‹ Les lettres de Blaise PascalChapitre 50 sur 63 · Cet ouvrage n'a pu jusqu'ici être identifié · texte numérisé non relu

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4. M. À. Gazier, qui croit cette lettre écrite en septembre, ponse que Pascal fait ici allusion au décret contre les écrits d'Arnauld, rendu à Rome le 3 août et connu en France le 25.

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ont le pouvoir et la volonté de l'opprimer. Peutêtre êtes-vous de celles qui méritent que Dieu ne l'abandonne pas et ne la retire pas de la terre, qui s'en est rendue si indigne ; et il est assuré que vous servez à l'Eglise par vos prières, si l'Eglise vous a servi par les siennes. Car c'est l'Eglise qui mérite, avec Jésus-Christ qui en est inséparable, la conversion de tous ceux qui ne sont pas dans la vérité ; et ce sont ensuite ces personnes converties qui secourent la mère qui les a délivrées. Je loue de tout mon cœur le petit zèle que j'ai reconnu dans votre lettre pour l'union avec le Pape. Le corps n'est non plus vivant sans le chef, que le chef sans le corps. Quiconque se sépare de l'un ou de l'autre n'est plus du corps, et n'appartient plus à Jésus- Christ. Je ne sais s'il y a des personnes dans l'Eglise plus attachées à cette unité de corps que le sont ceux que vous appelez nôtres. Nous savons que toutes les vertus, le martyre, les austérités et toutes les bonnes œuvres sont inutiles hors de l'Eglise, et de la communion du chef de l'Eglise, qui est le Pape. Je ne me séparerai jamais de sa communion, au moins je prie Dieu de m'en faire la grâce ; sans quoi je serais perdu pour jamais. Je vous fais une espèce de profes-

sion de foi, et je ne sais pourquoi ; mais je ne l'effacerai pas ni ne recommencerai pas K

M. du Gas m'a parlé ce matin de votre lettre avec autant d'étonnement et de joie qu'on en peut avoir : il ne sait où vous avez pris ce qu'il m'a rapporté de vos paroles ; il m'en a dit des choses surprenantes et qui ne me surprennent plus tant. Je commence à m'accoutumer à vous et à la grâce que Dieu vous fait, et néanmoins je vous avoue qu'elle m'est toujours nouvelle, comme elle est toujours nouvelle en effet. Car c'est un flux continuel de grâce, que l'Ecriture compare à un fleuve et à la lumière que le soleil envoie incessamment hors de soi, et qui est toujours nouvelle, en sorte que, s'il cessait un instant d'en envoyer, toute celle qu'on aurait reçue disparaîtrait, et on resterait dans l'obscurité.

Il m'a dit qu'il avait commencé à vous répondre, et qu'il le transcrirait pour le rendre plus lisible, et qu'en même temps il retendrait.

i. Dans la dix-septième Provinciale, publiée le 23 janvier suivant, Pascal dira : Grâce à Dieu je n'ai d'attache sur la terre qu'à la seule Eglise Catholique, Apostolique et Romaine, dans laquelle je veux vivre et mourir, et dans la communion avec le Pape son souverain chef; hors de laquelle je suis très persuadé qu'il n'y a point de salut. »

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Mais il vient de me l'envoyer avec un petit billet où il me mande qu'il n'a pu ni le transcrire, ni l'étendre ; cela me fait croire que cela sera mal écrit. Je suis témoin de son peu de loisir, et du désir qu'il avait d'en avoir pour vous.

Je prends part à la joie que vous donnera l'affaire des... 1, car je vois bien que vous vous intéressez pour l'Eglise ; vous lui êtes bien obli-

i. Allusion aux curés de Paris, qui, s'étant assemblés le 26 octobre i656, pour délibérer sur ce qui s'était passé le i3, dans l'Assemblée du Clergé, rédigèrent deux requêtes, adressées aux grands-vicaires de Paris et à l'Assemblée, requêtes que leurs syndics présentèrent le lendemain. Ils renouvelèrent en outre une démarche qu'ils avaient déjà faite le 12 septembre auprès de tous les curés de France, et arrêtèrent un Second avis ou lettre de Messieurs les Curés de Paris à Messieurs les Curés des autres Diocèses de France, et des Extraits tirés de deux casuistes. Ils y joignirent un Extrait du premier Tome in-folio de la nouvelle Théologie d'Escobar et de quelques autres Casuistes. Ces documents furent remis le it\ novembre à l'Assemblée du Clergé, avec une Remontrance des Curés de Paris à VAssemblée générale du Clergé, en lui présentant la suite de l'Extrait de plusieurs mauvaises propositions des nouveaux Casuistes. Toutes ces pièces furent publiées presque aussitôt. L'Assemblée du Clergé semblait disposée à intervenir. Le 17 novembre, elle priait le Chancelier de s'opposer à la publication en français d'Escobar et de quelques Casuistes. Nous résumons ici l'exposé de M. Gazier (Grands Ecrivains, t. VI, p. 117 et 167).

gée. Il y a seize cents ans qu'elle gémit pour vous. Il est temps de gémir pour elle, et pour nous tout ensemble, et de lui donner tout ce qui nous reste de vie, puisque Jésus-Christ n'a pris la sienne que pour la perdre pour elle et pour nous...

Septième lettre de Blaise Pascal a M1Ie de Rouannez 1

... Quoi qu'il puisse arriver de l'affaire de... 2, il y en a assez, Dieu merci, de ce qui est déjà fait pour en tirer un admirable avantage contre ces maudites maximes. Il faut que ceux qui ont quelque part à cela en rendent de grandes grâces à Dieu, et que leurs parents et amis prient Dieu pour eux, afin qu'ils ne tombent pas d'un si grand bonheur et d'un si grand honneur que Dieu leur a fait. Tous les honneurs du monde n'en sont que l'image ; celui-là seul est solide et réel, et néanmoins il est inutile sans la bonne disposition du cœur. Car ce ne sont ni les austérités ni les agitations de l'esprit, mais les bons mouvements du cœur qui méritent, et qui soutiennent les peines du corps et de l'esprit. Car enfin il faut ces deux choses pour sanctifier : peines et plaisirs. Saint Paul a dit que ceux qui entreront dans la bonne voie trouve-

i. La date de cette lettre est incertaine. 2. L'affaire des curés de Paris.

ront des peines et des inquiétudes en grand nombre l. Cela doit consoler ceux qui en sentent, puisque, étant avertis que le chemin du ciel qu'ils cherchent en est rempli, ils doivent se réjouir de rencontrer des marques qu'ils sont dans le véritable chemin. Mais ces peines-là ne sont pas sans plaisir, et ne sont jamais surmontées que par le plaisir. Car de même que ceux qui quittent Dieu pour retourner au monde ne le font que parce qu'ils trouvent plus de douceur dans les plaisirs de la terre que dans ceux de l'union avec Dieu, et que ce charme victorieux les entraîne, et, les faisant repentir de leur premier choix, les rend des pénitents du diable, selon la parole de Tertullien 2 : de même on ne quitterait jamais les plaisirs du monde pour embrasser la croix de Jésus-Christ, si on ne trouvait plus de douceur dans le mépris, dans la pauvreté, dans le dénuement et dans le rebut des hommes, que dans les délices du péché. Et ainsi, comme dit Tertullien3, il ne faut pas croire que la vie des chrétiens soit une vie de tristesse. On ne quitte les plaisirs que pour

i. Act. X. 2:

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