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CHAPITRE PREMIER

LA LIGUE ACHÉENNE A-T-ELLE REPRÉSENTÉ ET SERVI LE PARTI ARIS- TOCRATIQUE EN GRÈCE ?

On a souvent représenté la ligue étolienne comme le champion des pauvres et des démagogues , comme un Etat où de nouvelles lois sur les dettes, sur leur réduction et leur suppression, étaient votées et établies selon un principe systématique et à toutes les époques; puis on y a symétriquement opposé la ligue achéenne , gouvernée par une aristocratie de riches propriétaires , offrant sur toute l'étendue du territoire grec protection aux riches contre les démagogues et les tyrans. La Grèce entière aurait eu à se prononcer pour l'un ou l'autre protecteur ; une cité ne se serait jamais unie, n'aurait jamais été annexée à l'Etolie que pour assurer le développement de la démocratie ; en revanche, la ligue achéenne n'aurait été qu'une association fondée pour amener la victoire des principes aristocratiques d'ordre et de propriété. Puis, au moment où il fallut se ranger au parti de Rome ou de la Macédoine, chacun aurait choisi un protecteur de son opinion. Philippe de Macédoine , et plus tard Persée , auraient pris à cœur de favoriser les pauvres et les démagogues ; les Romains auraient adopté comme règle de conduite le maintien de l'aristocratie riche au pouvoir.

L'histoire nous a déjà montré qu'il n'exista point entre les deux ligues d'antagonisme permanent. Toutes les guerres qu'elles se firent peuvent être expliquées par des causes ordinaires. Entre 245 et 241 , la confédération péloponnésienne se trouve en opposition d'intérêt avec les Etoliens, qui possédaient de vastes territoires dans la péninsule. Rien de plus naturel que cette lutte : les Etoliens passent le golfe pour défendre leurs possessions que menacent les progrès d'Aratus. Et le stratège des Achéens a si peu

souci de réfréner la démocratie , qu'il a recours à l'alliance d'un démocrate, le roi Agis de Sparte (241).

Deux ans après, une alliance formelle succède à l'hostilité. A la mort d'Antigone Gonatas (239) , Etoliens et Achéens coalisés déclarent la guerre à Démétrius. Aratus s'associe encore, en 229. aux chefs des Etoliens dans une tentative malheureuse dirigée sur Corcyre.

En effet , les deux ligues, n'avaient été poussées l'une contre l'autre par une hostilité marquée qu'au temps où les villes achéennes voulaient s'assurer la prééminence sur le golfe de Gorinthe. Une confédération de villes bornée à la seule Achaïe ne pouvait avoir que ce dessein politique ; aussi les Etoliens durent-ils souvent protéger leurs villes de Naupacte, Fleuron et Galydon où les Achéens tendaient à s'établir. Ils eurent leurs partisans à Dymœ et à Fatras et occupèrent quelque temps la première de ces villes. Mais aucune des deux ligues n'était encore assez forte pour exercer une grande action politique en Grèce ; du jour où les Etoliens , à la faveur des querelles des successeurs d'Alexandre , fondèrent leur puissance dans la Grèce centrale et septentrionale et gagnèrent l'accès de la mer Egée et de l'Adriatique , peu leur importa le golfe de Gorinthe ; ils le dominaient par la possession de Géphallénie. Quand ils eurent absorbé l'Elide et la Messénie , l'accès du Fôloponnèse leur fut facile. De môme , dès que les Achéens, renonçant à une politique exclusivement proyinciale , se vouèrent, après l'adhésion de Sicyone , cà l'œuvre de l'union péloponnésienne , leur attention fut détournée du golfe de Gorinthe. Gomme ils n'eurent jamais une flotte considérable, ni le loisir de porter leur action hors du Féloponnèse dont l'unification leur coûta tant d'efforts et dura si peu , l'ancienne rivalité des deux ligues riveraines du golfe n'eut plus de raison d'être.

Gependant elles seront dans la suite plus d'une fois aux prises, mais toujours indirectement, pour le service d'un allié ou d'un protecteur. Folybe, dont la haine contrôles Etoliens est bien connue, dit que ce peuple se laissa dépouiller par Gléomène, en 228, des places de Mantinée , Tégée et Orchomène , par aversion des Achéens. Le ressentiment pousse bien rarement les hommes et les Etats à un semblable oubli de l'intérêt ; on croirait plus volontiers que les Etoliens , tenus en respect au nord par la Macédoine renaissante sous Antigène Doson , se souciaient peu d'intervenir activement dans le Féloponnèse et abandonnaient sagement leurs postes lointains d'Arcadie.

Devenue alliée et vassale de la Macédoine après Sellasie , la ligue

achéenne ne combat pas les Etolicns on son nom , mais comme auxiliaire de Philippe V. C'est lui qui a pris la direction de la guewe sociale ; c'est lui qui met fin aux hostilités. La ligue achéenne n'a pas plus d'initiative après l'intervention des Romains on Grèce ; elle ne combat les Etoliens que pour tenir parole à Philippe V et se retire de la lutte dès qu'elle en trouve l'occasion. Anliochus débarque en Grèce appelé par l'Etolic ; si Philopœmen eût voulu détruire la démocratie en réduisant la ligue rivale à l'impuissance , il devait entrer résolument dans l'alliance romaine. Au contraire, il se contente de faire repousser par ses concitoyens les offres d'Antiochus et s'efforce de s'en tenir à la neutralité. C'est la politique romaine seule qui poursuit la ruine des Etoliens et amène la dissolution de leur ligue.

La ligue achéenne s'est-elle engagée contre la Macédoine et mise dans le parti de Rome pour rester fidèle à une tradition aristocratique? Nous ne le croyons pas. Nous avons déjà essayé de démontrer combien une hostilité permanente contre les rois de Macédoine était loin de la pensée des hommes politiques de la ligue (1). — Il nous paraît également prouvé par les faits que les Achéens, loin de se joindre par entraînement à l'alliance romaine, n'ont accepté qu'à contre-cœur cette dangereuse amitié. Le parti « dit romain » de Gallicratès n'occupa jamais le pouvoir pendant de longues années ; il fut combattu et méprisé par les hommes qu'on nous représente comme les chefs de l'aristocratie péloponnésienne, en particulier par Lycortas et Polybe. Le grand historien et son père Lycortas avaient adopté le? maximes politiques de Philopœmen qui, loin d'appeler les Romains, mit tous ses soins à éviter leur intervention. S'il est vrai , dans une certaine mesure, que Polybe put se consoler de l'asservissement de sa patrie, en contribuant à apaiser les discordes qui l'avaient livrée au vainqueur , en constatant que ce vainqueur savait respecter la mémoire des grands hommes qu'il avait connus et aimés luimême (2) , je ne crois pas qu'il ait pris franchement parti pour les Romains et raconté sans indignation l'histoire de la conquête (3).

(1) Et la Macédoine eut des amis et des partisans parmi les membres des plus nobles familles du Péloponnèse. En 197, Cycliadas, exilé comme partisan de la Macédoine, accompagne Philippe. Or, Tite-Live (XXXII, 32), l'appelle vir iw signis.

(2) Polybe, XL, 7 et 8.

(3) M., XXXVIII , i : « Je raconterai ici comment fut consommée l'infortune de la Grèce. La Grèce, soit réunie , soit divisée, a subi bien des désas-

La politique romaine emprunta tour à tour dans le Péloponnèse le concours de tous les partis. Elle souleva contre la ligue achéenne, pour susciter des rébellions, tantôt la démagogie de Lacédémone, tantôt l'oligarchie de Messène; elle employa sans scrupules les peuples grecs les uns contre les autres pour les abattre successivement. Tous briguèrent son alliance gagnés par l'irrésistible attrait de la force , sauf la Macédoine , qui crut pouvoir lutter avec ses seules ressources. Les Etoliens gagnèrent pour Rome la bataille de Gynoscéphales. De même les discordes intestines furent pour le sénat d'excellentes occasions d'intervenir (1) : et l'intervention romaine parut aux partis un instrument de victoire. Mais il arriva parfois que les pères conscrits, sollicités par de trop nombreux clients, ne surent plus auquel des partis ils devaient donner leur appui (2). La multiplicité des sectes politiques qui se faisaient la guerre dans les villes grecques les étonna souvent.

Ainsi la ligue achéenne ne s'inspira pas , dans sa politique à l'égard des Grecs et des étrangers , du désir de favoriser l'aristocratie et d'humilier la démocratie. Peut-on relever dans son histoire intérieure des faits établissant que le gouvernement fédéral resta aristocratique jusqu'aux dernières années de l'indépendance hellénique? Nous ne le croyons pas davantage. Que de grands citoyens aient exercé une influence considérable , que certaines familles dévouées à l'union péloponésienne , comme celles d'Aratus et de Polybe, aient joui de tout temps d'un crédit particulier, détenu souvent le pouvoir , il faut le reconnaître. Mais ce fait

très ; pourtant, de tous ces malheurs passés, aucun ne peut être comparé à celui dont nous avons été témoins... Ce n'est pas seulement notre malheur qui doit exciter la pitié...; on plaint la destinée de Carthage ; j'estime que la Grèce est plus infortunée encore-, les Carthaginois ont, du moins, laissé à la postérité quelque raison de les défendre. Ils ont subi un désastre complet : nous, nous avons survécu à l'asservissement de la Grèce ; nous en sommes témoins. »

(1) Plut., Philop., 17 : « Rome, s'appliquant aux aft'aires de Grèce, voyait se plier môme les démagogues : « ÙTco)(,axa)c),tvo(j.évwv aÙToTç xwv à-/][i.ix^M-^G}v . »

(2) En 184, Lacédémone envoie quatre ambassades ù Rome :

1. Les anciens exilés demandaient qu'on obtînt pour eux restitution totale des biens confisqués.

2. D'autres exilés se contentaient d'une restitution partielle, et demandaient qu'on réservât une part à distribuer aux citoyens.

3. Un parti souhaitait la rentrée pure et simple de la ville dans l'union achéenne.

4. Les condamnés àmort par contumace sollicitaient le retour dans leur patrie. Le sénat romain ne sut se prononcer entre des réclamations si diverses , et

envoya une commission à Lacédémone, afin d'être mieux informé.

(Polybe, XXV, 4, 2-8).

s'est presque toujours [n-oduit mAme dans dos Etats purement démocratiques , h plus forte raison dans dos démocraties fédérati. ves dont les magistrats doivent être plus libres , moins soumis au contrôle du peuple , en un mot jikis puissants. L'assemblée des citoyens se réunissant en Achaïc à des intervalles très éloignés , le pouvoir exécutif n'était plus, comme à Athènes, simplement chargé de se conformer, presque jour par jour , à la volonté du peuple, à ses votes; les magistrats pouvaient être appelés à rendre des comptes deux fois par an , et encore quels comptes ? L'assemblée souveraine siégeait chaque fois trois jours au plus. On comprend que, dans ces conditions, il se soit formé, chez les Achéeus, comme une élite d'hommes habitués par tradition à gérer les fonctions publiques, que le peuple, ne gouvernant guère en somme que par délégation , ait donné sa confiance à ces personnages expérimentés. C'est là, si on le veut, une aristocratie , mais une aristocratie maintenue au pouvoir par la volonté du peuple.

Polybe exprime bien cet état de la constitution achéenue , quand il félicite Philopœmen d'être resté populaire , malgré sa rude manière d'exercer le pouvoir, dans « un gouvernement démocratique et de forme si variée , » OYiaoxpaTtxov xal TioXuetoÈç -koXi- Teu(xa (1). C'est une démocratie d'un genre particulier , mais pourtant une démocratie. L'historien achéen fait plus d'une fois l'éloge de ces institutions empruntées à l'ancienne association des villes d'Achaïe ; c'est grâce à elles que les peuples péloponnésiens ont pu se réunir en ligue (2). Il semble bien , d'après son témoignage , que les lois fondamentales de la fédération achéenne ne subirent point de transformation notable depuis l'accession de Sicyone jusqu'au mouvement démagogique dont Critolaos fut le chef. Mais le pacte originel dut être plus d'une fois modifié dans le détail , puisqu'un acte spécial réglait les conditions de l'entrée dans la ligue d'une ville ou d'un peuple nouveau (3).

(1) Polybe, XXIV, 9 , 3.

(2) Id., II, 38, 4 et 6.

(3) Cf. Recueil epigr., n» XI. M. Freeman essaie de déterminer exactement à quelle époque fut rédigée la constitution achéenne primitive (ibid. , p. 254) : « Nous avons des preuves en abondance pour montrer que la constitution fédérale fut formée tandis que la ligue embrassait seulement les petites villes de l'Achaïe primitive. Les plus grandes cités qui , dans la suite , se joignirent h l'union , furent admises dans un corps où les rapports et les devoirs des membres étaient (^éjà fixés et bien compris. » Sans doute, d'une manière générale, mais point dans le détail, puisque chaque ville, en devenant achéenne, signait

Aratus, que Polybc désigne comme le promoteur de l'union péloponnésicnne, exerça le pouvoir chez les Achéens, beaucoup moins en vertu d'une haute position officielle que grâce à son crédit personnel (1). En 227, ayant exercé la stratégie l'année précédente, il s'oppose à ce que les Achéens lui donnent pour successeur dans cette fonction , Aristomachos ancien tyran d'Argos ; aussitôt les auvEopot des Achéens rejettent Aristomachos. Puis Aratus se ravise; ses concitoyens changent d'opinion à leur tour et nomment Aristomachos stratège (2). La même année, au moment où s'engage la guerre contre Gléomène , Aratus empêche ce même stratège de livrer bataille aux Lacédémoniens; les Achéens s'indignent ; ils ont reculé devant une armée de cinq mille hommes (3). Lydiadas, son rival, profitant de cette irritation, l'accuse et brigue contre lui la charge de stratège. Aratus triomphe encore (4). On lui pardonne les fautes les plus graves. Battu à Ladokeia par Gléomène , il se présente à l'assemblée d'iï'lgium; les Achéens sont las de la guerre , mais ils autorisent le riche citoyen de Sicyone à continuer les hostilités à ses frais (5). Aratus gouverna donc comme une sorte de prince ; on le vit une fois entrer en charge avant la date légale (6) et ordonner des levées sans consulter le stratège Timoxène (221).

Cependant l'esprit démagogique, l'esprit révolutionnaire , existait déjà en germe au sein de cette démocratie qui se laissait gouverner par un homme supérieur. La ligue souffrait , dès cette époque , du mal qui travailla toute la Grèce. Pendant la guerre contre Gléomène, des séditions éclatèrent (7). A Sicyone même,

un traite particulier de fédération. Polybc nomme clnirement les trois termes dont se compose l'union; ce sont : t° les lois (sans doute les anciennes lois achéenncs; 2° les serments échangés ; 3° les stèles sur lesquelles on gravait les conventions, les conditions de l'entrée dans la ligue : « toù; ôpxouc, toù; v6jj.oui;, ta; TTifiXa; , à tuvé/ïi xriv xoiv/)v iîU(j.iro) ireiav rijj.ojv » (Polybe, XXVI, 1 , 4). — D'une manière générale, l'esprit pratique des anciens Grecs se serait mal accommodé de constitutions faites toutes d'une pièce, en vertu de principes abstraits.

(1) Freeman, ibid., p. 288 : « Périclès exerça un pouvoir aussi grand qu' Aratus; mais... il gouverna purement par la force de son caractère et de son éloquence personnelle : Aratus gouverna en vertu d'une haute position officielle. »

(2) Plut., Arat., 35.

(3) Plut., Cléom., 4.

(4) Plut., Arat,, 35.

(5) Plut., Arat., 37 : « i<\iri:^i<7(X'^xo [i.r\ SiSôvai j^p^^itata aÙTw, [irfiï (JiiTÔoçôpou; Tpéçeiv, àX>.' aÛTcrt 7topt!|£iv, el ôÉotTO, 7roX£[A£Ïv. »

(6) Polybe , IV, 7, 10 : « otov ovuw XrjYoyTr,; -rr); àç>'/Jli' "

(7) Plut., Arat., 39.

Aratus dut user de rigueur et mettre à mort les coupables (1). « Les peuples demandaient le partage des terres, des suppressions de dettes (2). «

Pendant la période suivante, Philopœmen gouverne, comme Aratus, en vertu de son influence personnelle. Il plie grands et petits à l'obéissance , soumet les nobles achéens à une sévère discipline dans l'armée , réprime cruellement les révoltes populaires et les sécessions de Sparte (3).

Mais la révolution politique et sociale avait fait de rapides progrès : Philopœmen, lui-même, sentant que la discorde se compliquerait bientôt de l'intervention étrangère, recommanda un jour au stratège Diophanès prêt à sévir contre Sparte , « de ne point susciter de dissensions intestines, mais de fermer les yeux, à l'occasion, sur les fautes commises (4). » Un jour même il refusa de se soumettre à la loi , afin d'épargner à Sparte de nouvelles rigueurs. Le stratège Diophanès voulant procéder sans retard , malgré ses conseils, à une exécution fédérale, Philopœmen ferma les portes de la ville à Ti. Quinctius et au chef de la ligue , calma les troubles par son intervention personnelle , et fit rentrer les Lacédémoniens dans l'union (5).

Nous avons vu déjà quels partis se formèrent dans le Péloponnèse après la mort de Philopœmen ; car , ce grand homme disparu, l'histoire intérieure de la ligue et son histoire extérieure se confondent; l'étranger a été initié aux discordes intestines des Achéens et saura en profiter. Pendant trente ans environ , sauf quelques intermittences , le pouvoir resta encore aux mains des mêmes hommes. Pourtant la révolution qui fera triompher la démagogie devait se préparer et gagner des partisans : un tel mouvement ne prend point naissance tout d'un coup. Malheureusement, nous avons grand'peiue à suivre, dans l'histoire mal connue et mutilée de cette dernière période, les progrès de la transformation politique et sociale.

En 180, il ressort clairement des conseils donnés par Gallicratès au sénat romain, que le parti de Lycortas et de Polybe est encore le plus puissant dans toutes les villes de la ligue (6). C'est le

(1) Plut., Ara!., 41 : « 'EttI toutouç elouTi'av àvuTteûOuvov à "ApaTo: ),aêwv , toùç [xàv sv 2t)cv)wvi ôi£cp6ap[A£'vou; aTiEXTEivc. »

(2) Plut., Cléom., 17.

(3) Polybe, XXIII, 12, 2 ; XXII, 23, 2.

(4) Plut.,P/uiop., 16.

(5) Plutarque, Philop., 16.

(6) Polybe, XXVI, 2, 4, 5, 6, 7.

parti des meilleurs^ toÙç xarà xo êiXiimov î(jTa(Ji£Vou; èv toT? îSîotç TtoXt-

Teu(jia(7tv (1). Mais ce parti est au pouvoir grâce à la volonté des simples citoyens. Gallicratès avoue qu'« il est en faveur auprès de la multitude et l'emporte aisément. » Les magistrats qui le représentent sont maîtres ; si Rome refuse de faire entendre des menaces, « tous seront bientôt unanimes dans cette opinion. » La terreur seule peut opérer un changement (2). Au moment de la guerre contre Persée , la politique de Lycortas , de Polybe et d'Archon a l'approbation de la majorité des Péloponnésiens , puisque Archon est élu stratège et Polybe hipparque (3). Gallicratès et son parti ne jouirent pas longtemps de la faveur publique, même après la déportation de leurs ennemis en Italie.

En 165, les amis des exilés avaient repris la direction des affaires de la ligue et leurs adversaires commençaient à perdre courage, lorsque la réponse malveillante du sénat romain aux ambassadeurs chargés de demander le jugement des Achéens captifs leur rendit quelque influence (4), Encore cette influence futelle souvent contre-balancée jusqu'au jour où les victimes de Gallicratès rentrèrent dans le Péloponnèse, car le peuple achéen implora quatre fois, en l'espace de dix ans, la clémence de Rome (5) avant d'être entendu.

La révolution démagogique éclata peu de temps après le retour des bannis ; et c'est parmi les ennemis de Rome qu'elle trouva ses chefs, Gritolaos, Diœos et Damocritos. Les révolutionnaires renversent les statues de Gallicratès et relèvent celles de Lycortas ; le mouvement n'est donc pas dirigé à l'origine contre les membres des nobles familles qui avaient si longtemps gouverné la fédération, mais surtout contre les Romains et leurs partisans. G'est sans doute au moment où les démagogues entrèrent résolument en hostilité et proclamèrent hautement qu'ils recherchaient la guerre contre Rome, que Polybe et tous les héritiers de la politique modérée de Philopœmen se séparèrent de ces « insensés » et abandonnèrent cette « multitude malade et fié-

(1) Polybe. XXVI, 3, 4.

(2) Id. , XXVI, 2, 4 : « àj^aïxwTÉpav eîvai Trapà 7ro),y xaurriV t:^v ûiioÔeitv xai vixriTtxwTépav èv toîç ttoXXoÎi;. » Ibid., 7 : « £v8o?OTépav xaî xaXXo) Trapà Toîç èx'^oii;. »

(3) Polybe, XXVIII, 6.

(4) Jd., XXXI, 8, 12.

(5) En 1G5, Polybe, XXXI, 8, 12; en 161, Polybe. XXXII, 7, 14; en 15G, Polybe, XXXIII, 1, 3 et 2, 1 ; en 154, Polybe, XXXIII, 13.

vreuse (1). « Polybe savait bien que l'issue de la lutte n'était point douteuse; la liberté était déjà perdue à ses yeux ; et s'il a souhaité non point la servitude, qu'il savait prochaine , mais l'abréviation d'une guerre inévitable et fatale, c'était dans la pensée d'éviter à sa patrie une part des désastres. Plus la bataille serait de courte durée, moins le vainqueur serait irrité, moins le Péloponnèse aurait à souffrir, plus la servitude serait douce. On retrouve bien cette pensée dans les œuvres de l'historien : « Comment n'avons-nous pas tous péri? Nous le devons à la fortune qui usa d'habileté et d'adresse pour nous sauver ; comme un bon lutteur, elle se servit des circonstances. Elle décida que nous serions abattus d'un seul coup, afin de mieux désarmer, par la facilité même de la victoire, le courroux des vainqueurs (2). » Polybe met au compte de la fortune l'œuvre du parti modéré, qui adoucit les Romains , en se retirant de la lutte d'abord ; et réussit, grâce à cette abstention, à jouer le rôle de méditateur après la défaite. Un grand historien a pu dire avec raison , dans ces limites, que « Polybe était devenu romain ; » il l'était devenu par résignation et par politique; je doute qu'il l'ait jamais été de cœur (3).

Les démagogues restèrent maîtres sans combat à l'intérieur et dirigèrent à leur gré la révolution qui éclatait. Cette révolution est marquée par deux faits 1° : la présence, dans les assemblées, d'une multitude d'artisans et d'hommes de basse condition ; 2° l'avènement au pouvoir absolu, à une sorte de dictature, des chefs du parti démagogique.

En effet, une des causes qui ont amené la révolution et fait de la démocratie achéenne une démagogie, c'est l'extension graduelle du droit de cité. Au moment où la ligue commença à se développer dans le Péloponnèse, grâce à Aratus, l'égalité civile n'était point établie chez tous les peuples de la péninsule. Or, tous les partis contribuèrent à étenlfee peu à peu le dr£)it de suffrage, pour des causes très différentes : rois réformateurs et tyrans de Sparte, stratèges achéens issus des grandes familles , les uns à seule fin de résister à l'expansion de la ligue, les autres dans

(1) Polybe, XXXVIII, 2. et XL, 3, 9.

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