LES RÊVES D'AMOUR
J'avais rêvé d'avoir des amours romantiques Auprès d'un lac perdu sous Tombre d'un château, Une jeune maîtresse aux yeux mélancoliques Qui, svelte, se serait serrée sur mon manteau,
Un clavecin ancien, des urnes, des bougies, Des bandeaux italiens comme dans les romans, Des mains d'ivoire avec des robes d'élégie.
Au fond d'un vieux salon plein de velours ardents.
Or, je me suis assis au fond des bars modernes, Berçant dans la fumée mes rêves de minuit, Et des filles, aux yeux que la fatigue cerne, Furent mes compagnons de chimère et d'ennui.
Dans des chambres d'hôtels pleins de voix éraillées, J'ai mené mon désir de sublimes amours, Je me suis contemplé dans des glaces rayées Auprès d'un corps flétri jusqu'au lever du jour.
Et j'ai pensé le long de l'escalier qui tourne, Dans la rue où tremblait l'aurore avec la pluie : Je meurs si je m'arrête ou si je me retourne. . . Et puis j'ai ri, j'ai ri de moi, de ma folie.
O Rolla de café, Roméo d'hôtel louche.
Tu t'en vas, d'un poison étrange consumé.
Du dégoût plein le cœur, de la lie à la bouche. Voilà la vie, es-tu guéri du mal d'aimer?..
Je l'avais cru. Mais quand je vois ma silhouette, Le romantiijue aspect de mon ombre au soleil, Je vois que c'est encor une ombre de poète, Qu'au rêveur de jadis je suis toujours pareil.
Car c'est là mon destin, mon malheur et ma gloire, De savoir que toujours la chimère trahit Et de traîner pourtant une ombre dérisoire.
Un double puéril qui croit lorsque je ris...