‹ Les lettres provinciales. Edited by H.F. StewartChapitre 45 sur 181 · à croire B · texte numérisé non relu

à croire B

a,ucun ouvrage de chez nous qui n'ait l'esprit de la Société. Voilà ce qu'il estoit à propos de vous apprendre. Mon Père, luy dis-je, vous m'avez fait plaisir, et je suis fasché seulement de ne l'avoir pas sçeu plûtost, car cette connoissance engage à avoir bien plus d'attention pour vos Autheurs. Je l'eusse 5 fait, dit-il, si l'occasion s'en fust offerte ; mais profitez-en à l'avenir, et continuons nostre sujet.

Je croy vous avoir ouvert des moyens d'assurer son salut assez faciles, assez seurs, et en assez grand nombre. Mais nos Pères souhaitteroient bien qu'on n'en demeurast pas k 10 ce premier degré, où l'on ne fait que ce qui est exactement nécessaire pour le salut. Comme ils aspirent sans cesse à la plus grande gloire de Dieu, ils voudroient élever les hommes à une vie plus pieuse. Et, parce que les gens du monde sont d'ordinaire détournez de la dévotion par l'estrange idée 16 qu'on leur en a donnée, nos Pères ont crû qu'il estoit d'une extrême importance de détruire ce premier obstacle. Et c'est en quoy le P. le Moyne a acquis beaucoup de réputation par le livre de la Dévotion aisée, qu'il a fait à ce dessein. C'est là qu'il fait une peinture tout à fait charmante de la 20 dévotion. Jamais personne ne l'a connue comme luy. Apprenez-le par les premières paroles de cet ouvrage : La vertu ne s'est encore monstrée à personne ; on n'en a point fait de portrait qui luy ressemble. Il n'y a rien d'estrange qu'il y ait eu si peu de pi-esse à grimper sur son rocher. On en a fait 25 une fascheuse qui n'ayme que la solitude : on lui a associé la douleur et le travail, et enfin on l'a faite ennemie des divertissemens et des jeux, qui sont la fieur de la joye et l'assaisonnement de la vie. C'est ce qu'il dit p. 92.

Mais, mon Père, je sçay bien au moins qu'il y a de grands 30 Saints dont la vie a esté extrêmement austère. Cela est vray, dit-il ; mais aussi il s'est toiljoîirs ve%i des Saints polis et des dévots civilisez, selon ce Père, p. 191. Et vous verrez, p. 86, que la différence de leurs mœurs vient de celle de leurs humeurs. Escoutez-le : Je ne nie pas qu'il ne se voye des 86 dévots qui sont 2)asles et melancholiques de Uur complexion, qui ayment le silence et la retraite, et qui n'ont que du flegme dnns les veines et de la terre sur le visage. Mais il s'en voit assez d'autres qui sont d'une complexion plus heureuse, et qui ont abondance de cette humeur douce et chaude et de ce sang bénin 40 et rectifié qui fait la joye.

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