GARGANTUA A PARIS. — LE DIABLE LE TROMPE
NE fois Gargantua était écalé sur la mer et était à boire dedans» il vint un vaisseaa et il l'avala. Q)iand il eut bu» il alla vers Paris et il était à cheval sur une jument. Ils se mirent à pisser tous deux et ils pissèrent tellement que tous les habitants de Paris disaient <c Pari, que nous allons être noyés. » C'est depuis ce temps que Paris porte ce nom-là, car les habitants
disaient toujours : « Pari, Pari que nous allons être noyés. »
Un autre fois il était encore à boire dans les environs de Saint-Jean-Baptiste, vers le Mené. — Près de là il y avait une assez grande vallée encaissée entre deux collines, et au milieu coulait une rivière. Gargantua eut soif, il mit ses deux mains sur deux rochers qui étaient l'un sur une colline Tautre sur l'autre. On dit que les formes des deux mains y sont restées.
Un autre jour il avait défié le diable de porter un faix ^e bois aussi gros que lui. Tous les deux allèrent dans une forêt, Gargantua arracha sept chênes et les mit tous bout à bout et puis les tordit.
Le diable lui demanda ce qu'il voulait faire de cela :
— C'est, répondit Gargantua, une hart que je tors.
— Est-ce que tu vas mettre du bois plein là dedans ? demanda le diable.
•— Oui sûrement, dit Gargantua.
Le diable, voyant qu'il avait affaire à plus fort que lui, laissa Gargantua tout seul.
Mais un autre jour, il fit un autre pari : Gar-
gantua gagea avec lui qu'il aurait bien fourni une barrique de son sang. Gargantua se mit à cracher le sang ; mais il ne put remplir la barrique : il s'en fallait un litre. Gargantua mourut au bout de son sang ; s'il s'était fait saigner au bras, il aurait pu sans se donner tant de mal en fournir plusieurs barriques.
{Qmti tn t88i, par J. M. ComauH, de Gwray), Sur l'épisode des vaisseaux avalés, cf. le conte n^ II et le
cotnmcn taire.
La grande pisserie de Gargantua et de sa jument se retrouve en Bourgogne et en Poitou; elle figure aussi dans Rabelais; mais la )ument pisse en une circonstance, ch. XXXVI, et Gargantua dans l'antre, ch. XVII.
Quand à l'étymologie de Paris, fondée sur un jeu de mots» «lie rappelle le souvenir du ch. XVII du Gërganhta de Rabelais.
L'empreinte des mains a pour similaire les autres empreintes, et surtout celle du pouce (cf. ci-aprés Gargantua, en 7b»rûinè).
Le pari avec le diable a plusieurs similaires dans la légende gargantuesque. L'artifice employé par Gargantua se retrouve dans plusieurs contes; mais généralement, c'est un enfiuit qxA en impose ainsi à un géant.
Dann une petite légende qu'on trouvera plus loin, Gai^;antaa meurt aussi au bout de son sang; seulement c'est parce que le diable avait £iit de l'auge qu'il s'agissait de remplir une sorte d« tonneau des Danaldes.
GARGANTUA KARIN
ARGANTUA avait toujours eu envie de naviguer; mais il arriva jusqu'à l'âge de cent ans sans avoir pu trouver un navire assez grand pour le porter.
En ce temps-là la baie de la Fresnaye était une forêt, et elle était remplie d'arbres depuis le Fort La Latte, jusqu'au Port-à-la-Duc. Gargantua arracha tous les arbres, et il se fit construire un vaisseau si vaste que jamais on n'avait vu son pareil. Il jaugeait plus de dix mille tonneaux et il avait une mâture à l'avenant : dans chaque mât il y avait deux ou trois villes qui étaient placées sur les hunes, et dans les poulies il y avait des auberges. Qjiand im matelot montait dans les perroquets pour prendre im ris, il faisait un voyage si long qu'en descendant il avait la barbe grise. Dans le haut de la flèche de cacatois, il y avait un débit de tabac, et celui qui le tenait y fit sa fortune.
Un jour qu'il faisait mauvais temps, le vaisseau
démâta de son grand mât, et comme il n'y avait pas de mât de rechange à bord, Gargantua se mit debout pour servir de grand mât. Le vaisseau mettait sept ans à virer de bord.
Mais Gargantua se fatigua de servir de mât, et de porter la voilure ; il se décida à revenir à Plévenon, où il débarqua, et jamais depuis il û*a voulu naviguer.
(Conté en 1881, par Rose Renaud, de Saint-Casf).
L'allusion à la forêt de Scîssy est ici assez transparente ; le souvenir n'en est point d'ailleurs perdu dans le pays, ainsi que le prouvent deux légendes que j'ai rapportées, p. 362 et sui- Tsntés, t. I, des Traditions et Superstitions de la Haute Bretagne.
Le vaisseau géant est populaire parmi les matelots ; il porte habituellement le nom de Grand-Chasse-Foutre^ et les traits principaux du présent conte s'y retrouvent avec un grand luxe de détails.
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