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DOUZIEME LETTRE 141
vostre cupidité, qui est l'ouvrage du démon. Et souvenez-vous que le superflu des riches est le necessaire des pauvres.
Je voudrois bien, mes Peres, que ce que je vous dis servist non seulement à me justifier, ce seroit peu, mais encore à vous faire sentir et abhorrer ce qu’il y a de corrompu dans 5 les maximes de vos Casuistes, afin de nous unir sincèrement dans les saintes réglés de l’Evangile, selon lesquelles nous devons tous estre jugez.
Pour le second point, qui regarde la simonie, avant que de respondre aux reproches que vous me faites, je commen- 10 ceray par l’éclaircissement de vostre doctrine sur ce sujet. Comme vous vous estes trouvez embarrassez entre les Canons de l’Eglise, qui imposent d’horribles peines aux simoniaques, et l’avarice de tant de personnes qui recherchent cét infâme trafic, vous avez suivi vostre méthode ordinaire, qui est d’ac- 15 corder aux hommes ce qu’ils désirent, et donner à Dieu des paroles et des apparences. Car, qu’est-ce que demandent les simoniaques, sinon d’avoir de l’argent en donnant leurs bénéfices? Et c’est cela que vous avez exempté de simonie. Mais, parce qu’il faut que le nom de simonie demeure, et 20 qu’il y ait un sujet où il soit attaché, vous avez choisi pour cela une idée imaginaire, qui ne vient jamais dans l’esprit des simoniaques, et qui leur seroit inutile, qui est d’estimer l’argent considéré en luy-mesme autant que le bien spirituel considéré en luy-mesme. Car qui s’aviseroit de comparer 25 des choses si disproportionnées et d’un genre si different?
Et cependant, pourveu qu’on ne fasse pas cette comparaison métaphysique, on peut donner son bénéfice à un autre, et en recevoir de l’argent sans simonie, selon vos Auteurs.
C’est ainsi que vous vous joiiez de la Eeligion pour suivre 30 la passion des hommes, et voyez neantmoins avec quelle gravité vostre Pere Yalentia débité ses songes à l’endroit cité dans mes Lettres, tom. 3, disp. 16, p. 3, p. 2044. On peut, dit-il, donner un bien temporel pour un spirituel en deux maniérés : l'une, en prisant davantage le temporel que le 35 spirituel, et ce seroit simonie ; Vautre, en prenant le temporel comme le motif et la fin qui porte à donner le spirituel, sans que neantmoins on prise le temporel plus que le spirituel, et alors ce n'est point simonie. Et la raison en est, que la simonie consiste à recevoir un temporel comme le juste prix 40 d'un spirituel. Donc, si on demande le temporel, si petatur temporale, non pas comme le prix, mais comme le motif qui