Or on ne
faites plus de difficulté de permettre l'autre sans déguisement. C'est ce qu'on a veû dans la permission de tuer pour un soufflet, qui de la simple spéculation a esté portée hardiment par Lessius à une pratique qu'on ne doit pas facilement 5 accorder ; et de là par Bscobar à une pratique facile, d'où vos Pères de Caën l'ont conduite à une permission pleine, sans distinction de théorie et de pratique, comme vous l'avez déjà veii.
C'est ainsi que vous faites croistre peu à peu vos opinions.
10 Si elles paroissoient tout d'un coup dans leur dernier excès, elles causeroient de l'horreur ; mais ce progrés lent et insensible y accoustume doucement les hommes, et en oste le scandale. Et par ce moyen la permission de tuer, si odieuse à l'Estat et à l'Eglise, s'introduit premièrement dans l'Eglise,
15 et ensuite de l'Eglise dans l'Estat.
On a veii un semblable succès de l'opinion de tuer pour des médisances. Car elle est aujourd'huy arrivée à une permission pareille sans aucune distinction. Je ne m'arresterois pas à vous en rapporter les passages de vos Pères, si cela
20 n'estoit nécessaire pour confondre l'assurance que vous avez eue de dire deux fois dans vostre 15 imposture, p. 26 et 30, Qu'il ny a pas un Jésuite qui permette de tuer pour des médisances. Quand vous dites cela, mes Pères, vous devriez aussi empescher que je ne le visse, puisqu'il m'est si facile d'y
25 répondre. Car outre que vos Pères Eeginaldus, Filiutius, etc., l'ont permis dans la spéculation, comme je l'ay déjà dit, et que de là le principe d'Escobar nous mène seûrement à la pratique ; j'ay à vous dire de plus que vous avez plusieurs Auteurs qui l'ont permis en mots propres ; et
30 entr, autres le P. Hereau dans ses Leçons publiques, ensuite desquelles le Eoy le fit mettre en arrest en vostre maison, pour avoir enseigné, outre plusieurs erreurs. Que quand celuy qui nous décrie devant des gens d'honneur, continué après l'avoir averti de cesser, il nous est j^^t'mis de le tuer ; non pas
35 en public, de peur de scandale ; mais en cachette ; sed clam.
Je vous ay déjà parlé du P. L'Amy, et vous n'ignorez pas
que sa doctrine sur ce sujet a esté censurée en 1649 par
l'Université de Louvain. Et néanmoins il n'y a pas encore
deux mois que vostre Père des Bois a soutenu à Koùen cette
40 doctrine censurée du P. L'Amy, et a enseigné qu'il est permis à un religieux de deffendre l'honneur qu'il a acquis par sa vertu, mesme en tuant celuy qui attaque sa réputation,
35, véritablement en public G,
etia-ni cum viorte invasoris. Ce qui a causé un tel scandale en cette ville là que tous les Curez se sont unis pour luy faire imposer silence, et l'obliger à retracter sa doctrine par les voies Canoniques. L'affaire en est à l'Olïicialité.
Que voulez-vous donc dire, mes Pères ? Comment entre- 5 prenez-vous de soutenir après cela qu'aucun Jésuite n'est d'avis qu'on puisse tuer pour des médisances? Et falloit-il autre chose pour vous en convaincre que les opinions mesmes de vos Pères, que vous rapportez; puisqu'ils ne défendent pas speculativement de tuer, mais seulement dans la 10 pratique, à cause du mal qui en arriveroit à l' Estât. Car je vous demande sur cela, mes Pères, s'il s'agit dans nos disputes d'autre chose, sinon d'examiner si vous avez renversé la loy de Dieu qui défend l'homicide. Il n'est pas question de sçavoir si vous avez blessé l'Estat, mais la religion. A quoy 15 sert-il donc, dans ce genre de dispute de monstrer que vous avez épargné l'Estat, quand vous faites voir en mesme temps que vous avez destruit la Eeligion en disant, comme vous faites, p. 28, 1. 3, Qice le sens de Beginaldus sur la q%testion de tuer pour des médisances est qu'un particulier a 20 droit d'user de cette sorte de défense, la considérant simplement en elle-mesme'} Je n'en veux pas davantage que cet aveii pour vous confondre. Un particulier, dites-vous, a droit d'user de cette défense, c'est à dire de tuer pour des médisances, e?i considérant la chose en elle-mesme. Et par 25 conséquent, mes Pères, la loy de Dieu qui défend de tuer est ruinée par cette décision.
Et il ne sert de rien de dire ensuite, comme vous faites, que cela est illégitime et criminel, mesme selon la Loy de Dieu, à raison des meurtres et des desordres qui en arriveroientSO dans l'Estat, et qu'on est obligé selon Dieu d'avoir égard au bien de l'Estat. C'est sortir de la question. Car, mes Pères, il y a deux loix à observer : l'une qui défend de luer ; l'autre qui défend de nuire à l'Estat. Eeginaldus n'a pas peut-estre violé la loy qui défend de nuire à l'Estat ; mais il a violé cer- 35 tainement celle qui défend de tuer. Or il ne s'agit icy que de celle-là seule. Outre que vos autres Pères, qui ont permis ces meurtres dans la pratique, ont ruiné l'une aussi bien que l'autre. Mais allons plus avant, mes Pères. Nous voyons bien que vous défendez quelquefois de nuire à l'Estat, et 40 vous dites que vostre dessein en cela est d'observer la loy de Dieu, qui oblige à le maintenir. Cela peut estre véritable,