‹ Les littératures de l'Inde; sanscrit, pâli, prâcritChapitre 48 sur 130 · POESIE BOUDDHIQUE · texte numérisé non relu

POESIE BOUDDHIQUE

crite, mais, par le fond, laisse bieD loin derrière lui ces gracieuses arausettes.

« Mon potage es1 cuit, mou lail esl tiré; au bord « l * * l.i M.ihi j'ai Bxé ma demeure : ma hutte esl close, mon feu esl allumé. El toi, ciel, pleus si tu veux. » — « .!<> suis Bans colère el sans obstination1; au bord de la Mabl pour une nuit je demeure; ma butte esl à tous vents, mon feu esl éteint. El toi, ciel, pleus si tu veux. » — «Il n'y a point ici de taons à craindre; sur le marais herbeux errent mes vaches : <|u'il pleuve, il ne leur en soucie guère. El toi, ciel, pleus si tu veux. » — «Je porte li';<' ma natte solide : je franchirais et déjouerais le déluge. Mais je n'ai pas même besoin de natte. Et toi, ciel, pleus si tu veux. » - « J'ai une bergère obéis santé el fidèle; depuis longtemps elle esl ma compagne el mes délices; jamais d'elle je n'entends de mal. El toi, ciel, pleus si tu veux. » — « Mon àme esl obéis santé et libre, depuis longtemps instruite et domptée : jamais en moi il n'y a de mal. Et toi, ciel, pleus si tu veux. » -- « Je suis serviteur à mes propres gages; j'ai des fils sains comme moi ; jamais d'eux je n'entends de mal. El toi, ciel, pleus si tu veux. » — « Je ne suis Ben iteur de personne ; avec mes biens je vais de par le monde; jen'ai point affaire du service d'autrui. Et toi, ciel, pleus si tu veux. » — ■ « J'ai des vaches, j'ai des veaux, et j'ai des pâturages héréditaires, el j'ai un taureau qui règne sur mon troupeau. El toi, ciel, pleus si iu veux. ))-■« Je n'ai vaches ni veaux, ni pâturages héréditaires, ni un taureau pour régner sur toul cela. E1 t"i. ciel, pleus si tu veux. » — « Les piquets sont

l.Ce début esl en jeuj de mots par a peu près : pakkôdana « qai a cuit Bon potage » s'oppose à akkôdhana a sans colère ■ el khira « lait » a khila o entêtement ».

y, LES LITTERATURES M. L'INDI

enfoncés, inébranlables; les cordes neuves, en bon chanvre solide : les veaux auronl beau faire, ils ne les rompront pas. El toi, ciel, pleus si tu veux.» « Comme un taureau qui rompt ses liens, comme un éléphanl qui déchire une liane moi, je ne rentrerai plus • la us mi ventre de femme. El i<>i. ciel, pleussi tu veux. - Emplissanl les vallées el les plateaux, voici qu'un grand nuage se mil à pleuvoir. Oyant le ciel qui pleuvait, le Riche Berger s'écria : — « Qu'il nous revienl bonne chevance d'avoir reçu la visite du Bienheureux ! En toi nous prenons refuge, ô Voyant! Sois notre maître, ô grand solitaire! — Ma bergère et moi, do ciles, ô Bienvenu, nous allons mener la vie pieuse, nous franchirons la vieillesse el la mort, nousverrons la fin de la douleur ! » — « Qui a des fils se réjouit en ses ii[> », dit Màra le Malin. « qui a des vaches se réjouil en ses vaches; le supportde l'homme fait sa joie, el qui esl sans support est sans joie. » — « Uni a des 61s s'afflige en -es (ils », dit le Bienheureux, « qui a, des vaches s'afflige en ses vaches; le support de l'homme tait sa douleur, et il est sans douleur, celui qui est sans support. » (Sutta-Pitaka, Sutta Nipâta, 1. 2.)

Le poète, semble-t-il, est .si plein de ses idées, qu'il ne songe même pas à établir entre elles un lien logique : le lien, l'auditoire le suppléera, car elles ne lui sont pas moins familières. Autant la dialectique du bouddhiste est réche et souvent pédante, autant sa méditation se laisse aller à tous les souffles de la rêverie : « détachement, innocence, renoncement, extase, paix, joie», ces mots voltigent sur ses lèvres. et on les sent écrits au plus profond de son cœur ; il a des « exhalaisons », — c'est son terme consacré,

poi sie mu nitiiiui i.

udâna, comparables ;'i relie- des grands mys tiques de noire moyen &£

Heureuse la retraite du voyant qui Bail La l"i el s'j complaît ! Heureuse la \ ie inoffensive qui se contraint ;'i ne gêner nulle autre vie ! Bienheureux qui ;i franchi tout désir el qu'aucune passion n'agite! Bonheur suprême de celui qui ;i banni la vanité de dire: « Je suis » ! \ inaya-Pitaka, MaJiâoagga, I. :!. 1.)

S. François d'Assise, Ste Thérèse étaient gais ; le Buddha aussi, et il recommandait la gaieté à ses disciples. < 'es lune- âmes durent à leur force même la discipline qu'elles s'étaient imposée, et ellecrurent devoir leur force à leur discipline : elles imposèrent leur conviction à il»"- millier- d'âmes croyantes, el de par cette suggestion puissante el douce des générations i litières ont çà et là, en quelques points isolés du temps et de l'espace, connu la joie de vivre. La poésie bouddhique, c'est l'intense effusion de reconnaissance de l'humanité envers ses miraculeux rédempteurs1 .

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