GARGANTUA ET LES JAGUENS
|L y avait une fois un homme qui était grand, grand, si grand qu'il dépassait tous les arbres de son pays, et il était gros comme un fût de vingt-cinq barriques pour le moins. H demeurait à Plévenon, et les Jaguens qui ne l'avaient jamais vu, désiraient vivement connaître ce géant qu'on nommait Gargantua.
Gargantua apprit cela, et il vint à Saint-Jacutde-la-Mer, pour se faire voir aux Jaguens ; mais à sa vue, ils furent efirayés, et ils s'écrièrent : — Ma fa, mon fu, sauvons-nous, i/là VdiaJ/e ! Gargantua, qui croyait que les Jaguens se moquaient de lui, leva sa canne qui pesait trois mille
et en écrasa sept. Les gendarmes vinrent pour prendre Gargantua ; mais les Jaguens fuyaient en criant ;
— Dieu me damne, mon fu, les chiens enratgés sont dans Vlsle !
Car à Saint-Jacut, on n'aime guère les gendarmes, et quand on les voit de loin, tout le monde crîe que les chiens enragés sont dans risle.
Cependant les gendarmes voulurent prendre Gargantua ; mais il les écrasa comme dos pommes cuites, et il partit pour s'en retourner à Plévenon.
En passant à l'Arguenon, il eut envie de pisser, et il pissa si fort qu'il fit la rivière de l'Arguenon, qui coule depuis ce temps-là.
H vint au bourg de Saint-Cast, où il acheta du tabac en carotte pour chiquer, et il alla dans risle; là il prit une chique; mais il trouva dedans trois petits graviers qu'il jeta dans le havre où on les voit encore : c'est Becrond , et les deux Feillâtres.
Gargantua s'en alla ensuite à Plévenon, où il vit encore, s'il n'est pas mort.
(^Conti en i88i, par François Marquer, de Saint- Cast, mousse, âgé de 14 ans).
Ici, Gargantua entre dans le cycle des Joyeuses histoires des Jaguens. Cf. mes Contes des Marins.
La rivière, produit de ces compisserics, a plusieurs similaires.
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GARGANTUA A DINÂRD
|ARGANTUA fut uii jour à Dinord, et comme il avait chaud et soif, il entra dans une auberge où il demanda du ddre; on lui en servit une moque ; mais il ne s'aperçut pas de ravoir bue, et il en redemanda d'autres. Il y avait sept hommes dans l'auberge qui prirent les mesures dans lesquelles on tirait du ddre, et se mirent à faire la chaîne depuis la dé du tonneau jusqu'à la bouche de Gargantua, et il y en avait un qui lui versait à boire dans la bouche. U vida tout le tonneau ; mais comme il avait encore soif, il voulut aller à Saint-Malo, et il passa en une enjambée de Dinard à Saint-Malo. Là il avala un navire de sept tonneaux, et conmie cda le gênait dans la gorge, il disait :
— Qu'est-ce que c'est que cette petite mouche qui me chatouille?
Quand il mangeait, il y avait sept hommes qui lui enfournaient des pains dans la bouche avec des pelles de bois.
H est mort à Saint-Malo, et sur la grève, on voit une de ses dents ; c'est un rocher qui est gros comme sept chevaux.
(Conté en i880j par Marie Héry, dr Saint-Jacut, âgée de 26 ans environ; elle le tient de sa mère, pêcheuse de Saint-Jacut).
Dans le conte de M*»' de Cemy, qu'on trouvera plus loin, il est aussi parlé d'une dent que le géant se casse ; c'est le menhir connu à Saint-Suliac sous le nom de Dent de Gargantua. Les trois pics d'une montagne en forme de canines, et qu'on voit à Sassenage (Isère), se nomment aussi Dents de Gargantua (Bourquelot).
Les sept hommes occupés à enfourner des pains dans la bouche de Gargantua figurent aussi dans les Petites Légendes Ta9* II, IV ; dans un conte picard ci-après; dans Gargantua au pays de Rei^y et dans un conte nivemais.
Les autres épisodes se retrouvent dans les contes précédents.
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GARGAirrUA A GAHARD
,L fallait sept personnes à Gargantua pour le servir : un jour qu*il dînait et qu'on lui enfournait dans la bouche un pain entier de vingt livres avec une pelle à four, celui qui en* foumait le pain lâcha la pelle qui entra au gosier de Gargantua.
— Tu m'as envoyé un bourrier (fétu de paille), dit Gargantua, je vais te tuer.
Heureusement, comme d'habitude, sa colère passa vite. Il alla se promener, et comme sa digestion avançait, il s'arrêta le long d'un fossé et ayant fait un énorme pet, il rendit la pelle ; mds avec une telle force, qu'elle traversa le talus contre lequel il s'était arrêté.
Un autre jour qu'il se promenait sur les bords de la rivière de Minette, auprès de la Baille, il fut poursuivi par une meute de chiens; mais il les écrasa en lançant sur eux les rochers du Perrot que l'on voit encore sur les bords du ravin.
(Rtcuàm à Gabard, par M. Béjier),
L'épisode de Gargantua poursuivi par les chiens, se retrouve en Poitou.