toutes les publications ayant traité de Lépidoptères de l’Europe depuis les temps les plus reculés.

Fabricius, l'un des élèves les plus distingués de Linné, transporta dans le domaine des insectes l’idée qu’eut son maître de classer les mammifères d’après les organes de la mastication. Cette idée présentait d’immenses difficultés dans son exécution, non que les insectes offrent à cet égard plus de variations qu’aucune autre classe d’animaux, mais à cause de la petitesse des parties à observer. Ses recherches furent cependant couronnées d’un plein succès; il parvint non-seulement à trouver dans ces organes les caractères de ces divisions supérieures,mais encore ceux des genres. La première édition de son Systema entomologiœ parut à Leipzig en 1775; mais il perfectionna beaucoup son système dans les ouvrages qu’il publia par la suite, surtout dans son Entomologia systematica (1792-94) et dans son Supplementum entomologiœ systematicœ (1798).

Nous arrivons enfin à Latreille, l’un des principaux fondateurs delentomologiemoderne.Son Généra Crustaceorum etInsectorimi (Paris 1806) restera son plus beau titre de gloire; les insectes y sont divisés en ordre et en famille, d’après la méthode naturelle pressentie par Scopoli. Dans le Règne animal de Cuvier, Latreille divisa l’ordre des Lépidoptères en trois familles, qui répondent aux trois genres admis par Linné. Il adopta la plupart des genres créés par ses prédécesseurs et en proposa un grand nombre de nouveaux, qui sont encore admis aujourd’hui.

Nous devons maintenant remonter au temps de Linné, pour reprendre les travaux sur la Lépidoptérologie pure, qui prit naissance vers cette époque.

L’un des premiers Lépidoptérologistes monographes fut Wilkes, qui fit connaître les Lépidoptères de l’Angleterre (The English Moths and Butt.erfties, London 1747-60). Il fut bientôt suivi par Sepp, qui publia son bel ouvrage sur les Lépidoptères de la Hollande (De Nederlandsche Insecten , 1762-1829), et par Scopoli (Entomologia carniolica, 1763). Enfin, les faunes locales se multiplièrent ^tellement que nous ne pourrons qu’à peine en citer les principales.

L’un des ouvrages les plus remarquables est celui de Denis et Schifiermiller, sur les Lépidoptères des environs de Vienne

(Systema tisclies Verzeichniss der Schmetterlmge der Wiener Gegend, 1776/ Le grand nombre de chenilles qui y sont décrites a plus avancé lalépidoptérologie que tout ce qu’on avait fait jusque là. Cette publication fut suivie de près par les grands recueils iconographiques d’Esper (Die Schmetterlinge in Abbildungen nach der natur, 6 vol. 1777-98), d’Engramelle et Ernst (Les Papillons dJ Europe, 1779-92), de Herbst (Natursystem der Schmetterlinge, 1783 95) et de Hubner (Sammlung europaischer Schmetterlmge, 179.3-1827). Ochsenheimer publia, à la même époque, un traité complet et descriptifdes Lépidoptères de l’Europe (Schmetterlinge von Europa, 17 vol. in-8 0 , Leipzig, 1807-35); cet ouvrage, qui fut continué par F. Treitschke après la mort d’Ochsenheimer, est encore indispensable à ceux qui s’occupent sérieusement de ce groupe d’insectes. En 1828, Freyer commença à publier son joli petit recueil in-12, qu’il termina en 1830 (Beitrage zur Geschiclite Eur. Schmet.); mais trois années plus tard il reprit sa publication dont il agrandit le format [Neuere Beitrage zur SchrneBerlings-Kuride, 1833-1858). Cet ouvrage est l’un des plus beaux qui ait paru sur les Lépidoptères ; il contient. 700 planches gravées et coloriées par l’auteur. À la fin du septième volume, Freyer informa ses lecteurs qu’il ne pouvait continuer sa publication à cause du trop petit nombre d’abonnés. Nous mentionnerons encore le Généra et hidex methodicus du D r Boisduval (Paris, 1840), qui a longtemps servi de guide à nos lépidoptérologistes.

L’an atomie et la physiologie des insectes négligées depuis LyonneL furent repris dès 1798 par G. Cuvier. Il fut bientôt suivi dans cette voie par Lehman, Posselt, Haussmann, Sorg, Treviranus, Marcel de Serres, Ramdhor, Muller, Carus, Siebold, Stannius, etc.

Les sociétés savantes, fondées dans presque tous les pays de l’Europe, ont donné surtout une grande impulsion aux recherches.

entomologiques. En 1603, fut fondé à Rome, par le prince Cesi, l’Académie des Lyncei, qui a bien mérité des sciences zoologiques. C’est la plus ancienne de toutes les sociétés savantes. A la suite de cette académie il convient de citer, comme auxiliaires du progrès scientifique, la Société royale de Londres, fondée par Robert Boyle sous le règne si troublé de Charles I er ; l’Académie ciel Cimenta , fondée en 1651 à Florence par les élèves de Galilée; la Société des Curieux de la nature, fondée en 1652 par Bausch, médecin de Schweinfurt, et l’Académie des sciences de Paris, fondée en 1666, sous le ministère de Colbert. Ces sociétés ont publié des recueils de mémoires et de notices que l’on consulte toujours avec fruit.

Depuis cette époque des institutions semblables ont partout pris naissance ; aujourd’hui, presque chaque pays possède même une société entomologique. A la tête des sociétés entomologiques vien** nent celles de France, de Londres, de Berlin, de Belgique, deBreslau, de Stettin, de Florence, de La Haye, de Russie, de Schaffhouse, de Philadelphie, etc.

La Lépidoptérologie belge.

C’est à notre savant collègue, M. le Baron Edm. de Selys-Longchamps, que revient l’honneur d’avoir ouvert la voie à l’étude des Lépidoptères de notre pays. Dès 1831, dans un article du Diction flaire de la province de Liège, il fit connaître les genres des Rhopalocères et le nombre des espèces indigènes. En 1837, M. de Selys publia son Catalogue des Lépidoptères ou Papillons de Belgique. Ce travail mentionne 87 espèces diurnes, 37 crépusculaires et 99 bombycides indigènes. Quelques années plus tard, cet infatigable zoologiste corrigea et compléta son catalogue pour le publier de

nouveau sous le titre de Enumération des insectes Lépidoptères de Belgique (Liège, 1844). Dans cette brochure l’auteur donne la liste de 88 diurnes, 36 sphingides, 104 bombycides, 214 noctuelles, 217 phalènes et de 362 microlépidoptères.

En 1855 se fonda à Bruxelles la Société entomologique; mais ce n’est que deux années plus tard (1857) que parut le tome I er de ses annales. Dans ce volume se trouve la l re partie d’un nouveau catalogue des Lépidoptères de la Belgique, œuvre collective due à MM. de Se lys, Sauveur, Fologae, Colbeau et J. de Lafontaine.

Dans ce catalogue raisonné se trouvent énumérés: 94 Lépidoptères diurnes, 38 sphingides, 113 bombycides et 232 noctuelles. Dans le tome II, parut le Catalogue des microlèpidoptères par M. Ch. De Fré ; fauteur mentionne 673 espèces. Enfin, dans le tome III, M. le D r Breyer et M. Fologne font connaître les phalénides de Belgique, dont ils énumèrent 226 espèces.

Depuis la publication de ces catalogues, plusieurs espèces nouvelles pour notre pays ont encore été observées, et leur capture a été signalée dans les comptes-rendus des séances de notre Société entomologique. Enfin, en 1873, notre collègue M. Louis Quaedvlieg publia un petit manuel analytique des Papillons diurnes de Belgique.

Avant de terminer cette notice bibliographique, il nous reste à faire une remarque touchant notre travail. Nous nous sommes naturellement basé sur les listes publiées dans les annales de notre Société, pour ce qui concerne la connaissance des espèces indigènes et les indications des localités belges où elles ont été observées. Or, sous ce dernier point de vue, quelques erreurs ont été commises dans ces catalogues et nous les avons parfois reproduites involontairement. Nous pourrions déjà en corriger quelquesunes, mais nous croyons qu’il est préférable de le faire à la fin de l’ouvrage dans un errata général. Nous prions, dans ce but, nos honorables collègues de vouloir bien nous signaler les erreurs et les lacunes qu’ils constateraient dans notre ouvrage.

sur le cerisier

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