‹ Les lèvres et le secret: PoésiesChapitre 35 sur 82 · LA COQUETTERIE DES HOMMES · texte numérisé non relu

LA COQUETTERIE DES HOMMES

Nous avons, nous aussi, nos fards, nos artifices, Nos crayons, nos carmins, nos kols, nos polissoii s, Notre coquetterie auprès de nos miroirs.

Nous peignons savamment nos cœurs avec délice. Elles, scrutent longtemps les tares de leur peau, La veine qui se gonfle, un signe, un pli nouveau Et savent avec art cacher la moindre ride.

Nous de môme, nous contemplons d'un œil avido Chaque forme que peut affecter notre esprit.

Nous pesons ce qui pleure et pesons ce qui rit ;

Selon le temps, la femme à qui nous voulons plaire,

Nous nous montrons avec une âme sombre ou claire;

Nous nous somme» si bien travestis, corrigés,

Avec de faux désirs, des rêves arrangés,

Des semblants d*enthousiasme et d'apparentes fièvres.

Des délires plaqués comme du rouge aux lèvres,

Un simulacre d'amertume ou de douleur

Que Ton ne peut jamais savoir notre vrai cœur.

Ah ! nous sommes égaux, chacun porte son masque !

Nous nous tendons les bras de loin, dans Tombre opaque

Que nous-mêmes avons tissée autour de nous. '

Elle allonge ses yeux, elle blanchit son cou,

Je doune à ma pensée des formes imprévues.

Chacun peint de son mieux son visage et son cœur,

L'un, c'est avec des mots, l'autre, avec des couleurs

Et nous gardons toujours des âmes inconnues.

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