‹ Les liaison dangereuses drame en trois actes, mele de chantsChapitre 34 sur 35 · SCÈNE VI · texte numérisé non relu

SCÈNE VI

VALMONT, Madame de TOURVEL.

valmont. Ah ! c’est vous, Adèle!.. Vous vous ôtes fait bien attendre.

madame de tourvel, agilité. Moi?.. Pardon.

valmont. Je m’étonnais, je l'avoue : je me demandais quelle occupation si pressante pouvait vous faire oublier l'heure qui m’avait été promise?

madame de tourvkl. Oublier!... Jusqu’à ce jour, Valmont, ma vie n’a-t-clle pas été tout entière dans les momens que j'ai passés près de vous?

valmont, avec quelque effort. Trois mois de bonheur peuvent paraître longs.

MADAME DE TOURVEL. Trois ÏI 101 S ! Il les a comptes !

valmont, toujours avec effort. C’est qu’une affaire importante m’appelle dehors... ( // remarque /’ agitation de AI"" 1 de Tanrocl. ) Mais qu'avez-vous donc? Pourquoi vous troubler ainsi pour quelques paroles. . .

madasie de tourvel. Oh non! vos rcproches injustes, vos paroles glacées, Valmont, je les recueille aujourd’hui avec avi-

dité ! Redoublez avec moi de froideur et d’injustice : tant mieux I. . Vous me rendrez du courage, et j’en ai besoin.

valmont, étonné. Comment ?

madame de tourvel. Oni,Valmont, je suis venue près de vous, résolue à rompre ces nœuds coupables.

valmont. Rompre nos nœuds!... {A part. ) Ah !.. . ilg disaient donc vrai?

madame de tourvel. Le remords s’est fai! entendre. Je veux, je dois renoncer à ce criminel amour qui m’a perdu! — Je viens vous redemander ces jours de repos que vous m'avez ravis .

valmont. tju’cntcnds-jc ? Adèle, est- il possible?.. Me quitter!., m’abandonper !..

Adèle !...

MADAME DE TOURVEL. Ail !.. . CC DOIR !...

c’est le seul que j'aime à entendre sortir delà bouche!.. Car, pour loi, je n'étais, je ne voulais ôire qu’Adèle !. . Mais à ce nom il en a clé joint un. autre, et l’homme qui me le confia , l'homme à qui j’avais promis de le respecter , il revient !.. .

valmont. Ah!

madame de tourvel. Bientôt, peut-ôtre, il me redemandera cet amour que je lui ai juré au pied des autels! C’est à ces mômes autels que je sais allée me prosterner ce matin, implorant de mou Dieu ses conseils et sa force!.. J’ai long-tcms prié, Valmont, pour vous et pour moi !...

C’est la cause de mon retard , car je n’ai quitté l’église que pour vous rejoindre et vous dire adieu. valmont. Adicn!. . vous!. .

madame de tourvel. Ne m’as-tu pas entendue'?. . 11 sera ici. . . bientôt!

valmont. 11 revient?..

madame de tourvel. Ab!. . lu le comprends tout ce qu’il y a pour moi de toormens dans ces denx mots: Il revient!.. .

Eh bien ! comprends donc aussi ce que je souffre, tout ce qu’il y a d’horrible dans ma situation! Cet homme, sur qui je n’oserai plus lever les yeux , il ne m’a jamais offeusée! Chacun de ses regards déchirera mon cœur ; chacune de ses paroles éveillera un remords ! Ouand il m'environnera des témoignages de sa tendresse, car il m’aime aussi lui ! . . faudra-t-il donc que je ne trouve en moi que l’idée de le trahir, de le tromper encore? Non, non!..

Je ne veux point me condamner à une vie d'hypocrisie et de mensonge!.. Il saura tout!.. Sans cela, il inc faudrait voir devant moi avilir sa tendresse si pure ? Sans cela il me faudrait trembler sans cesse ?..

Je n’oserais plus dormir, Yalinoul , j'aurais peur de mes songes !

valmoet, à part, avec émotion. La perdre! . . ah, je le seus maintenant , ce sacrifice est au-dessus de mes forces! f Haut.) Ne suis-je donc plus rien pour toi? N’y a-til donc de sacré au monde que cet amour tyrannique qu'impose la société ? Ton Dieu n'a-t-il pas aussi entendu nos sermeus? et plus forts, plus dignes de lui, car ils étaient libres !. . Non , lu es 4 moi , à moi seul , car c’est à moi seul que tu t’es donnée volontairement.' En perdant ton amour, il a perdu ses droits !

madame de TounvEt. Oh ! tais-toi ,Valmont !... ne cherche pas à m’offrir une vulgaire et misérable excuse. Quand je sois tombée, j’ai senti toute la profondeur de ma chute; mais c’était pour loi que je tombais, et ma chute ne m a point clïrayéc.

valmoet. Pour moi !... et maintenant mon bonhenr, ma vie, mon amour, tu sacrifies tout à un autre!

madame de tovrvel. Laisse-moi m’en aller! . . ne cherche pas à me retenir!.'.'.

Ce passage qui m’a conduite vers toi, il est encore ouvert! • . adieu!.. Ne songe plus à moi!., ne f informe pas de mou sort!.. D’autres femmes te cousoleront, toi ! . . Ëh ! qui pourrait ne (ras f aimer?. Adieu !...

(Elle va vers la porte latérale, YalmooL l’a précédée , a ôté la clef, et l'a jetée loin de loi. )

valmoet, avec passion. Tu ne sortiras pas ! . . Tu es à moi !.. La voix de mon amour fera taire ces remords insensés qui me désespèrent !... Eli quoi ! ai-je donc perdu tout mon empire 1 Toi , Adèle, renoncer à moi !. . Toi, inc quitter.

madame de tovrvel. Oh, de grâce , par pitié, ne cherche pas à combattre une résolution qui déjà m’a coûté tant d’efforts... Laissc-inoi te fuir ! . .

valmont. Jamais!

madame db tovbvel. Tu m’aimes donc encore?

valmoet. Plus que moi-même je ne pouvais le penser!. . Plus que ma vie !

MADAME DK TOURVEL. Ah!. .

VALMOET. Mais toi ?

madame de tovbv el. Plus que mon honneur ! . .

valmost, passionné. Mon Adèle !

madame de tovrvel. Misérable créature que je suis !.. un mot, un seul mot de toi m’a déjà rendue à ma faiblesse.'. . . Sois donc le maître de ma destinée! Mais écoute , avant de décider de nouveau de mon sort , de mon avenir tout entier, songe bien quels sacrifices nous nous imposons désormais l'un et l’autre !.. Devoirs, sermons , estime publique , je foulerai tout

aux pieds !... Tous deux il nous faudra braver les mépris de ce monde qui nous observe, et qui nous jugera?.. Pour loi, je trahis, j’abandonne l'époux qui m’aime cl que je vénère ; j’offense le Dieu que je redoute !... Eh 4ien ! je m’en seus la force !. . . mais toi, songes-y, Valmont!..

ce monde si brillant qui t’environuait de scs prestiges et de son admiration , il se ferme pour toi !.. . un seul amour pour toute ta vie !... Quand je renonce à ces devoirs si doux à remplir et qui autrefois faisaient mon bonheur , renonceras-tu, loi, à ces vanités qui autrefois faisaient la gloire? Encore uoe fois, songez-y bien...

les sarcasmes amers de tous ces faux amis, qui n’honoraienl en toi que les vices , ils vont le poursuivre : te sens-tu la force de les braver?

valmokt , passionné. Oh oui ! je te le jure !.. Et que me donneraient-ils donc en échange de ce qu’ils me feraient perdre ?

Ah! que n’ai-je plutôt écoulé mes peuchans et non leurs leçons?.... J’ai trop vécu pour eux et non pour moi!.... j’ai, trop long-tems sacrifié mon bonheur à leur bon plaisir !... à toi ! à toi seule pour la

madame de tovbvel. Pour la vie, Valmont!...

Valmoet. Mais lu ne prononceras plus ces mots çrucls qui m’ont fait comprendre à quel point je t’aime!... Tu ne parleras plus de me fuir!...

MADAME DE TOVBVEL. Esl-CC OUC j’aifdît

cela ? Est-ce que je l’ai voulu ? Te fuir , A almonl ! . . . cela se peut-il? Mais toi, lu es mon bien, mon bonheur , mon existence !. . . Oh ! reste, reste là !.. . dans mes bras !... toujours... qui donc voulait m’arracher d’ici ? qui oserait se placer entre nous ? Est- ce que nous n’avous pas été créés l’un pour l’autre ? Est-ce qu’il y a dans mon camr une sensation qui ne soit pas la tienne?... Nous séparer !... ali !

ils sont fous ceux qui ont du cela !...

valmoet. Oui !... rien ne nous séparera !

Il n’y a pas de bonheur possible sans toi!..

r.HAVicEY, dans la coulisse. Ouvrex , ouvrez, vous dis-je, ou j’entrerai malgré vous.

madame de tovrvel. Qu’cntcnds-je ?

valmoet. C’est Chavieiiy.

madame DK tovbvel. Ah !... il faut fuir !

Valmont, livrer notre secret à un tei homme !...

CHAVIGHY. Ouvrirez-vous enfin ?

madame DE tovevel, près de tu porte latérale . Cette porte... elle es* fermée!.,, la clef!... la clef!.. „ a

valmoîct , cherchant ta clef . Où la trouirer ? '

chavighy ) (tans la coulisse . Je 1 entends ! j 'entrerai ï * • •

valmoht. Que faire ?

madame de tourvel. Æh !... dans ce cabinet !...

(Elle entre dans le cabinet et ferme la porte ; au même instant Chavigny entre par le fond. )

SCÈINE VII.

.VALMONT, CHAV1GNY, M« de TOURVEL, dans le cabinet .

chavichy > entrant . Enfin !. . . . on a bien de la peine à parv enir jusqu’à loi !

valmoht. Et quel motif si pressant te contraint à forcer ma porte ?

chavighy. Le même qni l’oblige à me la défendre.

valmoht. Que veux-tu donc?

chavichy. Une femme était ici avec toi.

valmoht. Que t’importe?

MADAME de tourvel , dans le cabinet . Oh !

je tremble!..

( Elle s'assied contre la table. ) ^ CHAVICHY , lui montrant un mantelel qui est à terre .

Tu prétendrais en vain le nier., voici qui l’accuse et te condamne.

valmoht. Ah ça, es-tu mon père ou mon tuteur ?

chavichv. J’étais ton ami.

valmoht. Et lu cesserais de l’être parce* qu’une femme est venue chez moi ?

CHAVICHY. Oui ... si cette femme était celle dont tu me sais occupé; si me choisissant pour ta dupe, comme j’ai déjà cru m’en apercevoir, tu roulais me donner un ridicule.

valmoht. Eh quoi ! c’est pour la Guimard !...

chavighy. Pour la Guimard !. . . . soit !

mais je sais qu’elle ne voit plus que par tes yeux !

MADAME de tourvel , à part . Que dit-il?

chaviohy. Un de mes gens l’a vue ce matin venir chez toi !

madame db tourvel , à part dans le cabinet .

Serâit-il vrai ?

chavichy. Elle y est encore!

valmoht, riant . Ah! ah! je ne m’attendais pas à celle-là.

chavichy. Voilà une gaîté qui vient mal à propos, je te déclare que ceci est sérieux.

valmoht. Et moi, je te jure que c’est • fort plaisant ( A demi-voix et avec amer tume . ) Ah! il fallait reuoncer pour être digne de toi à sine femme adorable , un modèle de grâces et de dévoûment sublime, et cet homme supérieur , si exigeant envers les autres, il est jaloux d'une danseuse.

chavichy. Jaloux ! non !

valmoht. Elle me l’avait dit... je ne voulais point le croire .

chavighy. Ah ! tu l’as donc vue. • . elle est donc ici? Je l’ai entendue.

valmoht. Et si tu t’étais trompé ?

chavichy. Qui donc serait-ce? Ce n’est point de Tourvel, car depuis plus de trois heures son mari est de retour .

madame dk touhvel , à part. Qu’entcndsjc ! mon mari !

Elle s'appuie surla ta bc# valmoht. Silence !

chavighy. Où est Marianne ?

valmoht. Le sais-je?

madame de touhvei , à part , jetant Us yeux surla lettre écrite par Valmont.

Unclettre à mon adresse. . . Ah ! puisset-il se justifier !

( Elle lit la lettre.)

chavichy. Valmont, lu veux te jouer de moi , mais malgré toi je la trouverai.

madame de toubvel , qui a achevé de lire la lettre.

Ah ! tout est fini !

( Elle tombe contre le porte. Là bruit qu'elle fait en tombant éveille l'attention de Chavigny et de Valmont. )

valmoht. Grand Dieu !

chavighy. Qui est là?

valmoht . Ce n’est pas elle.

chavighy. Tu mens !

valmoht. Malheureux!

chavighy. J’entrerai.

valmoht , se plaçant devant la porte. Je te le défends.

chavichy. J’entrerai , te dis-je !

valmoht. Tu passeras donc sur mon corps !

chavichy , tirant son épée. Eh bien , soit !

Je vais te punir de ta perfidie.

valmoht. Et moi de tes exécrables conseils !

( liste battent. )

madame DE tourvel, revenant belle. Ah!

quelle horrible seine!... Où suis-je? mais, non, non, non, ce n’est point un songe...

la voilà, celte lettre, la voilà ! Où est-il?

( Elle se précipite hors du cabinet.) Au moment où la porte s'csl ouverte , Valmont a reçu un coup d'épéc ; il place la main sar sa blessure et s'appuie sur un fauteuil. Le dnrl a cessé. Les personnages sont places dans l’ordre suivant : Valmont s'appuyant sur le dossier d'uu fauteuil, M“>' de Tourvel , Chavigny.

chavichy. Il avait raison.

( 11 jelte son cpée loin de lui. )

madame de touhvel. Une épée !... Pourquoi vous battez-vous? Esl-ce pour moi ?

me voilà , Valmont.

valmoht. Dieu! ma lettre !

MADAME DE TOURVEL. Oui , U lettre , je

l'ai reçue; cltfc est enfin parvenue à son'

adresse ; 6 le pins lâche des hommes !...

que t'avais-je donc fait? Pourquoi me défendre de te fuir quand toi-même m’avais déjà si cruellement sacrifice à tes dignes amis? Mais, Valmont, il se sont joué de toi , car, je n’en doute point, voilà celui qui t'inspira cette noble résolution — Tu ne sais donc point le motif qui le faisait agir? 11 m’a aimée avant loi, Valmont, et c’est par toi qu’il s’est vengé de mes dédains.

valmont. Lui !

madame de tourvel. Ainsi trompé , moqué par ceux qui sans doute t’ont poussé à cet horrible gloire de trahir, d’immoler une femme qui l’avait donné sa vie , tu as été aussi faible que tu as été cruel et méprisable !

valmont , il chancelle et tombe sur le fauteuil. Ah !

madame de tourvel. Grand Dieu ! que vois-je? Blessé. . . il est blessé !...

valmont. Et de main de maître. . .Vous êtes vengée. Vous voyez que le ciel est juste.

chavigny. Qu’ai-jc fait?

valmont. Ah ! si le plus coupable avait dû succomber , Chavigny , la Guiinard serait débarrassée de tes tendresses.

madame de tourvel. Valmont ! Valmont !... Ali ! du secours ! du secours !

valmont. Non! à quoi bon? ils Seraient inutiles , et , sur l'honneur, je ne voudrais point recommencer à vivre.

chavigny. Qui vient ? Danceny.

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