MAISON PUBLIQUE
maison close ainsi qu'une léproserie,
Avec tes murs de chaux par un mal blanc rongés,
Tes lanternes que font loucher les maladies
Et tes volets de fer comme des coeurs fermés I...
Salut, masque qui ris derrière le grillage, Salut, tête de cire au long rire sans dents I On dirait le passeur d'un funèbre voyage, On dirait du plaisir le blême confident.
. "•>^^->Tirffc< M*.!
SOIRS DE PARIS El' d' AILLEURS 167
Je songe en te voyant au batelier Ghdron, II faut mettre une obole aussi dans ta main vide... Le Styx ne coule pas, tu n'as pas d'avirons : Conduis pourtant là-bas ces passagers livides...
O séjour des parfums, des divans, des miroirs, Des lampes aux feux crus, des chaleurs électriques, . Des mortelles langueurs comme celles du soir, Que tu me parais beau, terrible et nostalgique I...
Les bruits des corridors pleins de formes errantes,
Les regards avilis, l'argent, les seins offerts,
Et cette voix au loin, cynique et suppliante,
Tout me charme et me plaît dans ce couvent de chair.
Je t'aime, pauvre femme assise à mes côtés ; Tu drapes ton peignoir par un reste de grâce ; Il flotte un soleil bleu dans tes yeux hébétés Comme une aurore boréale sur des glaces...
J aime la fade odeur montant de ce corps fauve Et ce plaisir du peuple où j'aspire la mort.
Le vulgaire poison du fard et de Tàlcôve ^ Donne une ivresse lourde exempte de- remords.
Et puis, au moins, lorsque la chair est assouvie, L'on juge par Tesprit et Ton voit par les yeiix. Il vous vient à la bouche un goût vrai de la vie, De son amer travail, de son plaisir affreux..