‹ Les liaison dangereuses drame en trois actes, mele de chantsChapitre 23 sur 35 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

Madame de TOURVEL, CHA VIGNY.

chavigny. Vous permettez , madame , que je profile de votre solitude pour prolonger le plaisir d'être avec vous? Convenez pourtant que vous n’avez pas été juste envers moi.

madame de tourvel, souriant. Ah! l’on est injuste avec monsieur quand on résiste au langage séduisant qui trompa tant de femmes.

cua vigny . Mais on pourrait placer plus mal et plus imprudemment ses alfectioos.

madame de tourvel. Quand on a su triompher d’un pareil danger , il n’en est plus de redoutables.

chavigny. Vous croyez? Mais vous vivez dans une bien profonde retraite, madame ; et il me semble que vos rigueurs ont bien vite découragé des gens qui pourtant ont été moins maltraités que moi.

madame de tourvel. Je ne sais ce qoe vous voulez dire.

chavigny. Ali ! je rois que vous m’avez compris.

madame de tourvel, à part. Le méchant homme !

cba vicny. Seriez-vous assez bonne pour me dire où Valmont va chercher des consolations, puisqu’il ne paraît plus ici?

madame de tourvel. Et savez-vous si je veux le recevoir?

chavigny. Oh .' le danger est donc bien grand que la fuitcTdevienne nécessaire?

madame de tourvel , impatientée. Monsieur de Chavigny, que vous importe? 11

est des choses que votre esprit ne petit et t tne doit pas comprendre , malaxe sa supé- | riorité : ce sont les sentimens que la vertu peut inspirer à une ame délicate.

chavigrt. Et Valmont comprend cela, loi?

MADAME DE TOURVEL. Encore!. . . FaUtil vous dire ; monsieur , que ce ton m’offense, et que je ne vous accorde pas le droit.

chavigbt. Des droits? je n’en eus

jamais, madame!... et devant le portrait de votre mari! oh! non. .. seulement, j’observe ce qui se passe :

Ain : Vaudeville de la Robe et les ballet.

Certain souvenir m'importune :

Faible naguère, et d’amour enivre*, le vous offris mon nom et ma fortune.

Un autre me fut profère.

( U frtfe /es yeux sur le portrait. )

Celui-là seul avait blessé mon ame ,

Et seul il m’était odieux !...

Mais à présent il »e pourrait , madame,

Qu’il me fallût eu tui'r deux.

MADAME DE TOURVEL , Ù paît. Ce$t UD

homme dangereux; ne l'irritons pa*.(//oué.) Vos observations, monsieur de Chavigny, sont rarement indulgentes. Vous voyez tout en mal.

cbayigry. Je vois du cœur d une femme ce qu’elle s’en cache 11 clle-mêinc, et cela m’offre parfois un spectacle curieux.

madame de tourvel. Mais vous pourriez vous tromper.

chayigey. Je me trompe rarement, madame.

Madame de tourvel. Vous avez de tout notre sexe une opinion que je crois fausse :

soyez convaincu , monsieur, que, malgré l’exemple , malgré son cœur peut-être, il es* plus d’une femme qui demeure constamment attachée à ses devoirs, et qui saitgarder une vertu sévère, même au milieu des dangers du monde.

ctiA viGrtY . Si j’en connais une autre que vous, je veux être damné.

MADAME DE TOURVEL. Ah ! ça UC SC peut

pas.

chavigry. C’est comme j’ai l’honneur de vous le dire.

madame de TOURVEL. Vous voyez la société de notre époque plus coupable qu’elle n’est.

chavigry. Et vous la voyez comme elle n’est pas.

MADAME DE TOURVEL. S’il eSt des COCUrS

égarés , espérons que Dieu les touchera!..

Il en a déjà ramené dont les erreurs. . . ; .

chavigrt. Ah! vous voulez parler de Valmont? Ou assure , en effet, que sa conversion est complète ; mais j’en doute.

MADAMB DE TOURVEL. Puisse le Ciel VOUS

accorder la même grâce qu’à lui !

chavigrt. Quand je croirais, madame, à cette conversion , elle me prouverait que Valmont est devenu fou. Ce fut toujours un esprit faible ; c’est étonnant la peine qu’il m’adonnée ! je l’ai niis dans le monde avec les meilleurs principes ; et , sans moi , il aurait lait mille sottises, et pas une folle : sa brillante réputation il me la doit!.. .

madame de tourvel. Oui , vous le perdiez, et Dieu a permis qu’il vous échappât.

julte , annonçant par la porte de gauche.

L'abbé Anselme, et M, le vicomte de Valmont.

coaviciiy. Valmont 1 . . .

madame de tourvel. Oui , monsieur!..

( A Julie. ) Qu’ils entrent ; et vous, vcuiliee rester.

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