Diaeos
2» Hipparque. — L'hipparqne était le second magistrat fédéral , le lieutenant du stratège. Rien ne prouve que les Achéens aient institué cette dignité pour remplacer une des deux charges de stratège supprimée à l'origine (1).
Pas plus que son chef, l'hipparque n'était investi d'un pouvoir purement militaire. Gette charge était, en effet, considérée, par les Achéens qui briguaient le pouvoir, comme une sorte de préparation à la stratégie. Polybe rapporte que les hipparques laissaient se relâcher la discipline pour gagner des partisans de leur candidature (2).
On peut remarquer aussi que l'hipparque, comme le stratège, prêtait serment au nom de la confédération quand une nouvelle ville s'adjoignait à l'union. Ge n'est pas là l'office d'un simple commandant de la cavalerie (3).
(1) Hypothèse de Wahner, ouvr, cité, p. 34.
(2) Polybe, X, 22, 10.
(3) Rec. ôpigr., n» XI, L. 7.
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Qu'il se soit appli({uc h cette tâche tout comme r6[)onyme veillait à la bonne organisation de rarniéo,il faut le reconnaître. Mais ses fonctions ne se bornaient point au devoir de commander la cavalerie. II commandait « en second » toutes les forces militaires des confédérés. Nous savons qu'il présidait aux exercices des troupes de toute arme, qu'il s'assurait que l'instruction des contingents n'était point négligée dans les villes et transmettait des ordres à tous les officiers (1).
3° Navarque. — Le navarque commandait, après le stratège, les forces maritimes de la ligue. Sa charge était permanente et non extraordinaire, comme Wahner le suppose (2). En effet, il est cité, dans les décrets d'union, à côté du stratège et de l'hipparque, avec lesquels il prêtait serment au nom du pouvoir central (3).
4» Secrétaire. — Le (4) secrétaire fut éponyme de la ligue achéenne tant qu'il y eut deux stratèges à la tête du gouvernement fédéral. L'autorité de ce magistrat fut, sans doute, diminuée de beaucoup depuis la modification de l'éponymat.
Nous n'avons pas à discuter de nouveau ici l'hypothèse de Wahner (5), qui met le stratège, l'hipparque et le secrétaire au nombre des sénateurs achéens ou y^po^Teç. Outre que nul témoignage des historiens grecs n'autorise une supposition de ce genre, il faut, pour le rendre vraisemblable, supprimer la BouXv] ou « conseil représentatif, » dont l'existence est pourtant bien constatée (6).
5° Hyposiratéges (7). — Les hypostratèges étaient des magistrats
(1) Polybe, X, 22, 8, 9. 10 et 23.
(2) Wahner, ibid., p. 38.
(3) Rec. épigr., n" XI : Autres exemples dans Polybe, V, 94, 7, et 95, 11.
(4) Et non les secrétaires, comme il est écrit dans l'article « Achaictm fœdus " du Dictionnaire des antiquités de Daremberg et Saglio.
(5) Wahner, ibid., note 82 , conjecture que la yspouTia se composait de ces trois magistrats et des dix démiurges.
(6) Il faudrait aussi supposer qu'ils prenaient part aux délibérations sans voter, puisque nous voyons une fois (en 198) les suffrages des démiurges se partager également dans le vote d'une relalio (Tite-Live, XXXIl, 20). Wahner prétend que l'historien latin se contredit, puisqu'il rapporte ailleurs que le stratège a le droit de sententiam diccre au congrès. Mais il nous semble qu'il y a une nuance entre les expressions « sententiam dicere » et o suffragium dare. » Le premier droit n'entraîne pas nécessairement le second (Tite-Live, XXXV, 25).
(7) Nous ne croyons pas qu'il existe dans les textes classiques une seule mention des iTritoaTpâTyiycit cités à l'article « Achaicum fœdus » du Dictionnaire des antiquités de Daremberg el Saglio. C'est sans doute une faute d'impression. « Dans certaines villes, il y avait au9«i des hippostratèges? »
chargés de commander les contingents régionaux. Ils étaient, semble-t-il , les représentants de la fédération et veillaient , en cette qualité, à l'organisation des troupes particulières de chaque ville ; peut-être les mêmes officiers sont-ils désignés parfois sous le titre de « oi xaxà iiiçoc; ■^-(i\i.miç, •> par Polybe.
Wahner a cru pouvoir conclure, d'un texte obscur de cet historien (1), qu'il existait chez les Achéens un seul hypostratège nommé seulement en temps de guerre. 11 conjecture, avec Merleker, que ce magistrat était le lieutenant du stratège, domi bellique prsBtoris vicarius. S'il en était ainsi, l'hypostratège ne serait point « un magistrat d'ordre inférieur. » En tout cas, il est prouvé que l'hypostratège n'était pas le lieutenant du stratège; il eût fait double emploi avec l'hipparque, qui était précisément investi de ces fonctions de lieutenant.
Polybe cite un hypostratège, Sosicratès, condamné h mort et exécuté en 146 (2), Mais qui peut affirmer que la charge dont il avait été investi n'était pas d'institution récente? Le résultat delà dernière révolution démagogique a justement été la modification des offices du pouvoir exécutif, Le stratège devient un tyran démagogique affranchi de la tutelle des anciens magistrats.
6° Ot aTroTÉXecoi. — Ces officiers, mentionnés une seule fois par Polybe , assistaient le stratège et l'hipparque dans l'organisation de l'armée et l'instruction des soldats (3).
Conseil des démiurges. — Le stratège et ses auxiliaires, rhii)parque et le secrétaire, ne pouvaient ni exercer seuls le pouvoir exécutif dans l'intervalle des sessions du congrès, ni suffire à l'expé-
(1) Polybe (V, 94, I) rapporte que le stratège, forcé de quitter l'année pour présider le congrès, laisse le commandement des mercenaires à Lycos de Pharae -. « Ôià tô toùtov ÛTroaTpàTyjyov tTvat t6t£ Trjç ffuvT£),£(aç Tr;; TraTpixr;;. » M. Vischer a proposé la variante Tfjç naTpaï/yjç. Mais cette moilification n'explique pas les mots Sià tô , qui marquent un lien causal entre la remise du commandement h Lycos de Pliarse et son titre d'hypostratège^ La phrase peut se traduire ainsi : « parce qu'il commandait alors le contingent de ses concitoyens, » de son pays, de Pharae, duv-cûxia TtaTpixïj. Il faudrait supposer, pour expliquer cette phrase obscure, l'existence d'une loi ordonnant au stratège obligé de quitter l'armée de laisser le commandement des troupes fédérales (les mercenaires sont dans ce cas) à l'hypostratège sur le territoire duquel il se trouve à ce moment. Mais ce n'est là encore qu'une hypothèse.
(2) Polybe, XL, 5,2. Le récit même de Polybe prouve bien que cet hypostratège a des fonctions toutes différentes de celles des autres magistrats de ce nom, et nullement militaires. Il est accusé d'avoir, quand il présidait le conseil de la ligue, proposé de mettre en délibération, ôia^oûXiov , les demandes de Cécilius. Et de ce chef, le Conseil de cinq le condamne à mort.
(3) Polybe, X, 23, 9.
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dition courante des affaires fédérales. Ils étaient aidés et contrôlés dans cette tâche par le comité de dix démiurges(o-/'|U.toupYoi-oa!Ji.topYoi).
En outre, il devenait nécessaire, en certains cas, de délibérer on secret, — par exemple [lour conclure une alliance, — et cependant d'initier à la délibération un nombre restreint d'hommes expérimentés et capables d'agir conformément aux intérêts comme à l'opinion de la majorité des Achéens. On ne pouvait convoquer l'assemblée à tout propos ; et le stratège ne devait pas rester maître absolu, seul juge dans de graves circonstances. Les démiurges partageaient sa responsabilité et limitaient en même temps son influence. En cas de conflit entre les membres du conseil et le stratège, le congrès prononçait. C'est ce qui arriva lorsque Philopœmen voulut faire abroger le décret en vertu duquel toutes les assemblées se réunissaient dans la seule ville d'^gium (1).
Les démiurges étaient donc comme un conseil exécutif et un comité secret de la confédération.
Ils étaient au nombre de dix, sans doute en souvenir de l'union des dix villes d'Achaïe. Cependant ce nombre resta le même à l'époque où la ligue comprit d'autres cités péloponnésiennes. Schorn et Merleker ont inutilement supposé que les villes achéennes avaient de tout temps conservé le privilège d'élire les membres du conseil des démiurges (2). Wahner rejette leur hypothèse, mais déclare que le maintien de ce nombre, après l'adjonction de villes situées hors de l'Achaïe , était une grave atteinte à l'égalité (3). Il faudrait, pour se prononcer, savoir de quelle manière on procédait à l'élection des démiurges. Les historiens grecs ne nous donnent à cet égard aucun renseignement.
A quelle conjecture s'arrêter? A coup sûr, les démiurges n'étaient point nommés par le stratège, puisque leurs fonctions consistaient à contrôler son pouvoir : témoin le conflit qui éclata entre Philopœmen et les membres du conseil. Il est tout aussi
(t) Tite-Live, XXX'VIII , 30. On écrit généralement damiurgis civitatium, qui siimmus est magistratus. Si la fonction est définie par Tite-Live summus magistratus, il ne peut être question, dans ce passage, de magistrats locaux, ce qu'indiquerait le terme damiurgi civitatium, par opposition à damiurgi gentis (Tite-Live, XXXII, 12). On pourrait corriger ainsi le texte : damiurgis, civitatium qui summus est magistratus. Le mot civitatium désignerait alors l'ensemble de villes qui forme la ligue. Polybe emploie quelquefois le terme al TiôXei; comme synonyme de tè êOvo; ; Tite-Live. qui le traduit souvent, aura sans doute suivi littéralement le texte grec et adopté la même synonymie,
(2) Merleker, ibid., p. 88. Schorn, ouv. cité, p. 63.
(3) Wahner, ibid., p. 39.
impossible d'admettre que les « Achéens d'Achaïe « aient ou seuls le droit de [irendre part à cette élection. Etaient-ils donc élus par le jjeuple réuni à l'assemblée de mai ? Mais, dans ce cas, en supposant une réunion complète des citoyens de la ligue, l'égalité était encore blessée. Polybedit que toutes les villes, grandes ou petites, exei'çaient les mômes droits. Or, si tous les citoyens prenaient part à l'élection et votaient par tête, il est certain que Mégalopolis, Argos, Corinthe, l'auraient toujours emporté. Reste à savoir si les démiurges étaient élus par le conseil représencatif, BouX-/i, ou par des délégations spéciales de citoyens; et notons bien (|ue ces délégations eussent fait double emploi avec le conseil représentatif.
Les démiurges se réunissaient à l'appel et sous la présidence (lu stratège (1). Ils délibéraient avec lui pour décider s'il y avait lieu do convoquer une assemblée extraordinaire (2). A l'assemblée , ils préparaient les propositions pour les soumettre au vote sous forme de relatio ^ et ils émettaient eux-mêmes un vote avant que le congrès eût à se jM-ononcer (3).
Le stratège les consultait avant de statuer sur les demandes d'audience à l'assemblée [u-ésentées par les ambassadeurs étrangers (4). Ils recevaient, des mains des envoyés achéens, les lettres adressées à la ligue parles chefs des autres Etats (5).
D'une manière générale , les démiurges étaient charges d'exécuter les décrets de l'assemblée, ou plutôt d'aviser, en délibérant, avec le stratège, aux moyens d'en assurer l'exécution. Ils préparaient .sans doute aussi les éléments des délibérations dans l'intervalle (jui séparait deux sessions ; et leur vote préalable avait certainement une grande influence sur les résolutions des représentants des villes (6).
Enfin, s'il fallait engager des négociations délicates, prendre même une décision à la hâte, quitte à se présenter devant le pro-
(1) Polybe, XIII, 10, 2.