‹ Les lettres de Blaise PascalChapitre 48 sur 63 · Ps. CXLIX, i · texte numérisé non relu

Ps. CXLIX, i

3. Probablement les deux destinataires de la lettre. Quelques lignes plus loin, Pascal fera allusion au fait que MUe de Rouannez s'était convertie après avoir prié, à Port- Royal, devant la Sainte-Epine, dont l'attouchement avait guéri, le 24 mars précédent, la jeune Marguerite Perier.

quoique l'autre le soit aussi beaucoup et quasi sans exemple. Il est certain que les grâces que Dieu fait en cette vie sont la mesure de la gloire qu'il prépare en l'autre. Aussi, quand je prévois la fin et le couronnement de son ouvrage par les commencements qui en paraissent dans les personnes de piété, j'entre en une vénération qui me transit de respect envers ceux qu'il semble avoir choisis pour ses élus. Je vous avoue qu'il me semble que je les vois dans un de ces trônes où ceux qui auront tout quitté jugeront le monde avec Jésus-Christ, selon la promesse qu'il en a faite 1. Mais quand je viens à penser que ces mêmes personnes peuvent tomber, et être au contraire au nombre malheureux des jugés, et qu'il y en aura tant qui tomberont de leur gloire, et qui laisseront prendre à d'autres, par leur négligence, la couronne que Dieu leur avait offerte, je ne puis souffrir cette pensée ; et l'effroi que j'aurais de les voir en cet état éternel de misère, après les avoir imaginés avec tant de raison dans l'autre état, me fait détourner l'esprit de cette idée, et revenir à Dieu pour le prier de ne pas abandonner les faibles créatures qu'il s'est acquises, et lui dire pour les deux

i. Matth. XIX, 27-29.

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personnes que vous savez ce que l'Eglise dit aujourd'hui avec saint Paul : « Seigneur, achevez vous-même l'ouvrage que vous-même avez commencé1. » Saint Paul se considérait souvent en ces deux états, et c'est ce qui lui fait dire ailleurs : « Je châtie mon corps, de peur que moimême, qui convertis tant de peuples, je ne devienne réprouvé2. » Je finis donc par ces paroles de Job : « J'ai toujours craint le Seigneur comme les flots d'une mer furieuse et enflée pour m'engloutir 3. » Et ailleurs : « Bienheureux est l'homme qui est toujours en crainte 4. »

i. Paul. Philip. I, 6, formant un verset de l'épître du xxiie dimanche après la Pentecôte, qui tombait le 5 no* vembre en i656.

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