SCENE IV
PRÉVAL, CHAVIGNY, VALMONT, CRISSE, d'ARM INCOURT.
valmokt. Soyez les bien-venus, messieurs !
chavicky. Il faut bien vraiment venir te chercher, puisqu’on ne te rencontre plus nulle part.
valmokt. V ous me voyez charmé de vous recevoir.
chavicky. Nous venons près de toi remplir l'office d'amis dévoués.
crisséi T’éclairer sur le danger de ta situation.
CHAViGKr. Te donucr encore quelques bons avis.
crissé. Et te déclarer ensuite que nous t'abandonnons, s’il n’y a plus de ressources.
valmokt. En vérité , vous m’effrayez !
chavicky. Valmont , tu es un homme perdu! .
valmost. Oui-dà?
chavicky. Jusqu’à présent, nous avons pris ta défense; mais il n'y a plus moyen d’y tenir ! les faiseurs de quolibets ont trop beau jeu.
yalmokt. Expliquez-vous !
chavicky. Comment! que nous nous expliquions? Ah ça! ne devines-tu pas ce qu on raconte de toi partout ; le brillant Valmont est devenu le plus niais des amoureux.
valmokt. Pardieu ! il me paraît plaisant que de pareils reproches inc viennent de Chavigny !.. de Chavigny, amant jaloux et passionné de la Guimard!. . .
crissé rt les autres, riant aux éclats. Ah, ah , ah ! cela serait-il vrai ?
chavicky , s’efforçant de sourire. De la Guimard !... ah ! ah !.. . mais qui t’a si bien instruit? Au reste, il ne s'agit pas de cela. N’essaie pas de nousdonner le change, vois-tu : c’est de toi qu'il s’agit, Valmont, de la renommée passée, de ta réputation future , et tu dois nous savoir gré de notre démarche.
valmokt. On s'occupe donc beaucoup de moi dans le monde ?
chavioky. Le moyen de parler d'autre chose!... Tous les yeux n’élaient-ils pas fixes sur toi ! était-il une femme qui ne s'enorgueillit d’un seul de tes regards?
valmokt. Ahl..
chavicky. Tout cela a disparu pour faire place aux railleries amères , aux piquans sarcasmes, aux plaisanteries méritées : ton trône s’est écroulé, Valmont, et c’est une prude qui le renverse.
valmokt. Vous croyez?
chavioky. Je l’avouerai , quand je t’ai vu diriger tes projets de ce côté, j’ai rêvé pour toi un beau triomphe ! . . . . Cette inexpugnable vertu dont on fait tant de bruit , lombdra , me disais-je , et c’est à Valmont , à Valmont seul , que cette glorieuse victoire est réservée!.... Alors, quelle auréole environnera son front ! qui uc se courbera devant lui ?
valmokt. Tu pensais cela?
chavicky, à part. Il y viendra. ( Haut.) Mon amitié jouissait d’avance de ta gloire!.. mais, au lieu de cela , savoir qu'en tous lieux, dans les cercles , au bal , au théâtre, on rit de toi, on te raille, on te chansonne !
valmokt. Des chansons !...
chavigky. Oui, pardieu!., et de fort drôles sur tou amour , ta constance et ta passion romanesque... valmokt. Est-il possible ?
chavicky. Tiens, en voici une que j’ai retenue.
Air nouveau de M. Hoche .
Sous le capuchon Qui cache sa honlc ; l).ins un long sermon Qui donc nous en conte ?
lion!
C’est un noble vicomte!
Non !
C’est le frère Valmont.
De l’homme de bien Approches, mesdames;
Ne craignes plus rien.
. Maris, pour vos femmes !.. .
ilor. !
C’est le tendre vicomte ?
Non ! etc.
Comme il s’est montré Soumis à sa belle 1 Quel liliserere 11 chante avec elle 1. ..
Bon !
Paix au constant vicomte !
Non!
Paix au frère Valmont!. ■ .
Voyex-lrs tous deux Marmottant un psaume !...
valmokt. Assez , Chavigny ! assez.
chavicky. Ecoute donc, mon cher, il y a trente-trois couplets!
valmokt. Et vous n’avez pas imposé sileuee ?...
chavicky. Que diable pouvions-nous dire?. . . tout cela n’est- il pas de la plus exacte vérité? . . •
valmokt. La vérité!., la vérité!..
chavicky. Ne roucoules-tu pas, depuis trois mois, comme défunt Ainadis des Gaules? n'es-tu pas plongé dans une stupide adoration devant la guimpe de ta dévote ? ne t’es-tu pas livré , pieds et poings liés t à une passion ridicule qui absorbe
tous tes moraens, compromet ton avenir, et nous condamne à te plaindre ?
valmont. Peut-être. . .
ch a vigny , à part, lion !.. le voilà qui capitule ! . . . ( Haut. ) 11 n’y a pas de peutêtre , mon cber : ta passion est un fait.
valmont. Qu'cn savez-vous?
chavigny. Pardieu! j’eu appelle à ces messieurs!...
valmont. Qui vous dit qu'il ne m'a pas pris toul-à-coup une fantaisie d’élre discret? Je ne veux plus publier ines bonnes fortunes qu’en masse.
ckavigny. Et nous verrons en tête de la liste ?
crissé, riant. Marie-Madeleine Gui mardi Ah ! ah ! ah !
valmont, regardant Chctoigny. Pourquoi pas?
cha vigny. Non, messieurs... nous n’y verrons qu’un seul nom; toujours le même pendant trois mois!.. . Allons, allons, lu es perdu ; et tu attendras que ta chère présidente , effrayée par son confesseur, ramenée par son mari, ou sctjuitc par un autre amant, te donne ton congé.
( 1U rient. )
valmont. Mon congé!... Et si vous étiez tous dans l’erreur ?■ . prenez-y garde ! vous vous êtes déjà trompés une fois sur mon compte !... Si les niais qui me raillent , si les insolens qui me chansonncnt m’avaient .méconnu ? si cette prétendue passion n'existait plus? si dans le moment même où vous êtes entrés, j’exerçais mon imagination pour trouver le moyen de rompre avec clic d’une manière éclatante ?
en a vigny . Cela serait admirable!., mais cela est impossible !
valmont. Impossible!... en es-tu bien sûr?
chavigny. L’empire de ta présidente est trop bien assuré : elle a trop solidement attaché la chaîne.
valmont. Cela n'est pas vrai !
chavigny. l.a preuve ?
valmont. Je romps avec elle.
chavigny. Quand?
valmont. Dès demain !
chavigny. Oh ! demain !. . nous savons ce que cela veut dire!. . demain n'arrive jamais.
valmont. Eh bien! aujourd’hui même!..
mais le moyen ?
chavigny. Pardieu, il y en a un tout simple ! Une lettre bien tournée , dont on tait circuler des copies. . .
crissé. J’en rcticus une.
valmont. Ah! oui, je comprends!
chavigny. Il ii’ osera pas!
valmont. Vous croyez?
chavigny. Sans doute.
valmont. Eh bien ' dictez vous-mêmes.
ciiAvicNr. En vérité?
valmont. Je vais me placer là , asseyezvous!.. j’écris.
chavigny. Ma foi , si tu fais cela , je te déclare un héros, et nous le rendons notre estime.
valmont, assis à la table dans le cabinet.
Dictez donc? . . vous allez voir!
chavigny, à part. Je savais bien que je l’y amènerais !. . (Haut.'/ Allons, soit !. . . Asseyons-nous , messieurs.
(Us s’asseyent ; Valmont est à la table, dans le cabinet. )
valmont. Je tiens la plume.
chavigny. Il faut commencer par t’excuser! . .
crissé. C’est juste . . .
chavigny. Ah, j’y suis! (Dictant.') « On » s’ennuie de tout, mon auge ; c’est une loi > de la nature, ce n’est pas ma faute. »
crissé. Très-bien!
chavigny. N’cst-ce pas, on doit débuter par les procédés. ( A Valmont.) As -tu écrit?
valmont. Oui.
chavigny, dictant. «Si donc je m’ennuie » aujourd’hui d’une aventure qui m'a oc- » cupée entièrement trois mortels mois , « ce n'est pas ina faute. »
crissé. A merveille!
chavigny, à V uhaont. Tu y es, Valmont?
valmont. Sans doute !
cHAvic.N s, dictant. "Si, par exemple,
" j'ai eu juste autant d’amour que toi de « vertu, il n’est pas étonnant que l’un ait « fini eu même temps que l’autre , ce n’est
• pas ma faute. »
crissé. Oh 1 c’est excellent! . .
chavigny, dictant. Tiens, ajoute; «Je » sens bien que voilà une belle occasion » de crier au parjure ; mais si la nature
• n'a accordé aux hommes que la con- » stance, tandis qu'elle donnait aux fem- « mes l’obstination, ce u’est pas ma faute.»
valmont. Ah !.. .
chavigny, se leeant. Eh bien, tu t’arrêtes?. . Qu'cst-ce que je disais?. . Allons, messieurs, il est inutile de continuer.
valmont. Pourquoi cela ?
chavigny. Déjà tu (léchis ?. .
valmont. Qui te l’a dit?
chavigny. Pardieu... je le vois bien...
Pauvre garçon!
valmont. Tu te trompes... laleltreest charmante !.. Je voudrais l’avoir inventée. .,
crissé. Ecrire, c’est bien!. . mais il s’a-| gît maintenant d’envoyer la lettre.
CHAVIGXY. C’est juste ! . .
v almont» Vous doutez encore de môs senliinens?... Tenez, voici l’adresse. ( // écrit r adresse.) « A Madame la Présidente » de Tourvel. »»
chavigxy Ma foi , il n’y a plus rien à dire si elle reçoit celte lettre.
valmont. Elle la recevra. ..
chavigxy. Tu es notre héros, notre orgueil , notre modèle.. . (A part.) Et moi!
je sois vengé de la prtide!
Am : Guerriers , défendez votre eerur.
( Wallace )
De l'avenir il nous répond :
Dennis trop long-terns il sommeille!. .
Inclinons-nous. Il se réveille!
Mes amis, honneur k Valmont!
Honneur ! honneur au grand Valmont !
TOUS
De l'avenir il nous répoud , etc.
( Ils soi lent. )