‹ Les ligues Étolienne et Achéenne: leur histoire et leurs institutions, nature et durée de leurChapitre 20 sur 56 · W., XL · texte numérisé non relu

W., XL

(3) FoBtel de Coulanges, Conquête de la Grèce par les Aomaifu, p. 96 : « On relève les statues de Lycortas. On semble chercher ces anciens défenseurs que Ton a trop peu suivis, ces nobles et sages amis de l'indépendance. On ne les trouve plus. Le fils de Lycortas était pourtant alors en Grèce ; il ne s'offrit pas à sauver la liberté... ; c'est que, dans l'intervalle, il était devenu Romain. »

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rintention de gagner des partisans à l'union fédérale, tous promettaient et distribuaient aux classes inférieures le droit de cité. Tous travaillaient donc, les uns de parti pris, les autres sans le savoir, à assurer les progrès de la révolution politique et sociale dont les germes existaient dans toute la Grèce.

Si Gléomène promettait l'abolition des dettes et le partage des terres, Aratus essayait de recruter parmi les métèques une nouvelle classe de citoyens favorables à la ligue. En 227 , il surprend Mantinée : son premier soin est de donner le droit de cité à une catégorie d'habitants que Plutarque désigne sous le nom de (xiTotxoi (1) ; or le biographe emploie le même terme en l'appliquant aux hommes de basse extraction que Gléomène gratifie du droit de cité (2). La ligue distribue des terres, sous condition que les nouveaux propriétaires n'aliéneront point leurs lots (3).

La lutte entre riches et pauvres , citoyens et habitants de condition inférieure, était déjà très vive dans le Péloponnèse à la fin du troisième siècle. Quand Mégalopolis est ruinée par Gléomène, la discorde éclate même entre les citoyens ; les colons , les nouveaux habitants comptent des partisans dans ce corps de privilégiés. En effet , certains citoyens proposent que les « propriétaires » « xTy)fA«Tixo( » contribuent en cédant le tiers de leurs terres à l'établissement de colons (4). Les propriétaires refusent.

Ainsi on peut distinguer dès l'origine dans la confédération, une classe de riches' propriétaires , une classe moyenne de citoyens (5), partisans de la démocratie modérée, qui portaient au pouvoir les représentants des grandes familles , enfin une multitude exclue du di*oit de cité, où ne l'exerçant que sous certaines restrictions.

L'admission de Sparte dans l'union achéenne eût hâté l'avènement des classes inférieures au pouvoir et rendu la révolution plus imminente , si le gouvernement fédéral n'eût pris des mesures sévères contre l'intrusion des trop nombreux citoyens de Lacédémone. Philopœmen transporta en Achaïe tous les Lacédémoniens qui avaient reçu des tyrans le titre de citoyens; ils

(1) Plut., AraU, 36.

(2) Plat., AraU, 38 : « iroXXov; tôv iistoCxadv è|Ji6Q(Xà)v tlç xiiy iro>iTs(«v. »

(3) Recueil épigr., n* XI. 1. 12.

(4) Polybe, V, 93, 6 et 7 : « elv^^pstv âovro Sctv toùç xTT)|MiTixoi»c xà rpCrov (lipoc T^c Y^c eU tVjv Tûv icpoaXaii6avo|iiva)v olxY)T6pttv àvaicX^pcMiv. »

(5) Polybe, X, 26 (année 209). Poljrbe rapporte que les violences da roi de Macédoine irritent la classe moyenne des Achéens : « iroXXoOc èX^i i tâv *Axaiâv, xai {i^tara tovç |UTp(ouc dEvfipoc. »

étaient plus de trois mille. Ceux qui refusèrent de subir la transportation furent vendus : et le produit de leur vente fut consacré à la construction d'un portique à Môgalopolis (1).

Polybe ne dissimule pas, malgré Taversion qu'il éprouve pour les démagogues , que leur parti remporta d'aborà légalement et fut mis à la tête de la ligue par le plus grand nombre des citoyens Âcbéens (3). A ses yeux, l'œuvre vraiment illégale et révolutionnaire n'est accomplie que le jour où le stratège se fait donner un pouvoir dictatorial. En réalité , c'est bien cet acte qui détruisit la démocratie et institua en sa place une tyrannie démagogique.

Les derniers stratèges de la ligue sont de vrais tyrans. On ne peut les considérer comme des dictateurs , car ils ne sont pas investis provisoirement de Tautorité absolue : la constitution de la ligue a été profondément modifiée à leur profit. Gritolaos se soulève contre les magistrats qu'il aècuse de révéler le secret de leurs réunions à Gn. Papirius; il méconnaît l'autorité de la TepotKrCa (3). U semble que le conseil exécutif des démiurges, établi à Torigine pour contrôler le pouvoir du stratège et partager avec lui l'autorité fédérale, a disparu dans cette révolution; eu 146 , Diœos délibère avec un comité de cinq membres (4). Les stratèges ont confisqué tout le pouvoir des collèges de magistrats,

des auvap^(ai (5).

Enfin, de magistrat devenu maître absolu, le stratège démagogue agit comme tous les tyrans que la multitude porte au pouvoir. D ordonne la suspension de toute poursuite contre les débiteurs, l'affranchissement et l'armement des esclaves : le peuple applaudissait à toutes ces mesures (6).

(1) Plut., FhUop., 16.

(2) Poybe, XXXYIII, 2, 13 : « àiceipCav xai xocxCav tc5v xparoOvTùiv : • XL, 3, 9 : ft 5ià n^v tûSv irpos^TcortAV àSouXidcv xal $ià n^v I5(av dlvotav. »

(3) Polybe, XXXVIII, 5, 7 : « icapàvoftov, » « xupCou; tîvai (toùç orpaTYi-

yoùç) ; » XXXVIII, 4, 7 et 5, 1 et 4 : a KaTav(<jTaTo (jl^^v twv àpx6vTwv, »

«TâvSiTijcrcpouaCac ^uXotiivcov iiriXa|A6avéa0at xai xœXiSeiv aOrèv tûv toioO- Tuv X6y«»v. »

(4) Polybe, XL, 4, 5 et 9, et 5, 1.

(5) Polybe, XXXVIII, 4, 7 et 5, 1 et 4. (Test contre les magistrats de ces collèges que Critolaos dirige ses accusations : « néna xà Xeyéiisva 8i' àTto^^TCdv iv xaiç ovvoipx^^^ SiQcaotfcTv, » et « xaTocvCoraTO {Jièv tûv àpx^vTCdv. »

(6) Polybe, XXXVIII, 3, 10 : a Hap^rreiXe (ô KpiTÔXaoç) xoî; <Spxov<ri, |i^ îcpàt- TCiv TOÙc àfetXéToc, \u^i 9capa8éxea6ai xoiic ànayotiivouç eU fvXaxi^v icpdc xà xp^s* xal ToOç épdtvovc iTTipiâvouc iroieTv , i ûc àv Xd^^ rà tou icoXé|iou xpi<7iv ; » et 1 1 : « irpic 1CÔCV x6 ffapftfffXXâpLevov Stoiiiov liv x6 icX9}0oc. » Remarquons cependant que nous ne saurions tirer de ces textes aucune conclusion sur le caractère de la

102 LES LIGUBS ÉTOLIENNB ET AGHÉENNE.

Tel semble avoir été lo caractère des révolutions que subit la ligue achéenne. Gouvernée à Torigine selon les principes d'une démocratie modérée qui confiait la gestion des affaires publiques à une élite de grands citoyens, elle connut, pendant les dernières années de son indépendance, le régime de la tyrannie démagogique. La révolution qui substitua un mode de gouvernement à l'autre agit dans le Péloponnèse, comme dans le reste de la Grèce^ progressivement et par les mêmes moyens ; l'eitension du droit de cité fut la cause principale qui transforma la société achéenne et ses lois (1). Il faut reconnaître pourtant que Tavènement définitif de la démagogie, bientôt renversée ])ar les vainqueurs (2) , fut longtemps retardé par la sagesse et la vigueur des hommes d'Etat que cette démocratie aimait à s'imposer dans l'intérêt de l'union fédérale.

révolution , si nous ne savions en même temps que la constitution achéenne fut modifiée d'une manière radicale. En effet, les mesures ci-dessus mentionnées n'auront force de loi que pendant la guerre : « e&c &v \éJ6iQ xà toO noXéiiou xpîffiv. »

(1) Cf. Fustel de Goulanges, Cité antique, p. 324-328, et 403-404.

(2) Polybe, XL, 14, 4 : « xf^ç iic(Yevo(iiv7}ç ix tovtcov iitnLOLxoi^Œxéauaç. i»

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