‹ Les lettres provinciales. Edited by H.F. StewartChapitre 35 sur 181 · Pères tr. 7, ex. 4, u. 223 C · texte numérisé non relu

Pères tr. 7, ex. 4, u. 223 C

dans sa Somme des péchez, en la page 710 de la première impression : Qiie les Confesseurs, dit-il, remarquent bien qu'on ne peut absoudre les valets qui font des messages deshonnestes, s'ils consentent aux péchez de leiirs maistres ; mais il faut dire le contraire, s'ils le font pour leur commodité tem- 6 porelle. Et cela est bien facile à faire, car pourquoy s'obstineroient-ils à consentir à des péchez dont ils n'ont que la peine ?

Et le mesme P. Bauny a encore estably cette grande maxime en faveur de ceux qui ne sont pas contents de leurs 10 gages. C'est dans sa Somme, p. 213 et 214 de la sixième Edition. Les valets qui se plaignent de leurs gages peuventils d' ettx-mesmes les croistre en se garnissant les mains d'autant de bien appartenant à leurs maistres comme ils s'imaginent en estre nécessaire pour égaler lesdits gages à leur peine ? Ils le 15 peuvent en quelques rencontres, comme lors qu'ils sont si pauvres en cherchant condition qu'ils ont este obligez d'accepter l'offre qu'on leur a faite, et que les autres valets de leur sorte gagnent davantage ailleurs.

Voilà justement, mon Père, luy dis-je, le passage de Jean 20 d'Alba.

Quel Jean d'Alba? dit le Père. Que voulez-vous dire? Quoy ! mon Père, ne vous souvenez-vous plus de ce qui se passa en l'année 1647? Et où estiez-vous donc alors? J'enseignois, dit-il, les Cas de conscience en un de nos Col- 26 leges assez éloigné de Paris. Je voy donc bien, mon Père, que vous ne sçavez pas cette histoire ; il faut que je vous la die. C'estoit une personne d'honneur qui la contoit l'autre jour en un lieu où j'estois. Il nous disoit que ce Jean d'Alba, servant vos Pères du Collège de Clermont de la 30 rue S. Jacques, et n'estant pas satisfait de ses gages, déroba quelque chose pour se recompenser ; qu'en suite vos Pères le firent mettre en prison, l'accusant de vol domestique, et que le procez en fut rapporté au Chastelet, le sixième d'Avril 1647, si j'ay bonne mémoire. Car il nous marqua toutes ces 35 particularitez-là, sans quoy à peine l'auroit-on cru. Ce malheureux, estant interrogé, avoua qu'il avoit pris quelques plats d'estain à vos Pères, mais qu'il ne les avoit pas volez pour cela, rapportant pour sa justification cette doctrine du P. Bauny qu'il présenta aux Juges avec un écrit d'un de 40 vos Pères, sous lequel il avoit estudié les cas de conscience,

24. passa en cette ville C. 25. dans un C. 32. que vos Pères s'en

estant aperceus le C. 88. Mais il soutint qu'il C. 40. avec les écrits B .

qui luy avoit appris la mesme chose. Surquoy Monsieur de Montrouge, qui est un des plus considérez de cette Compagnie, opina, et dit : Qu'il n'estoit pas d'avis que, sur des escrits de ces Pères contenans une doctrine illicite, pernicieuse 5 et contraire à toutes les loi naturelles, divines, et humaines, capables de renverser toutes les familles, et d'autoriser tous les vols domestiqties, on deust absoudre cet accusé ; mais qu'il estoit d'avis que ce trop fidelle disciple fust fouetté devant la porte du Collège par la main du Bourreau, lequel en mesme temps

10 brûleroit les escrits de ces Pères traittans du larcin, et defefise à eux de plus enseigner une telle doctrine, sur peine de la vie.

On attendoit la suite de cet avis, qui fut fort approuvé, lors qu'il arriva un incident qui fit remettre le jugement de ce procès. Mais, cependant, le prisonnier disparut, on

15 ne sçait comment, sans qu'on parlast plus de cette affaire-là, de sorte que Jean d'Alba sortit, et sans rendre sa vaisselle. Voila ce qu'il nous dit, et il adjoustoit à cela que l'avis de M. de Montrouge est aux Kegistres du Chastelet, où chacun le peut voir. Nous prismes plaisir à ce compte.

20 A quoy vous amusez-vous ? dit le Père. Qu'est-ce que tout cela signifie ? Je vous parle des maximes de nos Casuistes ; j'estois prest à vous parler de celles qui regardent les Gentilshommes, et vous m'interrompez par des histoires hors de propos. Je ne vous le disois qu'en passant, luy

25 dis-je, et aussi pour vous avertir d'une chose importante sur ce sujet, que je trouve que vous avez oubliée en establissant votre doctrine de la probabilité. Et quoy ! dit le Père ; que pourroit-il y avoir de manque après tant d'habiles gens qui y ont passé ? C'est, luy répondis-je, que vous avez

30 bien mis ceux qui suivent vos opinions probables en asseurance à l'oegard de Dieu et de la conscience ; car, à ce que vous dites, on est en seureté de ce costé-là en suivant un Docteur grave. Vous les avez encore mis en asseurance du costé des Confesseurs, car vous avez obligé les Prestres à les

35 absoudre sur une opinion probable, à peine de péché mortel. Mais vous ne les avez point mis en asseurance du costé des Juges, de sorte qu'ils se trouvent exposez au fouet et à la potence en suivant vos probabilitez. C'est un défaut capital que cela. Vous avez raison, dit le Père, vous me

40 faites plaisir. Mais c'est que nous n'avons pas autant de pouvoir sur les Magistrats que sur les Confesseurs, qui sont

1. feu Monsieur . . . estoit AB\ feu ... dit en opinant C, 10. avec

défense O. 28. après que tant d'habiles gens y C.

obligez de se rapporter à nous pour les cas de conscience, car c'est nous qui en jugeons souverainement. J'entens bien, luy dis-je ; mais, si d'une part vous estes les juges des Confesseurs, n'estes-vous pas de l'autre les Confesseurs des Juges ? Vostre pouvoir est de grande estenduë : obligez-les 5 à absoudre les criminels qui ont une opinion probable, à peine d'estro exclus des Sacremens, afin qu'il n'arrive point, au grand mospris et scandale de la probabilité, que ceux que vous rendez innocens dans la théorie ne soient fouettez et pendus dans la prattique. Sans cela, comment trouveriez- 10 vous des disciples ? Il faudra y songer, me dit-il ; cela n'est pas à négliger. Je le proposeray à nostre Père Provincial. Vous pouvez neantmoins reserver cet avis à un autre temps, sans interrompre ce que j'ay à vous dire des maximes que nous avons establies en faveur des Gentilshommes, et je ne 16 vous les apprendray qu'à la charge que vous ne me ferez plus d'histoires. Voilà tout ce que vous aurez pour aujourd'huy, car il faut plus d'une Lettre pour vous mander tout ce que j'appris en une seule conversation. Cependant, je suis, etc. 20

Page 1