‹ Les littératures de l'Inde; sanscrit, pâli, prâcritChapitre 56 sur 130 · Visnu · texte numérisé non relu

Visnu

Les trois enjambées (p. 17), c'est tout ce que le Véda -ait du dieu solaire Visnu : la légende postérieure en sait bien davantage ; et d'abord, elle conte le détail de l'exploit. Le démon Bali régnait sur les trois mondes ; Visnu se présenta à lui sous les traits d'un nain, — le soleil à son lever : — il lui demanda autant de terre qu'il en pourrait couvrir en trois pas, requête aisément accordée ; le nain en trois pas franchit tout l'univers. Ainsi finit le règne des démons et commença celui des dieux.

1. Karpûramanjari (qu'on retrouvera au chapitre «lu théâtre), I. 22.

vrsxi n:

Autant (;i\;i esl repoussant, autant Visnuestgracieux : la clémence et la bonté dansla puissance. Un jour, à un grand sage, qui, venu pour l'éprouver, lui avait détaché un coupde pied clans la poitrine, il demanda doucement: « Mon fils, ne t'es tu pas fait mal'.' » Il n'esl pas étonnant qu'un dieu si tendre ait rallié autanl de sectateurs que le Bùddha, auquel il ressemble par bien dos points. Il a le même sourire accueillant, la même sérénité enfan tinc : mai- il a gardé plu- visibles ses vieux attributs mythiques : quatre bras, image simplifiée du rayonnement solaire; le disque et la conque, autres symboles de l'astre. Son attitude favorite est celle du sommeil de l'innocence : il dort, les yeux miclos ; et son oreiller, c'est le serpenl Çêsa, qui sou tient la terre, et dont les sept têtes lui Eont un dais dentelé.

Visnuesl 1<- rédempteur inlassable: ce n'est pas une fois, c'esl neuf, qu'il s'est incarné pour sauver le monde. Le poisson à qui Manu dut la vie p. l M. c'était Visnu ; et ce l'ut la son premier aoatâra a décente ». — Le mot sanscrit a été francisé. Plus tard, il se lit tortue <•) plongea aux profondeurs de la moi-: sur -a carapace solide, le- dieux étayèrent

le mont Maudira ; autour du inouï, comme une la

aière de baratte, ils enroulèrent le grand serpenl Vasuki.et il- barattèrenl l'océan. La civme qu'ils recueillirent, ce fui l'ambroisie, qui le- rendit immortels, el au — i la déesse de la beauté, Laksraî, I an-

Ils LES LITTEH \ l i KES DE L'INDl

rore radieuse, autre Aphrodite issue des flots amers. Laksmî est la fidèle épouse de Visnu, etcecouple adorable n'a. dan- son céleste bonheur, d'autre cha grinquela misère humaine, qu'il s'épuise à soulager.

Un nouveau déluge engloutit la terre: Visnu se Ht sanglier monstrueux, et, du bout de ses dé- Eenses, la repêcha au fond de l'abîme. Demi homme, demi-lion, il mit en pièces un démon cruel, à qui Brahmâ avait promis que dieu ni homme ni animal n'aurait raison de lui. Son cinquième avatar est celui du nain. Dans les suivants, il se confond avec les héros d'autres légendes hindoues, dont les croyants — hasard ou calcul ? — sont ainsi venus grossir la masse de ses fidèles : il esl Paraçu-Râma « lîàma à la hache », le héros de la lutte des brahmanes contre la caste des princes; il est Râma tout court, prince de la dynastie solaire, que nous retrouverons dans le Râmâyana; mais son incarnation en Krsna doit non- arrêter quelque peu davantage.

Un clan préhistorique de l'Inde, celui des Yâdavas, révérait traditionnellement un dieu jeune et beau, dit Krsna « le Noir ». Héros déifié après sa mort? ou soleil nocturne? Je pencherais bien plus volontiers vers la seconde hypothèse; car l'enfance et l'âge viril de Krsna ressemblent à ce que toutes les mythologies racontent des amours et des exploits du jeune Soleil. Élevé par les bergers, en

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I leine nature, s'ébattanl avec leurs filles les gôpis, entouré de rivales qui se disputent son affection el qui toutes l'obtiennent, tel que le dépeindra plus tard le curieux drame lyrique du Gîta-Gôvinda, il

est bien, com Achille chez Lycomèdeou Daphnis

parmi les nymphes, comme le Buddha lui-même (p. 97), le personnage d'idylle que la légende aime à se figurera l'aurore d'une vie guerrière. Plus tard, à la suite du rapt de sa Rukmini « la brillante », — l'aurore à laquelle il faut que le soleil Qoir s'unisse pour resplendir à nouveau. — il mena son peuple à la \ ictoire el rayonna dan- une gloire immense1. Son mythe, en se mélangeant plus ou moins d'éléments serai historiques, se répandit largement el prit les formes les plus diverses. Nous l'avons déjà entrevu, dans le Mahâbhârata, à la mis cocher d'un grand chef et Dieu unique (p. 74 . «•hantant à -on maître d'un jour l'hymne du panthéisme éternel. Lorsque son culte se rencontra avec celui dr Visnu, il- durenl se combiner par la forer do- choses, -an- toutefois -o fondre en un

seul; car visnuites el krsnaïtes for ntdeux sectes

distinctes, mai'- s'accordenl à enseigner que leurs deux dieux non font qu'un.

Sur cette Inde religieuse, rivière pullulante el traversée de vastes courants, le brahmanisme vint

1. L'analyse du Mahâbhârata el 'lu Bhàgavata Puràna complétera cette esquisse sommaire de la personnede Krsna, à laquelle i a devons pour i instant nous borner.

IM LES LITTÉRATl RES DE L'INDE

jeter le réseau de sa majestueuse unité: le bouddhisme el le jaïnisme y échappèrent, mais poui périr dans leur isolemenl : les autres sectes s'y lais sèrent prendre el vécurent à l'aise entre ses larges mailles. Elles j vivent toujours.

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