‹ Les liaison dangereuses drame en trois actes, mele de chantsChapitre 13 sur 35 · SCENE X · texte numérisé non relu

SCENE X

M“ DE TOURVEL, VALMONT madame de tourvel. Je n’en doute pas..' la raison et les bons conseils de M. de Valmont. [Avec surprise , en ne voyant plus Cécile.) Eh bien , elle est partie ! (A Valmont en te saluant. ) Pardon , monsieur.

» ( Elle fait un mouvement pour sortir.) ,

valmost. Eh! madame, d’où peut donc venir cet empressement cruel que vous mettez à me fuir ?

MADAME DE TOURVEL. CdtC question pourrait me sembler au moins singulière.

J’y vais répondre cependant avec franchise, monsieur. A compter du jour de votre arrivée dans le château de M mt yolre tante, vous avouerez, je crois, qu’au moins votre réputation m'autorisait à user de quelque réserve avec vous. Je conviens volontiers que vous vous êtes d’abord montré sous un aspect plus favorable que je ne l'avais imaginé; aussi n’ai-je pas craint de répondre aux premières lettres que vous m avez adressées: c’était une imprudence, et je m’en suis aperçue quand vos lettres devenues offensantes . .

valmost. Offensante!... quoi ! l’expression du sentiment le plus vif, le plus pur.

MADAME DE TOURVEL. VoiIS Oubliez eO-

core, monsieur le vicomte, à qui vous parlez : il ne peut exister de pureté que dans un amour vertueux ; le vôtre ne peut l’être, car la femme à qui vous vous adressez n’est plus libre de faire un choix.

valmost. Eh qu’importe ! si je n’exige point, si je n’espère point de retour ; si , entraîné par un sentiment irrésistible , je n’implore qu’une grâce, c’est d'être écoulé, non accueilli; si en échange de mon amour, je ne demande qu’un sentiment permis à toutes lésâmes tendres... la pitié, la compassion : est-ce se montrer trop exigeant?

madame de TOURVEL. On sait que monsieur le vicomte de Valmont ne se contente pas si facilement.

valmoxt , à part. Je le crois bien!

(Haut. ) Ah! que je reconnais là, madame, les impressions défavorables qu on a cherché à faire naître en vous su? mon compte.

On vous a. dit mes erreurs, sans vous en

dévoiler la came, et vous vous plaisez à

confondre ce que je fus alors avec cc que je suis à présent.

madame de tourvel. Oui donc aurait pu vous changer ainsi lout-à-coup?

v a lmos T. Oui? ne le devinez-vous pas?

un amour véritable , le premier de ma vie !

madame de toubvei/, en souriant . Le premier !... Pardon , monsieur ; mais que de fois vous avez dfl parler aiusi?

valmoht. Oui, je l’avoue...

MADAME DE TOU R V EL. VOUS avez de la

franchise du moins.

valmoht. Pourquoi feindre quand on ne veut pas tromper? J’ai pu m’abuser aussi.

Entré dans le monde , jeune et sans ezpérience, séduit, fasciné par des femmes, qui toutes se hâtent de prévenir par leur facilité une réflexion qu’elles sentent devoir leur être défavorable, était-ce donc à moi de donner l'exemple d’une résistance qu’on ne m'opposait point? Mais, je puis le dire, cette ivresse des sens n’a point passé jusqu’à mon cœur. Entouré d'objets séduîsans, mais méprisables, quel autre moyen qu'une prompte rupture pouvait me justifier d’un choix honteux ? On m’offrait des plaisirs , je cherchais des vertus ; et moi-même enfin, je me erns inconstant, parce que j'étais délicat et sensible. ( A part.) C’est assez bien tourné.

MADAME DE TOUBYEL, à part. C’cSt Ceendant là l’accent de la vérité! (Haut.) e crois en effet, monsieur, que vos premiers pcnchans pouvaient vous conduire au bien ; mais l’habitude de la dissipation a rendu le retour impossible.

valmoht. 11 est possible, madame, je le jure, je le sens. Ce changement, ce retour, sera-ce donc là l'un des plus grands miracles d'un amour vrai? Entouré de gens sans mœurs, j’ai imité leurs vices j 'fai peut-être mis de l’amour-propre à les surpasser. Séduit de même ici par votre exemple, sans espérer de vous atteindre, j’ai au moins essayé de vous suivre . «I cette action, dont vous me louez aujourd'hui , c’est vous , vous seule qui me l'avez inspirée. Voulez-vous donc détruire un amour qui fait ma gloire ! ne croyez pas que je vous outrage par une criminelle espérance : je serai malheureux, je le sais ; mais mes souffrances me seront chères, et je me croirai consolé parce qnc vous m’aurez plaint. Essayez de me ramener au bien; je ne demande que vos conseils, votre bienveillance : meitez-moi sous la protection de votre vertu ! sauvez-moi 1 par pitié ! par grâce} wrez-moi !

madame DE tourvu , acte exaltation. Et

qui me sauvera , moi !...

valmoht, transporté. Quoi!

madame de toubvel, se cachant la figure dans ses mains. Ah ! malheureuse ! , . .

valmoht. Adèle !

madame DE toubvel, comme sortant d un rfve pénible, et cherchant à se donner des forces.. Qu’ai-je donc dit? rien. .. rie». .. dont j’aie à rougir un jour. . . ce me semble Chérie , estimée d’un mari que

j’aime , je suis heureuse, et je dois l’être.. . Ah! sans doute, s’il existe des sentiment plus vifs, je ne les connais point, je ne veux point les connaître.. . Oui , je chéris les liens qui m’enchaînent; je pourrais les rompre que je ne le voudrais pas ; si j'avais encore à choisir, c'est lui, c'est encore M. de Tourvel que je choisirais ! . . oui...

Ah! on vient! tant mieux!

valmoht , à part. C'est là une véritable prière des agonisans , mais qui ne la sauvera pas.

SCÈN’E XI,

Madame de TOURVEL , là GÜl- MARD, DANCENY, VALMONT.

dahcehy , arrivant donnant le bras à la Guimard. Ah! Valmonl!... mon cher ami . . . pardon : c’est encore nous.

Valmoht , à part. D’où tombent-ils tous les deux ? * ’

dancehy. La voiture de M BC la duchesse a versé ici près. . . elle s’est trouvée mal. la cuimaJid. Oui , mon cher Valmont...

valmo' t , lui niontrant M“* de lourvel.

Silence ! -Jjt'

la guimabd Est-ce que ?...

dahcehx. J’ai pensé qu’on trouverait des secours ici. dfj

• valmoht , troublé. Sans doute. • • sans doute. ■ ■„ r r -

madame de TouBVBL , à la Guimard. Asseyez-vous, madame. . . Je v*is faire venir. . . faire appeler. . .

valmoht. Non... non... ce ne sera rien.

madame de toubvel. Il serait plus convenable, je crois, de transporter madame la duchesse chez madame votre tante.

valmoht, à part. Allons, elle aussi, elle en fait nne duchesse !

la guimard, assise. Je vous remercie mille fois, madame. . . ça n’a étéquel’effet d'un premier saisissement. .. C’est la faute de mon butor de cocher...

TA+tSOfll, cherchant £ lai couper (a pa~

ooqlc

r ole et postant auprès d’elle. Ou de vos chevaux, peut-être?

la guimabd. Oh ! non ... ils sont fort doux. Tous savez, Yalinout, ce sont ceux que m’a donnés le marquis d’Arauda.

valmoxt. Oui, oui, votre cousin.

la guimabd. O h ! nous ne le sommes plus.

MADAME DE TOURVEL. Il CSt heureux , madame , que vous vous soyez trouvé e près de ce pavillon.

la gl'imabd. Encore par la gaucherie de mon cocher qui s’est trompé de route, est revenu sur scs pas et m’a ramenée.. • ( S'apercevant des signes que lui fait Valmont. ) 11 n’y a pas de danger ... je me sens mieux.

MADAME DE TOUBVEL. Oui, voilà leSCOU-

leurs qui reviennent. . . Respirez ce flacon, madame.

dancext, bas à Valmont. Et Cécile? l’avez-vous vue?

valmont. Oui. , .

d argent. Vous lui avez parlé de moi?

vous loi avez remis ma lettre?

* v ALMOsT- Oui ; dormez tranquille 1 présent. Je crois que tout réussira au gré de mes désirs.

dancent. Oh? tant mieux! Voilà un ami !

valmoxt, à part, lis sont presque tous comme ça.

la gvimabd, à part, examinant M mt de Tonrvel, occupée à lui prodiguer ses soins.

Quoi ! c’est là cette pauvre femme qu’ils veulent perdre. .. Comme elle est douce et bonne !

MADAME DE TOUBVEL. Si VOUS De pOUVCZ accepter la proposition que je vous fais au nom de M" c de Rose monde, du moins, madame , ma voiture sera à vos ordres. Nous pouvons facilemeut regagner le château à pied.

la goimabd, à voix basse. N’esl-cc point vous qui êtes madame la présidente de Tourvel ?

madame de tourvel. Oui , madame ; aije l’honneur?. .

la guimard. II faut que je vous parle...

à vous seule. . . il le faut ! ( On entend le retour de la chasse. ) Je suis tout-à-fail bien ....

valmoxt, à Danceny. Allons, chevalier, remplissez votre charge.

( Il lui fait signe d'offrir sa mSÏn & la prétendue duchesse. )

la guimabd, à hl"” de Tourvel. J’accepte votre bras, madame.

(Ici, Chavigny, Crissé et quelques chasseurs entrent et paraissent stupéfaits en voyant 1a Oui*

snard donner le bras à M“* de Tonrvel. Ils saluent ces dames. )

daxcext. Au revoir, messieurs; je reconduis la duchesse qui a été indisposée.

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