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DIX-HUITIKME LETTRE 233
Ce sont là, mon Père, les divins principes de S, Augustin et de S. Thomas, selon lesquels il est véritable que nous pouvons résister à la grâce, contre l'opinion de Calvin, et que néanmoins, comme dit le pape Clément VIII dans son écrit adressé à la Congrégation de Auxiliis : Dieu forme en nous le 5 mouvement de nostre volonté, et dispose efficacement de nostre cœur, par l'emjnre que sa Majesté suprême a sur les volontez des Jwmtnes, aussi bien qiie sur le reste des creatîires qui sont souz le ciel, selon S. Augustin.
C'est encore selon ces principes que nous agissons de 10 nous-mesmes, ce qui fait que nous avons des mérites qui sont véritablement nostres, contre l'erreur de Calvin, et que néanmoins, Dieu estant le premier principe de nos actions, et faisant en nous ce qui luy est agréable, comme dit S. Paul, nos mérites sont des dons de Dieu, comme dit le Concile de 16 Trente.
C'est par là qu'est destruite cette impieté de Luther, condamnée par le mesme Concile, Que nous ne coopérons en aucune sorte à nostre salut non plus que des choses inanimées, et c'est par là qu'est encore destruite l'impiété de l'école de 20 Molina, qui ne veut pas reconnoistre que c'est la force de la grâce mesme qui fait que nous coopérons avec elle dans l'œuvre de nostre salut : par oi; il ruine ce principe de foy estably par S. Paul : Qiie c'est Dieu qui forme en nous et la volonté et l'action. 25
Et c'est enfin par ce moyen que s'accordent tous ces passages de l'Escriture qui semblent le plus opposez : Convertissez-vous à Dieu : Seigneur, convertissez-nous à vous. Bejettez vos iiiiquitez hors de vous : C'est Dieti qui oste les iniquitez de son peuple. Faites des œuvres dignes de pénitence : 30 Seigneur, vous avez fait en notis toutes nos œuvres. Faitesvous un cœur îwuveau et %in esprit nouveau : Je vous donneray un esprit nouveau, et je creeray en vous un cœur nouveau, etc.
L'unique moyen d'accorder ces contrarietez apparentes, qui attribuent nos bonnes actions tantost à Dieu et tantost à 35 nous, est de reconnoistre que, comme dit S. Augustin, nos actions sont nostre d cause du libre arbitre, qui les produit, et qu'elles sont aussi de Dieu, d cause de sa grâce, qui fait que nostre libre arbitre les produit ; et que, comme il dit ailleurs. Dieu nous fait faire ce qu'il luy plaist en nous faisant vouloir 40 ce que nous pourrions ne vouloir pas : A Deo factum est ut velhnt, quod et nolle potuissent.