‹ Les lettres provinciales de Blaise PascalChapitre 34 sur 172 · que vos Peres s’en 40. avec les écrits B · texte numérisé non relu

que vos Peres s’en 40. avec les écrits B

qui luy avoit appris la mesme chose. Surquoy Monsieur de Montrouge, qui est un des plus considérez de cette Compagnie, opina, et dit : Qu'il riestoit pas d'avis que, sur des escrits de ces Peres contenans tme doctrine illicite, pernicieuse 5 et contraire à toutes les loi naturelles, divines, et humaines, capables de renverser toutes les familles, et d'autoriser tous les vols domestiques, on deust absoudre cet accusé ; mais qu'il estoit d’avis que ce trop fidelle disciple fust fouetté devant la porte du College par la main du Bourreau, lequel en mesme temps 10 brûleroit les escrits de ces Peres traittans du larcin, et defense à eux de plus enseigner une telle doctrine, sur peine de la vie.

On attendoit la suite de cet avis, qui fut fort approuvé, lors qu’il arriva un incident qui fit remettre le jugement de ce procès. Mais, cependant, le prisonnier disparut, on 15 ne sçait comment, sans qu’on parlast plus de cette affaire-là, de sorte que Jean d’Alba sortit, et sans rendre sa vaisselle. Voila ce qu’il nous dit, et il adjoustoit à cela que l’avis de M. de Montrouge est aux Registres du Chastelet, où chacun le peut voir. Nous prismes plaisir à ce compte.

20 A quoy vous amusez-vous ? dit le Pere. Qu’est-ce que tout cela signifie ? Je vous parle des maximes de nos Casuistes ; j’estois prest à vous parler de celles qui regardent les Gentilshommes, et vous m’interrompez par des histoires hors de propos. Je ne vous le disois qu’en passant, luy 25 dis-je, et aussi pour vous avertir d’une chose importante sur ce sujet, que je trouve que vous avez oubliée en establissant votre doctrine de la probabilité. Et quoy ! dit le Pere ; que pourroit-il y avoir de manque apres tant d’habiles gens qui y ont passé ? C’est, luy répondis-je, que vous avez 30 bien mis ceux qui suivent vos opinions probables en asseurance à l’esgard de Dieu et de la conscience ; car, à ce que vous dites, on est en seureté de ce costé-là en suivant un Docteur grave. Vous les avez encore mis en asseurance du costé des Confesseurs, car vous avez obligé les Prestres à les 35 absoudre sur une opinion probable, à peine de péché mortel. Mais vous ne les avez point mis en asseurance du costé des Juges, de sorte qu’ils se trouvent exposez au foüet et à ]a potence en suivant vos probabilitez. C’est un défaut capital que cela. Vous avez raison, dit le Pere, vous me 40 faites plaisir. Mais c’est que nous n’avons pas autant de pouvoir sur les Magistrats que sur les Confesseurs, qui sont

1. feu Monsieur . . . estoit AB ; feu ... dit en opinant G. 10. avec

defense G. 28. apres que tant d’habiles gens y G.

SIXIEME LETTRE

obligez de se rapporter à nous pour les cas de conscience, car c’est nous qui en jugeons souverainement. J’entens bien, luy dis-je ; mais, si d’une part vous estes les juges des Confesseurs, n’estes-vous pas de l’autre les Confesseurs des Juges? Yostre pouvoir est de grande estenduë : obligez-les à absoudre les criminels qui ont une opinion probable, à peine d’estre exclus des Sacremens, afin qu’il n’arrive point, au grand mespris et scandale de la probabilité, que ceux que vous rendez innocens dans la théorie ne soient foüettez et pendus dans la prattique. Sans cela, comment trouveriezvous des disciples ? Il faudra y songer, me dit-il ; cela n’est pas à négliger. Je le proposeray à nostre Pere Provincial. Vous pouvez neantmoins reserver cet avis à un autre temps, sans interrompre ce que j’ay à vous dire des maximes que nous avons establies en faveur des Gentilshommes, et je ne vous les apprendray qu’à la charge que vous ne me ferez plus d’histoires. Voilà tout ce que vous aurez pour aujourd’huy, car il faut plus d’une Lettre pour vous mander tout ce que j’appris en une seule conversation. Cependant, je suis, etc.

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