‹ Les lettres provinciales de Blaise PascalChapitre 89 sur 172 · om. de G · texte numérisé non relu

om. de G

QUINZIÈME LETTRE

qu'ils ontmenty très impudemment, Mentiris impudentissimé.

- Si les choses qu'ils m'ont reprochées sont véritables, qu'ils les prouvent donc, ou qu'ils passent pour convaincus d'un mensonge plein d' impudence, heur procédé sur cela découvrira qui a raison . Je prie tout le monde de l'observer, et de remarquer cependant que ce genre d'hommes, qui ne souffrent pas la moindre des injures qu'ils peuvent repousser , font semblant de souffrir très patiemment celles dont ils ne se peuvent deffendre, et couvrent d’une fausse vertu leur véritable impuissance. C’est pourquoy j'ay voulu irriter plus vivement leur pudeur, afin que les plus grossiers reconnaissent que, s'ils se taisent, leur patience ne sera pas un effet de leur douceur, mais du trouble de leur conscience.

Voila ce qu’il dit, mes Peres. Et il finit ainsi : Ces gens-là, dont on sçait les histoires partout le monde, sont si évidemment injustes et si insolens dans leur impunité, qu'il faudroit que j’eusse renoncé à Jesus-Christ et à son Eglise si je ne detestois leur conduite, et mesme publiquement, autant pour me justifier que pour empescher les simples d’en estre séduits.

Mes Reverends Peres, il n’y a plus moyen de reculer. Il faut passer pour des calomniateurs convaincus, et recourir à vostre maxime, que cette sorte de calomnie n’est pas un crime. Ce Pere a trouvé le secret de vous fermer la bouche : c’est ainsi qu’il faut faire toutes les fois que vous accusez les gens sans preuves. On n’a qu’à répondre à chacun de vous, comme le Pere Capucin : Mentiris impudentissimé. Car que répondroit-on autre chose quand vostre Pere Brisacier dit, par exemple, que ceux contre qui il escrit sont des portes d'enfer, des Pontifes du diable, des gens décheus de la foy, de l’esperance et de la charité, qui bastissent le thresor de l'Antéchrist ? Ce que je ne dis pas (adjoute-t-il) par forme d'injure, mais par la force de la vérité. S’amuseroit-on à prouver qu’on n’est pas porte cl'enfer et qu'on ne bastit pas le thresor de l' Antéchrist ?

Que doit-on respondre de mesme à tous les discours vagues de cette sorte qui sont dans vos livres et dans vos Avertissemens sur mes Lettres : par exemple, qu’on s'applique les restitutions en réduisant les créanciers dans la pauvreté ; Qu’on a offert des sacs d'argent à de sçavans Religieux qui les ont refusez ; Qu'on donne des bénéfices pour faire semer des heresies contre la foy ; Qu’on a des pensionnaires parmy les plus illustres Ecclesiastiques et dans les Cours Souveraines ; Que

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