‹ Les lèvres et le secret: PoésiesChapitre 80 sur 82 · PLUS LOIN · texte numérisé non relu

PLUS LOIN

Plus loin ! Que veux-tu donc, ô cœur insatisfait ? Vois, la maison du soir ouverte pour t'attendre... L'odeur d'orange emplit le vestibule frais Et dehors le sureau tend ses bras de bois tendre...

Plus loin ! Paris, ses voix, ses larmes, ses plaisirs. Les bouquets, le salon, les aveux devant Tâtre, L'étoffe des coussins où traînent les désirs Et le tabac qui fait Tatmosphère bleuâtre.

Plus loin encor 1 les trains, les quais, les paquebots, Le sel piquant- de l'air, le goudron des cordages, Les ancres, les soleils vacillants et falots, La suie des ports, les pariasols, les coquillages...

Plus loin toujours ! Un homme, un seuil, une maison. Le pied fait peu de pas, J'œil voit peu de lumière, Tout bruit est pour Toreille également profond Et le bleu de la veine a Taspect de la pierre.

LA BEAUTÉ QUI FUIT

LA BEAUTÉ QUI FUIT

Chacun a sa beauté, il la recherche, il Taime, C'est un être dansant qui marche dans ses jours, Tous ses plaisirs n'en sont que les fuyants emblèmes, Il donne pour la voir sa peine avec amour.

Chacun a sa beauté ; pour l'un c'est une image, Pour l'autre un souvenir et pour l'autre une croix. C'est le contour d'un sein ou celui d'un rivage, Une lettre d'amour ou le vent dans les bois.

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Il la possède, il vit dans celle cerliiude Qu'il porte le secret d un trésor dans respril. Que ce soit une femme ou des livres d'étude Une forme de chair ou des rêves écrits...

Que ce soit la douleur ou le masque du rire, C'est elle, un idéal avec sa vérité.

Chacun la connaît bien, la conserve et l'admire. Moi je n'ai jamais su quelle était ma beauté.

Quelquefois je la sens, elle est là'toute proche, Je pourrais la saisir si je tendais les bras... Elle s'évanouit comme le bruit des cloches Et comme le passant qui s'éloigne là-bas...

Est-elle dans les yeux de la femme que j'aime. Dans l'étourdissement du voyage et des mers ?... J'ai beau chercher, j'ai beau regarder en moi-même, Je ne vois pas les feux du flambeau qui m'est "cher.

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Si lu restes comme un fantôme insaisissable, Si je ne vois jamais qu*une ombre ou qu'un profll De ce qui me paraît charmant ou désirable, Ah ! le but de la vie, alors, où donc est-il ?

Beauté, beauté qui fuis toujours, tremblante image,

Toi que j'ai poursuivie si désespérément

Sans même deviner la ligne du visage.

Que j'entendais parler et chanter vaguement.

Dans les derniers éclats des orchestres qui meurent. Que j'ai cru voir dans la flnesse d'une main, Dans la courbe du dos d'un pauvre homme qui pleure, Ahl pourquoi passes-tu, beauté, dans mon chemin?

Ton plaisir est amer, ta joie est incomplète^ Je n'éprouve jamais qu'un frisson de beauté... Une seule minute et l'ombre s'est refaite...

Pourquoi suis-je entre tous par toi déshérité ?...

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Les autres ont aux yeux des ardeurs plus durables. Moi seul, je te connais et ne peux te parler. Pourquoi suis-je effleuré de rêves admirables Que je ne dois étreindre ou même contempler 7

Pourquoi m'as-tu donné ces vœux contradictoires Et cette âme si pauvre et si riche à la fois, Qui porte tour à tour la misère et la gloire Et te chérit^ beauté, et ne sait pas pourquoi ?

J*ai dit que j'étais lâche à Tidée de la mort, Ingrat, faux et menteur pour tous ceux qui m'aimèrent. Dans Tamitiéy Tamour, malgré tous mes efforts De ne penser qu'à moi j'ai senti la misère.

J*ai dit m'ôtre exempté des devoirs et des lois, Que j'ai pleuré, ayant un cœur de pitié vide, Et que je fus toujours de mon bonheur avide, Que j'ai pris mon plaisir sans scrupule et sanâ choix.

J*ai tout dit : le dégoût, Tennui, la jalousie, Celle que j'adorais, dont je m'étais lassé, La femme avec son écœurante poésie...

La vie est médiocre et j'ai crié : Assez !...

Tout dire I n'est-ce pas le fait d'une âme basse Qui tire vanité même de ses défauts, De même que le pitre est fier de sa grimace, La femme de son fard et de ses rires faux?

N'est-il pas dans le cœur fermé de l'hypocrite Plus d'orgueil véritable et plus de dignité?... Pourquoi, puisque chacun sous un masque s'abrite, Prodiguer le trésor de ma sincérité ?...

Qu'importe ! J'aime mieux montrer mon vrai visage, Sa tristesse, les plis de la peau, sa laideur, J aime mieux mettre à nu, malgré son esclavage. Sa fadeur, ses désirs et ses tares, mon cœur...

Si jusqu'aux buts secrfets Ton s'applique à descendra, Si Ton trie avec soin ses plus chers sentiments, De même pour un feu brûlant depuis longtemps . Qui, bien que rçuge encor, n'est plus qu'un tas de

[cendres...

On s'étonne de voir que ces éclats brillants, Ces pensées qui semblaient faire de la lumière, Ne sont à l'examen d'un regard clairvoyant Que de pauvres débris, une triste poussière...

Ah I parler est un peu salir ce que l'on aime I Mais sans Télan qui fait que l'on se donne à tous, Sans ce frémissement de nos nerfs, de nous-mêmes, Sans ce cri déchirant, au fond, que valons-nous?...

Rien en moi n'est sacré, j'ai déchiré le voile. Que l'homme vertueux se détourne de moi I jfe vois dans mon ciel pauvre et presque sans étoile Un vrai morceau de bleu pour la première fois...

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